‹ Souvenirs de SchaunardChapitre 7 sur 41 · UN BOURGEOIS A TKTE DE VEAU · texte numérisé non relu

UN BOURGEOIS A TKTE DE VEAU

Je venais de quitter la rue du Fouarre. Voici comment cet événement s'était accompli. En passant devant l'hôtel de Sens, j'avais vu se balancer au vent, sous l'ogive de la grande porte, un écriteau qui disait cabinet à louer.

On sait que ce logis, situé ruedu Figuier-Saint-Paul, derrière rHùtel-de-Ville, est daté du quinzième siècle, et qu'il est intact dans son architecture gothique.

Je m'adressai au portier, espèce de savetier grognon dont l'œil gris était abrité par un sourcil roux formant visière ; il portait des lunettes en fer épais à verres ronds, posées sur un gros nez rouge couvert

de petites bosses lenticulaires, le tout brillant comme une lanterne d'omnibus.

11 jeta sur moi un regard protecteur ; mon nez lui plut ; il prit dans une boîte à féraille une forte clé ouvrée, travail antique abimé par la rouille, passa devant moi me conduisant dans la tour, à gauche de la cour, en haut de laquelle on arrivait par un escalier de pierre en colimaçon avec meurtrières pour l'éclairer, un vrai nid d'archers.

Sous l'influence romantique, en gravissant les interminables marches usées conduisant au donjon, et précédé de mon écuyer, je me voyais paré d'une coiffure à plumes, d'un pourpoint de velours, et ceint de la dague et de l'épée, avec le faucon favori attaché sur le gant par sa chaîne d'argent.

Mais quittant l'illusion pour la réalité, je me hâtai de demander à mon affreux porte-clé le prix de location par an. Il était de soixante francs ; après débat, je l'obtins pour cinquante hvres parisis,plusle denier à Dieu.

La chambre était une assez grande pièce, éclairée par deux fenêtres agrandies depuis peu par un architecte impie manquant de respect pour le style gothique. Un des côtés était occupé par une grande cheminée d'alchimiste ; plus tard j'y plaçai des cornues ainsi qu'un fourneau grossier en terre à poêle ayant lui-même la forme d'une tour crénelée.

Il ne fallait rien moins qu'un intérieur aussi pitto-

resque pour me faire abandonner le vieux quartier latin où toutes mes relations de travail et de sentiment auraient dû retenir.

Cependant je ne perdaispas de vue ma crémaillère, pour laquelle j'avais invité Murger et quelques camarades.

Or il arrive des périodes, où dans la vie d'un homme, il devient plus difficile de planter une crémaillère, que dans la vie d'un peuple, planter un arbre de la liberté.

Le denier à Dieu, donné au Suisse sans hallebarde de mon palais gothique, avait commencé ma ruine.

Un espoir me restait. Modeste rapin, j'avais une commande : celle du portrait à l'huile d'un bourgeois du voisinage. Ledit bourgeois avait entendu vanter mes talents par le père d'un enfant de la rue que je prenais de temps à autre comme modèle, et à qui je donnais des leçons de dessin.

Je me mis à l'œuvre. Après neuf séances, j'en jugeai une dixième nécessaire pour terminer cette toile qui devait m'étre payée soixante francs. (Quel festin pour pareille somme en ces temps déjà si loin de vous 1 )

Je tardais trop à finir, et c'était imprudent, car mon modèle se trouvait alors menacé d'une apoplexie à bref délai qui pouvait d'un moment à l'autre me l'enlever. D'ailleurs il m'avait fallu beaucoup d'éloquence pour l'amener sous mes infaiUibles pinceaux.

Je lui avais persuadé que la peinture à l'huile résistait à l'humidité, bravait tous les ravages du temps, et avait bien d'autres avantages que la nouvelle invention du daguerréotype.

— Allez voir au Louvre, lui disais-je, allez voir une fois dans votre vie les immortels chefs- d'œuvres de Raphaël.... Pourquoi sont-ils immortels? Parce que leur auteur s'est bien gardé de se servir de la plaque argentée, et de toutes les drogues chimiques que l'on met dessus aujourd'hui. Et comme ils se conservent malgré tout dans le quartier le plus humide de Paris ! Ni le brouillard, ni l'influence délétère du regard de tant d'imbéciles fixé sur eux, depuis des siècles, n'ont pu altérer leur fraîcheur !

