F. GÉRARD
opinion sur les dangers de la diversité des doctrines dans les arts, lorsque madame Gay, entrant brusquement et coupant net la parole au célèbre artiste, lui dit : « Mon cher, nous avons fait des vers sur la mort de M. Mathieu de Montmorency ; ils seront demain dans les journaux, et nous voulons que vous les connaissiez avant tout le monde. » A ces mots, Gérard invita ceux qui l'écoutaient à passer dans le salon où se tenaient encore M. et madame Ancelot, madame de Périgord et l'improvisateur italien Sgricci, auprès desquels Delphine Gay s'était arrêtée. La jeune muse, vêtue de blanc, mais avec une grande élégance et toujours d'une beauté ravissante, s'assit près de sa mère, leva les yeux selon son habitude et récita ces vers :
Hier, dans les détours de la superbe ville, Un cortège funèbre et du peuple entouré S'avançait tristement vers le dernier asile, Et tous disaient un nom dès longtemps révéré.
A ce saint nom, les haines endormies Se cachaient sous un mCmc deuil, Et dus partis rivaux, les larmes ennemies,
Se confondaient sur le même cercueil.
Cette foule qui pleure et cette pompe auguste, Cette croix, ces flambeaux, c'est le convoi du juste, Digne du noble sang de ses braves aïeux. Il lit bénir leur nom, si cher à la victoire, Et sut, par ses bienfaits, son courage pieux, Donner à la vertu tout l'éclat de la gloire. Le pauvre, l'opprimé dont il était l'appui, En lui voyaient du Christ une image fidèle ; Jusqu'à sa mort Jésus lui servit de modèle, Et le tombeau sacré s'est entr'ouvert pour lui. L'heure qui nous sauva fut son heure dernière ; A l'exemple du Christ, ce trépas glorieux N'a point interrompu sa fervente prière ; Ses bienfaits commencés s'achèvent dans les cieux.
Seul, parmi les élus, il p'arle d'espérance;
Pour accomplir sa joie il faut notre bonheur,
Et, jusqu'au pied du trône où règne le Seigneur,
Son coeur, toujours français, prie eu cor pour la France.
Après ces vers, mademoiselle Delphine se leva; d'un coup d'œil sa mère lui donna le signal de la retraite, et ^adressant à Gérard : « Mon cher, nous sommes désolées de vous quitter si brusquement, » lui dit-elle, «mais nous devons passer encore chez deux amis ce soir....- Ces vers sont beaux, n'est-il pas vrai?.... M. de Chateaubriand a été bien frappé de celui-ci : « Donner à la vertu tout V éclat de la gloire. » Mais Delphine avait un si beau sujet! M. de Montmorency mourant le même jour que notre Sauveur l C'est admirable, c est sublime! n'est-ce pas Gérard?.... Mais nous vous quittons. Adieu! adieu! »
Sans attacher trop d'importance à la distribution des lieux, celle d'un ou de plusieurs salons destinés à recevoir beaucoup de monde n'est pas à négliger. On a vu avec quel art madame Récamier, qui ne pouvait disposer que d'une seule pièce, la subdivisait en quelque sorte en plusieurs compartiments autour desquels on pouvait circuler à Taise. L'appartement de F. Gérard, car ce lieu célèbre de réunion ne peut être omis, cet appartement ouvert un jour de chaque semaine à ses amis, aux artistes, était en outre fréquenté par les hommes politiques, les diplomates, les savants, les hommes de lettres de France et de toute l'Europe. Nul étranger distingué, à quelque titre que ce fût, ne voulait quitter Paris sans avoir été ' présenté à Gérard et s'être fait initier à la société parisienne. Aussi arrivait-il souvent qu'il y avait foule dans les appartements du célèbre artiste. Cette foule y serait même demeurée compacte et immobile, sans l'heureuse disposition des lieux. Quatre pièces assez spacieuses, unies