‹ Souvenirs de Sébastopol;Chapitre 32 sur 38 · MEMOIRES · texte numérisé non relu

MEMOIRES

UNE 4C COMPAGNIE REGIMENT » ET UNE « DIVISION FICTIVE > A LA MÉMOIRE GLORIEUSE DE A. S. KHROULEFF t

Me trouvant, à partir du 26 avril jusqu'au 27 août 1855, parmi les défenseurs de Sébastopol, je fus, pour quelque temps, commandé au régiment de chasseurs de Brausk du prince Gortschakof et au régiment d'Erivane du feld - maréchal comte Paskievitch, prince de Varsovie. Lors de l'appel des volontaires, je donnai mon consentement et fus \

nommé par l'adjudant général prince Ouroussoff commandant de la ligne de défense avec les volontaires du régiment de Krementchoug. Pendant ] 28 jours, j'occupai les avant-postes du bastion n° 1 ou, pour mieux dire, près du pont même sur la Kilen-Balka qui se trouvait non loin de l'aqueduc. La nuit du 5 au 6 juin, pendant la plus forte canonnade des batteries ennemies, qui a, on peut le dire, détruit presque toules les batteries de la première ligne de défense, je me trouvais devant un avant-posle des plus près de l'ennemi. En passant

en revue les sentinelles que j'avais posées, j'aperçus sur la Kilen-Balka une grande masse de troupes ennemies. J'en informai à plusieurs reprises les commandants des batteries, dans le but de faire tirer sur cet endroit. Tous les projectiles lancés à Kilen-Balka ont en effet causé un grand préjudice à l'ennemi.

Le 6, au point du jour, j'informai personnellement le chef de la première ligne de défense, le prince Ouroussoff que l'ennemi se préparait à l'attaque, comme je l'avais pu remarquer d'après la position des échelles d'assaut. Le prince Ouroussoff, confiant en moi, son officier subordonné, donna l'ordre de tout préparer pour recevoir l'ennemi. L'ordre était à peine exécuté que les colonnes françaises en bon ordre gravissaient la colline en se dirigeant contre nous. Elles y furent reçues par les batteries russes ; elles se mêlèrent et battirent en retraite. S'étant retirées à quelque distance, elles reformèrent leurs rangs désunis et, les officiers en tête des colonnes, aux cris de « Vive l'empereur » elles se lancèrent pour la deuxième fois à l'assaut. Cette fois encore elles furent régalées de la même manière qu'auparavant et elles abandonnèrent l'idée d'attaquer le bastion n° 1. Elles se dirigèrent à droite contre la batterie de Gervé, qui fut défendue faiblement et elles pénétrèrent à Sébastopol.

Ici s'est passé un incident qui a une valeur militaire importante. Justement, à ce moment, la 5 e compagnie du régiment de Sevsk, commandée

par le capitaine Ostrovsky s'en revenait des travaux. Le général Khrouleff, qui cherchait des troupes disponibles, s'approcha au galop de la compagnie qui passait : « Salut au régiment ! — Vive notre général! — répondit-on, — mais nous ne formons qu'une compagnie! » Et le général : « Qu'importe ! Regardez! — et il montra la batterie de Gervé — voilà les Français; courez vite et chassez-les ; de là, je veux vous envoyer une division pour vous aider ! »

Cette division n'existait que dans son dire, mais le général aimé avait parlé ; comme par enchantement, la compagnie fut transformée en régiment, se jeta, encouragée par son commandant, contre l'ennemi et le chassa de la batterie. Le brave capitaine fut tué; la compagnie célèbre n'en a pas moins exécuté une tâche qui était celle de tout un régiment qu'aurait aidé une division fictive?

Moi et les volontaires que je commandais fûmes envoyés pour couvrir les trois pièces de campagne, disposées sur la barbette du bastion n° 1 - r je pris une part active à la défense de ce fortin. Pour avoir devancé l'attaque, ce qui avait couvert de gloire nos braves troupes, j'ai obtenu des remerciements personnels du prince Ouroussoff; je fus, en outre, mentionné dans le rapport du feld-maréchal, mon nom fut publié dans les journaux et j'eus ensuite l'honneur d'être décoré de Tordre de Sain te- Anne de 3 e classe, avec les glaives et le ruban.

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