Ces raisonnements le touchaient d'autant plus que Raphaël était le seul peintre connu des bourgeois d'alors. Mais que de petites humiliations pour moi dans cette maison ! A tout instant mon modèle amenait ses amis, sa bonne, ses voisins, pour leur demander en ma présence si ce que je faisais était ressemblant? J'avais mille impertinences à subir pendant que je lassais mes brosses à peindre cette tète de veau qui avait conquis la fortune et avec elle Tinsolence dans le métier de coupeur de poils de lapin! Que de fois je fus tenté d'achever mon œuvre en étendant un glacis de blanc bleuté sur sa face rubiconde et d'augmenter l'illusion d'une tête cuiteà l'eau, en y ajoutant des bouquets de persil dans les oreilles

et les narines. Cela n'aurait pas sensiblement troublé la ressemblance.

Nous étions à la dixième et dernière séance. Allais-je être payé de suite? Mon coupeur de poils me sembla froid.

— Seriez-vous indisposé ?

— Non, me répondit-il, mais je suis pressé aujourd'hui; c'était hier lundi, ils n'ont rien /îc/m à l'atelier.

L'homme fit une pose et sembla réfléchir. Inquiet, j'attendais.

— Ecoutez, reprit-il, pendant que vous préparez vos couleurs, je vais secouer ces gueules de bois.

Il sortit, je respirai plus librement. Etant revenu un quart d'heure après, je le trouvai plus calme. La séance commença.

— Dites-moi, depuis ma dernière visite sans nul doute, vous avez montré votre portrait à vos connaissances ? Qu'en pensent-elles ?

— Généralement on en est assez content, à l'exception de ma bonne qui me trouve l'œil mort.

— Ah ! votre bonne, elle est difîcile à satisfaire ; heureusement que vous ne me semblez pas de son avis. Molière consultait bien la sienne, mais c'était un auteur dramatique du temps de Louis XIV ; vous n'avez donc rien de commun avec lui!

— Ma foi non, me répondit-il d'un air de triomphe !

— Ecoulez, il peut y avoir dans sa critique un semblant de raison, le point visuel n'est pas encore fait, tenez, j'y suis... Attention : regardez-moi bien; généralement je garde cela pour le bouquet de la fini

Je passai un petit glacis d'huile blanche sur l'iris gris brun et la pupille de l'œil, ce qui détruisit l'embu ; avec un pinceau fin, je pris avec précaution un peu de blanc d'argent légèrement atténué par une pointe de cobalt ; j'assurai bien ma main, et je plaçai mon point visuel en carré reflétant la fenêtre, bien à sa place (gare au strabisme) cela donnait réellement la vie.

Je me rappelle à ce sujet que le peintre Hervier, mort depuis peu, me racontait qu'au dessus de lui, dans son logement de la place Dauphine, restaitl'argentier de Louis-Philippe, chargé du surtout et des couverts au palais des Tuileries. Ce fonciionnaire ayant probablement de bons appointements, cumulait comme argentier et portraitiste militant. D'un talent modeste, il n'en obtenait pas moins des commandes. Un portrait terminé il allait chercher sa femme et ses enfants au deuxième étage ; arrivé dans l'atelier, il les faisait mettre à genoux devant sa peinture, prenait un pinceau d'un air solennel, levait les yeux au ciel, et criait d'une voix vibrante et convaincu.

— Je vais donner la lumière!

L'opération terminée, il les renvoyait, certain que

la foi naïve de sa famille lui attribuait ce commandement de la Genèse: « Dieu dit à la lumière d'être, et la lumière fut. »

C'est grotesque, mais très exact, je l'ai connu perso nnellement, son nom m'échappe.

— Maintenant, dis-je à mon homme, admirez-moi ça I

Il se campa devant le tableau en gardant le silence ; mon inquiétude augmentait.

— Appelez votre bonne et demandez-lui son avis.

— Joséphine

— Joséphine arriva.

— Comment me trouves-tu Tœil ?

— Très bien maintenant^ Mosu me regarde et va me parler f

— C'est bien... tu peux t'en aller.

