L. Boulanger, G. Roqueplan, Bonvin Il n'est pas
jusqu'à Théophile Gautier qui n'ait envoyé une Pandore, probablement peinte entre deux feuilletons , (et que Jules Janin ne se gêna pas pour qualifier de Déesse Torticoli).
Malgré tout ce pauvre Odéon était, il y a quarante ans, le point de mire de tous les sarcasmes. Les caricatures du Gharivari, les /a::ze* des petits journeaux, avaient d'abord établi, et une fois pour toutes, qu'il était situé dans une région reculée et déserte, inaccessible à l'homme. Si bien que, pour n'y pas aller les personnes demeurant dans la rue de Yaugirard, voire même dans celle de l'Odéon, en étaient venues à donner ce prétexte, qui avait force de proverbe : « C'est trop loin ! »
Le prix d«s places n'avait rien derépulsif : 1 fr.au parterre, 2fr. 50 à l'orchestre... Les étudiants, généralement peu fournis d'argent, se laissaient parfois tenter par ce tarif. Alors ils arrivaient en masse, obéissant à je ne sais quel mot d'ordre ; mais le plus souvent c'était pour faire au train. Ces soirs là il
tombait toujours quelque chose sur la scène, des pelures d'oranges, des sous, des pois fulminants.... Puis, lorsque c'était une année à hannetons, le bourdonnement de ces insectes autour du lustre accompagnait celui de la tragédie.
Pourtant il y avait quelques talents dans la troupe, parmi lesquels, Bocage, Rouvière, Maubant, Monrose fils, Harville et M"*" Dorval... Je ne vous parle encore là que des interprètes de la Lucrèce de Ponsard (1843). Plus tard vinrent : Clément-Just, Randoux,Montjauze(le futur ténor du Théâtre Lyrique), Arnault (qui en 1855 fit représenter, àlaGaité, le drame militaire des Cosaques), Alex. Mauzin (le créateur du rôle de Don César de Bazan, dans Ruy-B las, à la Renaissance), Blaisot, Yannoy, Delaunay (dont la carrière devait être si brillante à la Comédie Française et qui alors était engagé à cent francs par mois..) Dans le personnel féminin, on distinguait les noms de M""*^ Araldi, Bonval, Moreau- Sainti, Marthe, etc..
La liste des pièces que j'ai vues à l'Odéon , pour profiter de mes entrées, serait fastidieuse, si je la donnais complète ; j'en citerai pourtant quelques unes, dont, fort à propos, je retrouve les titres sur un carnet. C'est d'abord L'esprit chagrin, prologue en vers écrit en 1845 par Théophile Gautier, pour la réouverture du théâtre, sous la direction Bocage. On y remarquait ce fragment de dialogue :
l'esprit chagrin
L'Odéon qui ne peut ni vivre ni mourir,
N'est jamais plus fermé que lorsqu'il vient d'ouvrir.