‹ Souvenirs de Saint Cyr et de l'École d'État-MajorChapitre 29 sur 37 · II III I MM · texte numérisé non relu

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maltre de la maison que la.domestique de la dame a la broche demande h lui parler. M. de la Barre se leva de table et revient une minute aprds en riant aux eclats et nous criant : Victoire ! la broche est retrouvee.

Etouceli?

Dans les estomacs de la propridtaire od elle s'etait egaree.

On con^oit si la fin du ddijeuner fut dgayde par cette amusante nouvelle, naivement racontee au pere de notre ami, par Tinnocente servante de la dame.

A la Ferte-Milon, nous etions pres du magnifique chateau de Bourneville, appartenant au due de Poix-Noailles, personnage dont on raconte que, voulant entrer un jour sous la tente de Napoleon I*' et la sentinelle s'y opposant, il lui dit : Je suis le due de Poix. — Tu serais, lui repondit le soldaty le roi des haricots que tu n'entrerais pas.

De la Barve et moi, nous avions 6\u domicile au tournebride du chdteau ou nous avions loue une

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bonne et grande chambre k deux lits. Le lendemain de notre arrivee, nous fimes notre visite au chateau. Le jour suivant, par une chaleur accablante, mon camarade et moi, absolument vetus en sauvages et m6me sans plumes sur la tete, nous travaillions k preparer nos reconnaissances, debout, devant nos planchettes. On frappe. — Entrez, crie la Barre.

La porte s'ouvre, et le due nous surprend dans le costume du premier homme au paradis terrestre.

— Messieurs, nous dit le due, ne vous derangez pas ; je viens de la part de la duehesse vous demander de nous faire Tamitid de diner ee soir a six heures avee nous. Mons la Barre, sans se troubler, offre une chaise au due. — Restez done, je vous en prie, lui dit ee dernier, regagnant la porte en pouffant de rire, et reconduit par nous.

Lesoir, la duehesse nous requt le sourire aux l^vres, nous donna un fort bon diner et renouvela souvent son aimable invitation k laquelle nous ^tions d'autant plus sensibles que le repas etaU

excellent et que le vin de Champagne r^colte dans les yignes du seigneur chatelain faisait la base de la boisson.

Notre depart de la Fert^-Milon fut des plus amusants. Notre section topographique se composait de huit jeunes officiers n*engendrant pas la melancolie. Les chemins de fer dtant encore inconnus k cette 6poque, nous fr^tftmes, pour notre retour k Paris, une immense guimbarde dans laquelle nous nous entassdmes tous, ayant, en plus, une veuve un peu sur le retour, mais encore assez jolie, dont la Barre avail fait la conqu^te, et une charmante modiste qui consentit ^ quitter le pays pour suivre un autre jeune sous-lieutenant sous pretexte de revenir dans sa famille. L'une 6tait dans le coupd, Tautre dans Tinterieur. La route ne nous parut pas longue.

l'oPERA — ANECDOTE — UN AMUSANT DEJEUNER ARNALy JACQUES ARAGO L*AVEUGLE.

Pendant mon sdjour & r£cole d'dtat-major,

de la Barre et moi nous allions quelquefois au

thd^tre, au parterre, modestement (le parterre vi-

vait encore a cette 6poque et n'ayait pas et6

absorbe par les fauteuils d'orchestre, stalles, ga-

leries, etc., etc.). Un jour, Tidee nous vint d'aller

entendre la Muette^ chantee par Nourrit. Nous ne

pouvions sortir de I'ecole avant cinq heures. —

je vais, me dit mon camarade, m*hab*iller pendant

la classe d*allemand ; k cinq heures prdcises, je d^-

campe, tu me trouveras a la queue, dans la gale-

rie de la rue Lepeletier aux portes de TOpdra, je

prendrai nos deux billets. — Et diner } — Nous

dinerpns demain. (Amour sacri de la patrie,) Les

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choses se passerent corame il Tavait voulu ; a six heures, j^dtais rue Lepeletier, j'arrive, je vois en itte de la queue deux grands bras qui s^agitent, et une voix me crie : attends-moi. Au bout d'une