Il se contempla quelques minutes sans mot dire, cherchant probablement à exercer sa critique... Ne trouvant rien, il gagna son bureau à pas lents. Pendant ce temps, et d'un air qui semblait indifférent, je me mis à ranger mes couleurs sur une partie propre de ma palette.

J'entendais le bruit argentin et régulier des pièces de cent sous que l'on compte une à une ; je cherchais inutilement à en suivre le nombre Enûn il parut.

— Combien donc est-ce? me demanda-t-il, (ce monstre à tête de ruminant le savait bien.)

— Le prix convenu, soixante francs ; c'est pour rien, je ne vous compte même pas l'huile.

L'aplomb m'était revenu devant la façon mesquine que ce croquant avait de me solder mon compte. Il daigna sourire, je veux dire faire une horrible grimace, et me remit l'argent sans marchander.

Je pris les pièces et les laissai tomber une à une dans ]a poche de mon pantalon. La première heurtant ma clef rendit un son flatteur. C'est ce que je voulais, car il était bon que mon liomme qui m'observait ne supposât point que ses écus tombaient dans le vide. En pareille circonstance, et devant un Grésus aussi glorieux, il faut toujours sauver son amour-propre.

11 se relira en me saluant gauchement. Je lui rendis son salut tout en prenant la direction de la cuisine, ainsi que d'habitude pour y laver mes brosses et pinceaux. D'ailleurs il restait la bonne à exécuter.

Pour mieux faire sonner mes poches et lui mettre en tête une idée de pourboire, j'avais pris le pas gymnastique. En effet, cette fille, si malveillante d'ordinaire, était devenue subitement ma propre servante, ma vassale, mon esclave. Le savon noir et la terrine pleine d'eau tiède étaient disposés d'avance sur l'évier comme complément ; il y avait un linge propre sur le dos d'une cliaise ; toutes les chateries, enfin î Je gardai d'abord le silence sans avoir

l'air de m'apercevoir des soins inusités dont j'étais l'objet.

Un peu embarrassée, elle commençarattaque avec son affreux accent à l'ail.

— Ça coûte cher un portrait comme ça ?

— Heu ! heu !.., j'en fais souvent pour rien.

— Gomment?

— Si la demoiselle est jolie, je me trouve généreusement payé par l'honneur qu'elle me fait en me choisissant pour son peintre.

— Ah I mais moi pour m'envoyer au pays, j'ai envie de me faire tirer. Combien me prendrezvous ?

— Pour vous, Joséphine, ce serait une somme énorme, plusieurs années de vos gages.

— Et pourquoi ça, s'il vous plait ?

— Je vous ai dit mes raisons.

Les brosses lavées, essuyées, remises dans la boite; je pris congé en lui faisant trois révérences comme à une dame de haut parage 1

Arrivé dans la rue en compagnie d'un fou rire, je me jurai de ne plus remettre les pattes dans ce sombre terrier à lapins. Il n'en fallait pas tant pour exciter ma gaité naturelle. Balançant ma boite, coupant l'air avec mon nez, plus heureux qu'un écolier en liberté après dix jours de pensum, j'avançais par bonds ; il me semblait voler, n'ayant plus le sentiment de ma pesanteur, malgré le poids

addilionnel des pièces de cinq francs qui grouillaient dans ma poche droite, et dont le son, pendant celte gynnnastique, me grisait.

Je n'ai ressenti de telles émotions avec besoin de mouvements violents, que Je jour où mon père m'acheta ma première paire de bottes lors de ma première communion et me donna une montre d'argent, à laquelle ma mère avait joint une bourse de soie à coulants d'aciers, contenant six francs en pièces de cinq sous neuves.

YIII

UiN ANATOMISTE ET UN CHAT

Muni (Je mes soixante francs, je commençais à songer très sérieusement à ma crémaillère, sur quoi je crus devoir consulter le docteur Berger.

Que je vous le présente. 11 n'était encore qu'étudiant ; le titre de docteur, que nous lui donnions, n'était qu'une avance de quelques années sur l'optention officielle du grade.

Je l'avais connu à l'occasion d'un travail de dessin très fatiguant, qu'il m'avait donné à faire, d'après les animaux infiniment petits dont il faisait son étude favorite. Que de variétés dans mon métier de peintre ! Je venais de porlraicturer un coupeur de poils de lapin qui, lui, était un animal infiniment gros !

