DINER DE RECEPTION
Le I®' Janvier 1836, je me presentaiau general Miot, nomme commandant de Tficole d'dtat-major ei> remplacement du marquis de Lachasse de Verigny, une des victimes de I'attentat Fieschi. Le gdndral Miot etait le parent tvbs proche du Miot Melito, longtemps employ^ en Espagne aupr^s du roi Joseph, qui a fait imprimer deux volumes intdressants sur cette 6poque, et dont les manuscrits m'ont ete utiles lorsquej'ecrivis les M^motrw du Roi Joseph. On nous donna, pour mon camarade dela Barre etpour moi, une petite chambre, et nous commen^^mes ensemble un manage fort uni, mais peu fortune, attendu que nosappointements,^ cette epoque, montaient k 84 francs par mois, sur les-
250 ' DE SAINT-CYR A l'EGOLE D'ETAT-MAJOR
quels nous avioos k nous fournir de tous les ustensiles de bureau, vetements, tenue militaire et bourgeoise, et h payer notre huitieme de domestique. De la Barre et moi avioiis chacun une cinquantaine de francs par mois de pension de nos families. 11 fallait avec cela faire face a tout. Nous y parvinmes sans faire de dettes, grkce a une striate economie et i un ordre parfait. Un seul plat de 75 centimes pris dans un petit restaurant touchant TEcole, un petit pain et une fiole de vin des plus ordinafres constituaient notre repas du matin, pris en commun dans notre chambrette de sous-lieutenant, quiavaitbeaucoupd'analogie avec celle de la baraque de Tofficier dans les camps d'instruction.Le soir, lorsque nous dtions en fonds, nous dinions au John Bull j restaurant a i fr. 25, place des Pyramides, qui existe encore. Les Bouillons-Duval n'etaient malheureusement pas inventes.
Mon ami d-e la Barre etait d'une bonne famiJIe normande habitant la joUe petite ville des Andelys. Son p6re, le comte de la Barre-Nanteuil, ancien officier superieuren retraite, officier de la Legion
I chatnbre de I'officier-clevc. — Le budget du sous-lieutena
LA CHAMBRE DE L'OFFICIER-^LfeVE 253
d'honneur, chevalier de Saint-Louis, avait des parents riches a Paris. Moi-mdme j*6tais consid6r6 comme un fils dans une des grandes maisons du faubourg Saint- Germain, celle de la vieille et noble marquise deFontenilles, dontle fils, Honor6, g6n6ral, un des aides de camp du Dauphin, ^tait Tami iotime de mon p^re, et dont le neveu, le colonel des chasseurs de Tlsere, avait 6t6 mari6, par ma mere, k une La Rochefoucault, iNevers. LaBarre me presenta chez ses parents, je le pr^sentai chez la bonne marquise, et souvent lesdeuxjeunesofficiers-^leves 6taient invites k diner dans ces famil* les. La Barre avait I'estomac aussi complaisant que nos bourses dtaient plates, je ne dddaignais pas un bon diner, on accueillait volontiers les deux amis. Nous trouvions done repas excellent, avec Economic pour nos finances, dans les maisons oCi notre bonne fortune nous avait introduits. Mon camarade, bon grosgar^on sanssouci, jovial, plein d'esprit et moi, n'engendrant pas la melancolie, nouspayions volontiers notre ^cotde notre mieux, amusant nos convives par notre gaiete, nos his-
254 l'ecole d'etat-major
toires, nos conversations anim^es. On nousvoyait toujours arriver avec plaisir.
J'eus I'occasion de connaitre chez la vieille et spirituelle marquise de Fontenilles qui vivait avec sa fille, la chanoinesse Cdsarine, plusieurs personnages du noble faubourg, commensaux ordinaires de Texcellente femme, entre autres le comte Eynard de la Tour du Pin Chambly, qui nous avait pvec€d6 aTEcole d'etat-major et qui mourut des suites de blessures revues, en 1855, k Tassaut de Malakoff ; le marquis de Louvois, le comte de Saint-Marsaut, la vieille marquise de Bonchamps, la veuve du g^ndral vendden qui, elle-meme, avail fait la guerre et suivi son mari dans le Bocage.
