‹ Souvenirs de soixante annéesChapitre 117 sur 201 · LECTURE CHEZ MADAME RÉCAMÎER · texte numérisé non relu

LECTURE CHEZ MADAME RÉCAMÎER

les arts, il n'y eut que des choses flatteuses et honorables dans son récit sur madame de Noailles, le cœur lui battit pendant sa lecture tant il craignait que ses expressions n'eussent dénaturé sa pensée.

. A celte émotion en succéda bientôt une autre. A la fin de ce premier chapitre \ au passage où est raconté l'effet que produisit sur la mère d'Etienne et sur lui-môme la vue des charettes de condamnés parmi lesquels était M. de Laborde, le père de madame de Noailles, le lecteur inquiet, qui n'avait pas cessé de chercher à deviner sur la physionomie des auditeurs les impressions qu'ils ressentaient, s'aperçut que les traits de M. de Chateaubriand s'étaient tout à coup rembrunis. Le chapitre terminé, Etienne se dirigea aussitôt vers lui, au moment où madame Récamicr s'en approchait. — Qu'avez-vous ! lui dit-elle. — Ah ! répondit-il d'une voix altérée, mon frère A était au nombre de ces condamnés !

Fidèle à la loi qu'Élienne s'est imposée de ne retracer le souvenir que de ce dont il a été témoin, il ajoutera quelques traits au tableau de la société parisienne en 1 825 et 1826.

Outre les sentiments très-opposés que l'on manifestait alors en politique et sur la littérature, on ne s'accordait pas beaucoup plus sur ce qui touchait, sinon à la rcli-

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gion, au moins à la manière de la pratiquer. Il n'est que trop vrai qu'à cette époque les pratiques religieuses imposées par une espèce de mode, étaient observées par beaucoup de gens, pour conserver leurs places ou dans l'espoir d'en obtenir. Cette mode était môme devenue si impérieuse qu'elle avait enflammé outre mesure l'imagination des personnes les plus sincèrement religieuses, car on ne peut croire que le fait que l'on va raconter soit une pure comédie. Vers le temps de la maladie et de la mort de M. Mathieu de Montmorency, pendant la célébration du Jubilé (mars 1826), une jeune demoiselle, dont la mère était dangereusement malade, fit un vœu qu'elle accomplit au grand étonnement de tout Paris. La tôte couverte d'un voile*1 et les pieds nus, elle traversa ainsi toute la portion de la ville qui sépare l'église de Notre-Dame de celle de Sainte-Geneviève. Déjà à cette époque la direction presque monacale que prenait le gouvernement de Charles X, non-seulement blessait le parti libéral, mais commençait à inquiéter les royalistes prudents. La procession du Jubilé (3 mai 1826), célébrant à la fois les anniversaires de l'Invention de la croix, de la rentrée de Louis XVI II à Paris en 181 4 et du rétablissement des Jésuites en France en 1822, ne donnait pas lieu à des rapprochements qui dussent satisfaire généralement. Déjà avaient eu lieu quelques processions auxquelles le roi et sa famille avaient pris part, mais dont s'étaient abstenusles grands corps de l'État. Le clergé, si puissantalors, n'avait pas vu sans humeur cette espèce de résistance à ses désirs, et ce fut dans l'idée d'ôter tout prétexte à ce qu'il appelait une désobéissance, que l'on accumula ces trois anniversaires, afin de forcer les pairs, les députés et les cours royales à suivre la procession. Au moyen de ce subterfuge, les cours royales qui ne pouvaient se réfuser à célébrer la renlréede Louis XVIIL éprouvèrent la petite

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