Ces crayonnages micrographiqaes qui avaient déjà détérioré la vue du docteur, me causèrent momentanément le môme effet désastreux. Si bien qu'il dut me remplacer et avantageusement par Charles Jacques, que sa bonne étoile de Berger lui avait fait rencontrer au milieu des coqs, poules et moutons, modèles habituels de cet artiste de talent. Son nom prédestiné avait dû lui servir de passe-port près du peintre des bergeries.

Notre futur Esculape était un petit paysan Normand, arrivé à Paris sans savoir même lire et écrire. Il avait fait seul ses études primaires dans les moments de loisirs que lui laissait son apprentissage d'ouvrier ferblantier. Devenu interne de Bicétre à coups de volonté et de travail, il passait dans un petit logement de la rue Hautefeuille les jours où il n'était pas de service.

Là il s'était fait comme rebouteur je ne sais quelle clientèle médiocre de petits commerçants, de garçons de café et de bonnes, dont le produit venait s'ajouter aux trente francs par mois que lui allouait sa famille. Se trouvant relativement à l'aise, Berger put se permettre de prendre un appartement plus logeable, rue Soufflot,près de l'Ecole de droit.

Quel intérieur fantasque ! Il y élevait des cochonsdindes, des couleuvres, des crapauds qui lui servaient pour ses observations scientifiques, sans compter ses chers microbes. Cette chambre - ménagerie était

traversée par des tuyaux en fil de fer ayant la confection de ressorts à boudins du diamètre d'une pièce de cinq francs en argent. A travers les cercles serrés assez près les uns des autres pour qu'elles ne puissent s'échapper, on voyait aller et venir des souris blanches et grises, d'autres tachetées, fruits aventureux de ces deux espèces. Toutes suivaient les courbes et caprices ornementaux qu'il s'était plu à donner à ce cable métallique, dont chaque extrémité plongeait dans une sorte de cage en verre épais.

Ces petites bêtes formaient leurs nids et se reproduisaient dans des têtes de mort, dont la partie supérieure, quoique fermée, s'ouvrait à charnières comme une tabatière.

« La vie dans la mort, exclamait mon Docteur ; « et de tout ainsi ! » ajoutait-il en découvrant les nids habités qui remplaçaient la cervelle absente.

Comme on le voit son premier métier lui avait donné une adresse extraordinaire; Berger était de ces hommes dont on dit : 11 fait tout ce qu'il vent de ses dix doigts. Pendant son internat à Bicêtre, il confectionnait une foule de bibelots à l'aide d'ossements préparés par lui, tels que : chandeliers, pots à tabac, caisses de fleurs...

11 allait jusqu'cà cultiver les plantes les plus poétiques dans d'horribles crânes dénudés. Mais, excusezle, c'étaitencore le tempsduromantisme. Cethomme,

doué de facultés peu communes, n'a cependant jamais pu percer dans la vie. Un jour il nous quitta. Où a-l-il été planter sa tente ?

On sent combien un esprit aussi ingénieux pouvait m'étre utile dans la grave affaire de ma crémaillère. Quant à moi, en effet, j'avais beau me casser la tête à forger des menus, je ne sortais pas des beefteacks, côtelettes et œufs sur le plat.

Du reste on va voir Berger exercer ses talents culinaires sur une viande plus rare.

Il faut vous dire que j'avais un ennemi à quatre pattes dans la maison : un chat. La haine qu'il me portait se manifesta un soir que, pour rentrer chez moi, j'achevais le trentième tour de valse gravissante auquel j'étais condamné par la structure de mon escalier gothique. J'avais vu les deux rayons de ses yeux se fixer sur moi et, étendant la main vers lui, j'en reçus une horrible griffade. ,Ce n'était pas la première fois que j'étais victime de ce féroce félin. Il m'avait déjà chippé une vingtaine de fois mon beefteack matinal, c'est-à-dire qu'en somme le chat avait commis à mon détriment vol et tentalive d'assassinat.

J'instruisis son procès criminel dans ma pensée, et je le condamnais à mort.

Mais le difficile était de l'exécuter; Monsieur Samson lui-même eut reculé devant un tel problème.