Ces braves gens, dont le plus jeune possedait plus de lustres que la Barre et moi nous n'avions d*annees, venaient, presque tous les soirs, faire le Wisht de la marquise. C'est dans ce salon que je puisai le principe de ce jeu attrayant et difficile. J'etais k bonne dcole, car on jouait bien et tres s^v^rement. On se disputait souvent et Ton doit penser si je tequs de tout ce monde de nom*
LA CHAMBRE DE l'oFFICIER-ELEVE 2)5
breuses rebuffades, lorsque je fus assezaudacieux pour tenir les cartes. La Barre ne m*imita pas, il semontra toujours refractaire a tous les jeux, savants ou non. II y avait parmi les joueurs de la marquise un ancien officier sup^rieur de la garde royale, M. Doussot, qui wistbait fort bien, mais grondait toujours. Un beau soir, il se prit de bee avec M"*** de Bonchamps; les choses allerent si loin que la veuve du Vendeen proposa serieusement la botte k Tofficier. Un fou rire accueillit la proposition, mais on eut de la peine k faire accepter des excuses a laVend^enne et a lui faire rengainer sa bonne lame de Tolede. Me voit-on teraoin de la vieille marquise de Bonchamps, allant sur le terrain aupres d*elle ?
Quelques jours apres notre arrivee k Tficole, nos anciens, au lieu des sottes brimades de Saint-Cyr, nous oflfrirent au Palais-Royal un bon etgai diner ou les vins ne furent pas epargnes. J'avais pr^s de moi un des trois Aleves de Tficole polytechnique re(;us k TEcole d'etat-major. C'^tait un mathtoaticien distingue qui ne resta pas au
256 L*iCOLE DETAT-MAJOR
service et est devenu un chimiste des plus savants. II buvait comme un trou ; je cherchai a calmer sa soif, je n'y pus parvenir ; si bien qu'apres le caf6, 11 ^tait, comme on dit vulgairement, rond comme une balle. Je revins ^ I'Ecole et je commensals & m'endormir, lorsque j*entendis dans le corridor comme un crochetage de porte. Ce ne pouvaient etre des voleurs cherchant k s'introduire dans un dtablissement habite par cinquante officiers. Je me leve et je vois alors mon voisin du diner, une lumiere de la main gauche, la cl6desa chambre de la main droite, titubant, exanlinant sa serrure et lui disant : — Tu as beau faire, je t'attraperai.
Apres avoir ri un instant de cette scene de buveur, je demandai a mon e^tcellent camarade la permission de Taider. J'ouvris la porte, Tintroduisis dans la chambre et lui souhaitai le boosoir.
— Vous 6tes un bon b..., me dit-il ; entre nous, c'est a la vie et a la mort.
l'existence journaliere a l'ecole d'etat-major —
LE manege CHOPIN LE COSAQUE — LES ETUDES.
A la rue de Crenelle, notre vie 6tait des mieux regimes, mais lbs etudes n'etaient pas fortes. Elles etaient surtout th^oriques et pas assez pratiques, pour une 6cole dite d'application.
Le matin, k cinq heures, un tambour battait le r^veil. Une des deux promotions, h tour de role, composee de vingt-cinq officiers dont trois sortaient de Tficole polytechnique admis sans examen, et vingt-deux de Saint-Cyr et des regiments, partaient pour le manage qui se trouvait a Tentree du Luxembourg et qui, sous la raison sociale Chopin et compagnie nous fournissait, i raison de i fr. 50 par cheval, les plus abominables ou les plus vicieuses rosses de la terre.
258 l'ecole d'etat-major
Lesdites rosses amenees dans le manage etaient
tirdes au sort, chaque cavalier enfourchait la bete
designee et se premenait en cercle, au pas et au
trot. L'et^, la premiere division se rendait au
Champ-de-Mars pour simuler T^cole d'escadron.
Tout cela ^tait pauvre et fournissait a Tarmee de fort mediocres cavaliers. Jamais Chopin, trop peu paye'd'ailleurs par le gouvernement, ne depensait pour un cheval plus de 200 k 300 francs. Les uns ruaient, les autres se cabraient, beaucoup boitaient. II y en avait qui se roulaient, qui refusaient tout service. Je me souviens de deux betes exceptionnelles : un cheval hongre, reste de cheval de course anglais, nomme le Cosaque et qui, maigre comme un clou, n*etait jamais fatigue. Le dimanche, loue k un calicot, il allait jusqu'au Bois, se d^barrassait de son cavalier et revenait tranquillement au manege recevoir son avoine, ayant gagne k Chopin une course de 10 francs payes d'avance.
