‹ Souvenirs de soixante annéesChapitre 102 sur 201 · LE JOURNAL LE GLOBE · texte numérisé non relu

LE JOURNAL LE GLOBE

cérilé un certain spiritualisme très-séduisant, mais qui, vraisemblablement, n'a jamais mis un terme aux incertitudes d'aucun sceptique. Aussi leur critique avertissaitelle plutôt du mal et des défauts qu'il fallait éviter, qu'elle n'indiquait les moyens de bien faire.

Un autre journal parut bientôt après. A une réunion du dimanche, Cerclet, que l'on connaît déjà, arriva avec le prospectus du Produeteur, l'un des premiers exposés du système saint-simonien. Ce jeune homme, d'un commerce agréable, d'une modestie même qui dégénérait en timidité, ne manquait pas au fond de l'âme d'une certaine ardeur qui le poussait vers les spéculations scientifiques. Entouré de collaborateurs doués du môme instinct, tous avaient formé le projet de répandre la connaissance d'une science encore nouvelle alors, celle de l'économie politique.

Lorsque Cerclet prononça ces mots, Beyle, qui se trouvait au milieu de la réunion assez nombreuse, ce jour-là, fit une grimace affreuse, prit son chapeau et s'en alla au milieu du rire universel que son horreur pour l'économie politique avait provoquée.

La vérité est que cette lecture ne divertit personne ; elle fut môme désagréable à plusieurs, et ce ne fut pas sans un grand effort d'attention qu'Etienne put se graver dans la mémoire les traits principaux de la brochure que lut Cerclet.

Son point de départ était que le système sacerdotal est sur son déclin; que le monde, au lieu de n'obéir qu'à ses passions, est invinciblement entraîné à rapporter tout à ses besoins; que l'industrie, qui a développé ce mode nouveau de civilisation, devient donc l'objet d'une science au moyen de laquelle on enseigne comment l'équilibre s'établit entre les classes qui consomment et celles qui produisent, ou comme on aurait dit autrefois : entre les

riches et les pauvres. Mais, toujours selon le Producteur, il est certain que les dernières dénominations sont devenues fautives, depuis que l'industrie s'est emparée peu à peu de toutes les classes de la société et qu'une répartition plus égale du numéraire entre toutes les mains, par l'effet du travail, a rapproché les extrémités de la société et a fait que tout le inonde est moins pauvre et que personne ne possède plus des richesses excessives. Il s'agit donc de déterminer de quelle manière le numéraire circule dans une société qui se constitue ainsi, et comment on y peut mettre le travail de chacun en équilibre avec ce qu'il gagne. Tel est à peu près le résumé du programme que lut Cerclet et dont la conclusion est : que la société est nécessairement entraînée vers une organisation nouvelle dont le principe est le travail et l'industrie, et entre dans une ère où la .science, la connaissance exacte des faits, présidera à toutes les actions de la vie, dominera toutes les intelligences, comme dans l'ère dont on sort elles prenaient leur point d'appui sur les croyances religieuses. Les hommes du Producteur formaient évidemment Tavant-garde des saints-simoniens, qui ne tardèrent pas en effet à paraître.

Après cette utopie crûment matérialiste, il fut question d'un autre journal, le Catholique, dans lequel on se proposait de traiter de l'universalité dos connaissances humaines sous le point de vue de l'unité de doctrine. « Le but de cette œuvre, » disait à Etienne le baron d'Eckslein, auteur et éditeur de ce journal, « est de rendre accessible aux hommes éclairés de toutes les opinions les sommités imposantes de la science qui, maintenant, s'élèvent inabordables et se retirent voilées devant leurs regards. Notre dessein, nous l'avouons, continuait le baron, non sans quelque emphase, est de partir d'un point fixe, d'une doctrine centrale, qui pour nous est le catho-

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