‹ Souvenirs de soixante annéesChapitre 101 sur 201 · MORT DE COURIER · texte numérisé non relu

MORT DE COURIER

dans ce parc que le jeune prince de Conti a tué son précepteur d'un coup de pistolet, le père Ducerceau. »

Les souvenirs de la vie presque entière d'un homme sont si nombreux, souvent si disparates, que celui à qui prend la fantaisie de les transmettre se trouve forcé, en respectant l'ordre des temps le plus qu'il est possible, de rapprocher les faits analogues, pour donner plus de clarté à son récit. Etienne a fait connaître les conversations et les écrits relatifs à l'exposition de la théorie de l'art dramatique, telle que la concevait la jeunesse romantique de 1819 à 1825. Le moment est venu de parler des efforts tentés pendant la même période de temps par Théodore Leclercq, Lebrun, Charles de Rémusat, Dittmer, Cavé et Mérimée, pour mettre cette théorie en pratique.

Avant d'aborder ce curieux sujet, et pour donner une idée de l'impulsion générale à laquelle presque tous les esprits étaient impérieusement soumis alors, il faut jeter un coup d'œil sur quelques journaux, organes alors de celte jeunesse si ardente à découvrir des vérités qu'elle croyait nouvelles.

Le Globe fut fondé par un homme profondément honnête, non moins remarquable par les dons naturels de l'esprit que par sa solide instruction. M. Dubois.... directeur du Globe, et les jeunes écrivains qui prirent part à la rédaction de ce journal, se firent les interprètes d'un parti politique intermédiaire, celui des Doctrinaires. Dès 1816,

cette jeunesse, poussée par l'amour d'une sage liberté, avait adopté franchement le gouvernement et la monarchie constitutionnels, et combattait avec autant de courage que d'intelligence les prétentions du parti ultra-royaliste et les idées révolutionnaires vivement réveillées par les désordres des cent jours. Sur ces deux points opposés était fondée leur doctrine politique ; quant à celle qu'ils professaient en littérature et relativement aux beaux-arts, c'était celle que madame de Staël avait exposée dans son livre teV Allemagne. La position deM. Dubois lui facilita les moyens de s'entourer d'un assez grand nombre de collaborateurs dont les talents et les connaissances étaient variés et solides. Dans ce journal on traitait, et souvent avec supériorité, de haute philosophie, de littérature, d'art et de toute espèce de sciences. Quoique les opinions libérales des écrivains du Globe fussent très-vigoureusement exprimées, on n'y traitait guère que les questions générales de politique; la polémique journalière n'entrant pas dans le cadre du journal. Les questions de tout genre passaient par la coupelle d'une théorie assez abstraite, et grâce à un éclectisme qui permettait d'admettre le laid auprès du beau, sous prétexte que dans la nature l'ombre opposée à la lumière donne plus de relief et d'éclat aux formes, les beaux-arts, en vertu de cette doctrine complaisante, étaient poussés dans la voie du réel qui, aujourd'hui, est devenu cette monstruosité que l'on nomme réalisme. Il en fut souvent de môme pour les lettres, et quant à l'art dramatique en particulier, les écrivains du Globe, tout en s'exprimant avec plus de réserve et de science que Beyle, au fond partageaient le plus souvent ses opinions.

Pour toutes les idées et les questions qui s'élevaient audessus des intérêts purement humains, franchement antivoitairiens, ces jeunes littérateurs professaient avec sin-

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