C'etait habituellement la monture de Tdleve
L'EXISTENCE JOURNALlfeRE, LE MANfeOE 26 1
chargd de commander Tescadron au Champ-de- Mars, I'et^. Le Cosaque etait sage, pourvu qu'^ la pose on lui donnat sur une assiette un bon verre d'eau-de-vie qu'il lampait avec voluptd. La seconde b6te, jument de sang, bless^e jadis sur la croupe avait nom la Chatouilleuse. Pleine de vigueur, si son cavalier n'avait pas d'assiette ou s'appuyait trop sur I'arri^re-main, elle ruait h. le d^sargonner; j'aimais beaucoup cetU b^te qu'il fallait savoir mener avec pr6caution, mais dont les allures etaient splendides. Depuis ma promotion et celle de mes consents, le ministre de la guerre, sagement inspire, a cv66 pour TEcole d'etat-major un beau manage avec chevaux de sang. L'ficole, depuis sa suppression, sous le ministere Farre, a fourni a Tarmde d'excellents dcuyers. De mon temps, les cavaliers passables se comptaient.
Or, Tequitation est de n^cessitd premiere pour le service d'etat-major. J'dtais hardi et j^aimais Texercice du cheval; aussi n'ai-je jamais pechd par 1^ dans mon service ; mais j'ai connu dans
ma promotion et dans celles de mes anciens de
262 L*6C0LE d'eTAT-MAJOR
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braves jeunes gens tres instniits, fort intelligents,
incapables d'aucun service de.camp ou de guerre,
par suite de Timpossibilite ou ils etaient de se
maintenir en selle et par leur frayeur du cheval.
Les eleves de la division n'allant pas au manege
etaient censes se livrer I'etude et travailler dans leurs
chambres ; de fait, tout le monde dormait jusqu'^
rheure du dejeuner. Venait ensuite le cours d'une
faculty quelconque et je dois dire que, de moo temps, les facultds etaient assez mal choisies et
assez mal enseigndes ; de la thdorie, toujours de
la th^orie, jamais de pratique, si bien qu'un
jeune officier sortant de Tficole d'application eut
6i6 hors d'6tat d'appliquer sur le terrain, k Tart
de la guerre, ce qu'on lui avait appris sur les
bancs pendant deux anndes consdcutives. line
bonne moiti^ de la journde etait occupee a des tra-
vaux graphiques, c'est-i-dire k copier des cartes,
des plans, des reliefs ou bien k faire des lavis re-
pr6sentant Tombre portee d'une sphere, d'un trou
de loup ou autres exercices du mdme genre et
& peu pr^s aussi utiles. Deux fois par an, pen-
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l'existence journalierf, le manege 263
dant un mois, on envoyait les of ficiers - 616ves lever des plans, reconnaitre le terrain. Get exercice, si essentiel pour le corps d'6tat-major, 6tait fait sans soinr, mal surveilld par les officiers qui conduisaient et devaient guider les jeunes topographes. En un mot, cours inutiles, mediocrement, insuffisamment faits par des professeurs qui, une fois leurs lemons apprises et d^bitdes, ne se donnaient plus la peine de les rectifier, de les augmenter, de les modifier.
II en r6sultait que Tindividu le mieux class6 a sa sortie i^tait, souvent, non pas le plus intelligent, le plus capable, mais celui qui avait le bonheur de poss^der la memoire la plus heureuse et qui avait le plus d'aplomb en presence de la commission d'examen. Dans le cours de ma carriere, j*ai 6te appeld k me rendre compte de Tintelligence avec laquelle on op6rait pour le choix des professeurs. Un concours eut lieu en 1856 pour la place de professeur d'art et d'histoire militaire h TEcole d'application. Trois officiers se presenterent. L'un d'eux, de qui je tiens ce qui va
264 L'icOLE d'6TAT-MAJ0R
suivre, crut qu'on allait lui dire de rediger son cours, de Ic prdsenter au*comite d'6tat-major et de professer devant Tardopage une ou plusieurs leQons. II n*en fut pas ainsi. On lui d6claraqueles examens se composaient de trois dpreuves. La premiere consistait k tirer dans le chapeau du secretaire de la commission un numero sur lequel etait inscrit la question k trailer oralement et sans preparation. Le bulletin qu'il tira portait ceci : De Tartillerie et de tout ce qui s'y rapporte. Qu'est-ce que c'est que rartillerie> lui dit le president.