demi-heure, mon la Barre m'apporte un billet. — Viens, on commence. Nous voilci bien installes sur un des bancs du parterre, pres des stalles. Le premier acte termind, mon camarade se pr^cipite hors de la salle. Bientdt les musiciens rentrent, la toile se leve, Nourrit va commencer le fameux duo : Amour sacr6 de la patrie. Pas de la Barre. Tout a coup, j*entends k la porte une violente discussion, puis j'aper^ois mon camarade, voguant d*6paule en epaule tenant haut h. la main son chapeau dans lequel je distingue un enorme pain. Mon la Barre ressemblait k un dquilibriste. Un des patients sur lequel il pose le pied, moins accommodant que les autres lui bourre un vigoureux coup de poing qui jette pres de moi homnie et chapeau. Je crois h une rixe, pas du tout, mon camarade, s'etant raccroche a une banquette, se retourne .et dit tout haut, le sourire aux levres :

l'OPERA — LE DEJEUNER 279

— Merci, merci, encore un comme (ja et je suis a ma place. L*orchestre et le parterre de rire et de battre des mains; le duo est interrompu. La Barre revient pres de moi, ramasse chapeau, pain et saucisson ; le calme se retablit et le duo recommence. II me propose alors de partager son diner. Jamais je n'avais ete si honteux.

J'ai ditque nous avions 6te invitds souventchez la marquise de Fontenilles et que j'y voyais le marquis de Louvois. C'etait le dernier descendant mdle de Tillustre ministre. Proprietaire du chateau quasi-royal d'Ancy-le-Franc, il dtait fort riche, res ecervel^, avait mene la vie h grandes guides, mangeant un argent fou, avait une grande dose d'esprit naturel et m'aimait beaucoup. Ayant la manomanie du thddtre, il avait ecrit et fait imprimer quelques proverbes et charades assez mediocres et qui, cependant, ne manquaient pas d'un certain brio, II se mit en tdte de composer un vaudeville avec moi; j*essayai et j*accouchai p6niblement 4'un petit acte dont j'ai oubli6 le sujet et le titre^mais qui 6tait detestable et que le marquis et

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moi nous trouvlLmes ddlicieux. II fut decide quenous porterions notve factum a Jacques Arago Vaveugk^ que nous le lui lirions et que le principal rdle serait offert k Arnal. M. de Louvois me menachez Jacques Arago, demeurant rue de Rivoli, n*" lo, sous les arcades, k I'entresol, au-dessous de Tappartement de la celebre M^^** Mars qui avait alors avec elle la plus jolie femme de Paris, M"* Doze, devenue actrice mediocre des Fran^ais et Spouse legitime de Roger de Beauvoir.

Arago prit jour avec M. de Louvois pour dejeuner, avec nous et Arnal, au cafe qui faisaitle coin de la rue de Chartres, pres du Vaudeville, caK Parny, je crois, aujourd'hui detruitainsi quetoute la rue. Je fis 1^ le plus singulier et le plus amusant repas. Nous 6tions quatre. Un grand seigneur, un auteur en renom, Tacteur le plus en vogue de Paris et moi, jeune sous-lieutenant. On d^pensa dans cette matinde beaucoup d'esprit, on but beaucoup de bon vin et on se quitta avec la •promesse de se revoir. II fut convenu que j'enverrais notre pi^ce k Arnal qui me ferait connaltre

l'oP^RA — LE DilJEUNER 28 1

son opinion. L'amusant acteur, dont j'ai conserve plusieurs lettres, oublia ma pibce dans une poche de son paletot et finit par m'engager k la refondre. Je fus plusieurs fois chez lui. J*y d^jeunai m6me un matin, et j'abandonnai Tid^e de devenir auteur dramatique.

Je me souviens d*une chose qui m'^tonna beaucoup. Vers la fin de notre dejeuner chez Parny, Vaveugle Arago nous fit sur la lame d'un couteau tres effil^ les tours les plus difficiles et qu'un individu ayant de bons yeux n'eQt pu effectuer sans se cooper. II ne se donna pas la moindre entaille. Arago 6crivait toute la journee sur des feuilles de papier pass6es dans un cadre de bois divisd en compartiments par des tiges en fer plac6es horizontalement. Un homme, dress6 k ce travail, recueillait les feuilles 6crites au fur et k mesure qu'il les jetait par terre toutes barbouill6es, et ies transcrivait sans la moindre hesitation.

l'eCHELLE DE CORDE — LE BAL DE l'OPERA — LE

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