XAVIER DE MAISTRE
ceaux inédits étaient les Prisonniers du Caucase, puis la Jeune Sibérienne, sujet que madame Cottin avait traité sous le titre d'Elisabeth. Curieux comme on Tétait alors de toute nouveauté littéraire, les auditeurs invités se montrèrent impatients d'entendre les dernières productions du spirituel auteur du Lépreux. Les deux nouvelles furent lues par Viollet-le-Duc, écoutées avec le plus vif intérêt et vivement applaudies. La conscience littéraire du classique Valéry tranquillisée par ce succès, les deux nouvelles furent livrées à l'impression et furent lues avec le plus vif empressement. La Jeune Sibérienne, en particulier, dont le récit dramatique et si pittoresque contrastait avec le coloris un peu pâle d'Elisabeth de madame Cottin, charma tous les lecteurs.
Le goût des lectures, l'empressement avec lequel on allait au devant de toute composition qui semblait promettre quelque combinaison littéraire nouvelle, ont éclaté dans toute leur vivacité vers cette année 1825. Cette ardeur était entretenue surtout par la querelle des romantiques et des classiques au sujet de la réforme de l'art théâtral demandée et tenlée, comme on vient de le voir, par de jeunes écrivains. Il est plus que douteux que cet art ait tiré grand profit des efforts tentés par les romantiques ; mais si le mouvement est la vie, les intelligences n'ont peut-être jamais été plus vivaces en France qu'à cette époque.
Sans comparer le temps de la Restauration à celui du Directoire , on peut cependant saisir quelque analogie
entre ces deux époques. Au sortir des angoisses de la terreur, comme on passait en quelque sorte de la mort pour rentrer dans la vie, la joie que ce changementbrusque lit éclater plongea la société dans un tourbillon de plaisirs d'autant plus enivrants qu'en général on n'y cherchait que des jouissances purement matérielles.
A la chute de l'Empire, si pendant ce régime l'ordre avait été rétabli dans les divers rouages de l'administration, on était si las de la tyrannie du maître, et surtout de cette succession de guerres qui avaient décimé la population et mis le deuil dans tant de familles, qu'au retour de la paix, suivi de la promulgation de la Charte, et lorsque par l'établissement des deux chambres et de la liberté de Ja presse on fut rentré dans le droit de dire et de publier sa pensée, cette faculté, ayant acquis une qualité presque fulminante par une compression de quinze années, fit explosion tout à coup, mais d'abord parmi la classe élevée, intelligente de la société. C'est en effet de ce moment, qu'avec les passions politiques se développèrent le goût vif pour les lettres et pour les luttes littéraires dont on a essayé précédemment de faire connaître le caractère et l'objet. Chateaubriand et madame de Staël par la nature de leurs écrits, ainsi que par leur opposition au régime impérial, avaient effectivement ouvert la voie où l'on allait entrer; et bientôt de Lamartine et Victor Hugo, obéissant à cette impulsion, s'élançaient en tête d'une jeunesse avide de nouveauté et de gloire. Cet élan fut grand et très-brillant. Comme à l'origine de toute révolution, on ne douta pas que celle tentée dans les lettres et dans les arts ne dût produire les plus heureux résultats; et pendant la durée de la Restauration cette illusion flatteuse ne contribua pas peu à entretenir le feu sacré pour les lettres.
Quelque chose d'analogue avait eu lieu sous le Direc-