Notre officier, un peu gouailleur, rdpondit plaisamment : « L'artillerie, c'est une collection d*instruments plus ou moins grbS avec lesquels on lance des projectiles plus ou moins pesants pour tuerle plus de monde possible ou abattre des murs. Seconde 6preuve : On lui donna un beau cahier de papier blanc en lui disant : ficrivez la campagne de 1809.
Notre homme demande la permission de s'entourer de cartes, de plans, d'ouvrages militaires.
L'EXISTENCE JOURNALlfeRE, LE MANAGE 265
— Aliens done, lui dit-on, vous devcz savoir tout par coeur, vous n'aurez rien. Alors, dit-il, c'est un examen de mdmoire que vous me faites subir, et il broche au galop une petite campagne anodine. Troisiime epreuve : Demain, lui dit-on, monsieur, vous serez appele h. professer devant la commission une le(;on.
— Ah! enfin, pensa-t-il, je vais done avoir i faire quelque ehose ayant le sens eommun. II
sort du d6p6t de la guerre, deploie le papier qu'on lui a donne et qui relate la le(;on k professer pour laquelle on lui a donn6 un loisir de vingt-quatre heures. Son dtonnement est au eomble lorsqu'il lit : De la taetique et de tout ce qui s'y rapporte. II arrivele lendemain, s'assied, faitfondre le suere dans le verre d'eau qu'on lui a prdpard et, I'ayant aval6, il commence ainsi : « Le cours d'art et d'histoire militaire de TEcole d'application d'dtat-major comprend quatre-vingts lemons, quarante relatives k la strategic, quarante relatives k la taetique. Comme il ne m'est pas possible de rdsumer en une lecjon les quarante
ft
266 l'ecole d'6tat-major
dc tactiques, je pr€ibve ne rien dire. » II se leve, salue et se retire. — Messieurs, dit un des gen6raux membres du conseil, le commandaDt un tel s'est foutu de nous. — II n'avait pas tort.
Disons cependant que l^instruction acquise k rficole d'application pouvait 6tre fort utile a ceux de ces jeunes officiers-el^ves qui voulaient bien travailler a la sortie de ladite £coIe.
Nos professeurs, k I'exception de ceux charges d'enseigner la langue allemande, 6taient tous des officiers du grade de capitaine ou de chef de bataillon, choisis et designds par le ministre de la guerre, la plupart du temps sur des recommandations de personnages influents, bien aises de conserver pr^s d'eux des officiers souventtropjeunes et trop peu exp^rimentes pour bien faire les cours ^ont ils dtaient charges, et ddsirant avant tout ^tre maintenus k Paris dans une bonne et agr^able position.
Deux ou trois autres, vieillis dans les dcoles, ^taient trop ^g^s pour se tenir au courant des inventions et des perfectionneraents relatifs au grand
368 L'fcOLE D'feTAT-MAJOR
art de la guerre. lis se bornaieot 4 d^bitet leurs cours k heureset jours fixes, comme its lefaisaient ' depuis des ann6es, sans chercher k y apporterUs | modifications n^cessitees par le progr^s.
Notre professeur d'art et d'histoire militaire, jeune et brillant capitaine du corps d'^tat-major, neveu d'un des dminents gdn^raux d'artillerie du premier Empire, s'^nonijant avec facility, mais ami du plaisir et ayant un bagage special des plus I6gers, avait le grand talent de parler pendant une grande heure avec beaucoup de brk pour ne rien dire. Nous avions r^sumd ses le^ns . par cette phrase : Cela depend de la nature d» terrain et des circonsiances atmosfkiriques. Sa paresse 6tait telle et sa conscience si large qu'il QO- ' tail souvent les 6l6ves sans ies interrogeret en raison des notes qu'ils avaicnt revues dans Ics autres cours, ce qui pouvait influencer sur toute . leur carri^re.