Par bonheur un négociant en peaux de chais,

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grand destructeur de ces animaux, m'avait donné des conseils. (Pour le dire en passant, Champfleury a décrit, avec son exactitude habituelle, la demeure et la vie de cet industriel sur les bords de la Bièvre. Son étude, qui n'exhalait pas des parfums d'eau de Cologne, ameuta même contre lui le clan des normaliens)

J'achetai donc chez un ferrailleur de la place Maubert deux forts pitons, chez un herboriste un paquet de valériane, chez un tripier un morceau de cœur. Arrivé chez moi, un des pitons fut vissé en haut de la porte, l'autre sur son encadrement ; une bonne ficelle d'une longueur suffisante fut nouée au premier piton ; je la fis passer dans le deuxième en m'assurant qu'elle y glissait librement. Puis, après en avoir pris le bout, je m'étendis sur mon Ht, et tirant d'un coup sec, je m'assurai que je pouvais fermer la porte comme l'eût fait un coup de vent. Je la rouvris pour la disposer en piège, après avoir répandu un peu de valériane tentatrice dans l'escalier, et déposé le cœur de bœuf sur le pavé de ma chambre. Gela fciit, je me couchai sur mon lit, tenant d'une main le bout de la ficelle, de l'autre un fleuret et ayant sur la figure un masque de salle d'arme et sur les mains des gants rembourrés, car je prévoyais toujours les coups de griffes.

L'attente du gibier fut assez longue ; cependant la nuit venue, un léger bruit se fit entendre dans

Tescalier, c'était ma future gibelotte qui se roulait sur les feuilles de valériane. L'odeur de la viande le décida enfin à entrer. Ma porte obéissant à la ficelle se ferma violemment.

Sans me presser j'allumai la bougie et la lutte commença. De mon fleuret je cherchais à le cingler ; lui plus agile qu'un clown évitait les coups. Il y avait bien des moments où il voulait se jeter sur moi ; mais je rompais pour revenir à la rescousse et tâcher de le saisir par le cou. Tantôt il s'agrippait au rideau du lit, tantôt il se terrait comme un lapin sous mon Erard de 1782. L'animal en était à la folie, moi à l'exaspération. Je l'attaquai pourtant avec une arme d'un acier courtois ; et lui voulait riposter en tirant la savatte, escrime vulgaire. Dans l'échauffourée, plusieurs de mes moulages en plâtre reçurent des horions. Le masque du Dante perdit son nez, ce qui le fit ressembler au parent le plus éloigné de l'acteur Hyacinthe. Deux doigts de la célèbre main de la Lescombat furent amputés. J'avais l'air d'étudier la chirurgie d'après la bosse.

Finalement mon adversaire préféra le parti de la fuite, et s'élança par la fenêtre cà travers le carreau. La cour retentit du double bruit de sa chute et de celle du verre cassé. Entendant ce vacarme, mon portier sortit de sa loge armé de son balai qui lui servit à achever l'animal, car il l'avait reconnu comme n'appartenant cà aucun de ses locataires.

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. J'arrivai à temps pour réclamer au sieur Pipelet le cadavre qu'il allait jeter à la borne.

— Mais que voulez-vous donc en faire? me dit-

— Tiens, une nature morte. Si vous ne l'aviez pas tué, j'en aurais peut-être fait une nature vivante.

— Ah! ben I emportez-le, je m'en bats l'œil et faites-en toutes les natures que vous voudrez.

Ai-je eu des remords de cet assassinat ?... Mais non ; car faisons le compte de ce que me coûtait la bête : une égratignure valant bien 1 fr. 25 d'indemnité, vingt biftecks à 4 sous, 1 carreau de vitre de 1 fr., au total quelque chose comme 6 fr. 25, soit le prix d'un beau lièvre.

Léchai me devait un lièvre, voilà ce qui est certain, et il ne pouvait me le payer, du moins par à peu près, qu'en me fournissant sa propre chair.

Ma conscience était bien tranquille, et cependant me trouvant plus tard avec Théophile Gautier, Champfleury ou Baudelaire, les grands amis et admirateurs des chats, je ne me sentais pas à l'aise.

11 me semblait lire dans leurs regards cette phrase terrible : « Tu en as tué un ! »

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