Un autre de nos professeurs, savant officier supdrieur du gfinie, auteur didactique ayant publie de nombreux ouvrages sur la fortification, ancieo
el^ve des ficoles polytechnique et d'application, ayant fait la guerre du premier Empire, dtait tenement distrait que, parfoisen ddbitant soncours,il repetait dix fois la m6me phrase et se mettait ^ rire lui-m6me en voyant rire ses auditeurs. Jc me souviens d'une le^on sur les ouvertures de tranch6es, od, aprds nous avoir expliqu^ comment on proc6dait pendant la nuit^il ajouta : L'assiegd jette des pots k feu pour ^dairer le terrain, car la nuit on n'y voit pas clair, non la nuit, savez-vous, il ne fait pas clair, et comme il nous avait rtp6t6, sans m6me s'en apercevoir, a satidtd que la nuit on n'y voit pas, v6rit6 digne de celle deM.de la Palisse, la le<jon fut interrompue par un rire homdrique auquel il prit part lui-meme.
Un troisi^me 6tait monstrueux au physique, predispose par son embonpoint au sommeil et s'endormait parfois en professant son cours. On n'avait garde de le rdveiller. Alors les uns se retiraient dans leurs chambres, les autres se faisaient la barbe et k la fin de la seance, lorsque le tambour battait pour sortir, le brave professeur
270 l'ecole d'6tat-major
se trouvait presque seul sur sa chaise, en face du tableau.
Je dois faire une exception en faveur d'un sousintendant qui faisait son cours d'administration militaire avec une haute intelligence.
Quant aux cours pratiques fort restreints et dont le plus important etait la lev6e des plans, les reconnaissances du terrain, les dessins d^apres nature, ils n'etaient pas mieux entendus.
Le moment des plans etait le moment le plus joyeux de Tficole. Comme les levies ou reconsances s'exdcutaient toujours dans un rayon de Paris d'une trentaine de lieues ou la carte d'etatmajor dtait faite et gravee au quatre-vingt millieme, chaque sous-lieutenant- 61^ ve s'aidant de cette carte arrivait k produire son travail tant bien que mal ou tant mal que bien. Avec quelques promenades par le beau, temps, dans la campagne a r^poque de Tannde ou elle ofTre le plus de charme, et en completant son travail avec la carte de France dans les chambres soit de Tauberge, soit
du chateau od il avait re^u Thospitalite, il atteignait facilement son but.
Pendant mes deux annees d'ficole d'^tat-major, je fus au plan aupr^s d'fitampes, aux Andelys, a la Ferte-Milon.
fitampes avait alors pour sous-prdfet Taimable M. Bocher, pour sous-pr^fete sanon moins aimable femme. lis accueillirent avec una grande bienveillance les jeunes officiers-^leves et leur chef de section, capitaine attache k Tetat-major de Tficole. Nous faisions de jolies promenades k pied et k cheval avec le jeune manage, nous dessinions et redessinions la Tour de Guinette ; nous visitions les nombreux et beaux chslteaux du voisinage, et, le soir, la sous-prefecture nous offrait punch et the!
Aux Andelys, je fus logd chez le p^re de mon ami de la Barre, et la ce ne fut que fetes et festins pour les sous-lieutenants-eleves.
Un jour, on dansait au grand Andelys; le lendemain, au petit Andelys, tant6t chez les amis des la Barre, tant6t chez les la Barre eux-memes. Une
272 l'6cole d'6tat-major
autre fois, nous jouions dans les mines du vieux chateau Gaillard, sur les bords de la Seine, le
drame alprs k la mode de Dumas, la Tour de
Nesles, et nous avions pour spectateurs la societe des deux Andelys. Chaque jour, nous faisions sur le fleuve de delicieuses promenades en bateaux, tirant des sarcelles, des culs-blancs et des martinspecheurs.
Je me souviens encore d'un Episode qui nous amusa beaucoup. La veille au soir de notre depart pour retourner k Paris, grand bal chez une voisine de la Barre, riche et excdlente femme douee d'un embonpoint extravagant.
Pendant le bal, le bruit se repand tout a coup
dans le salon que la maitresse de la maison vient
de perdre une enorme et magnifique broche orn^e
de beaux diamants. On cherche, on.cherche, rien.
La broche avait-elle ete derobee?Cela jette un froid.
Le lendemain, tous reunis au dejeuner d'adieu
chez le p^re de de la Barre, nous nous entretenions
de cette perte fdcheuse,lorsqu'on vient pr^venir le