PROCESSION DU JUBILÉ
mortification de fêter l'anniversaire du rétablissement des jésuites, pour lesquels elles avaient peu de sympathie. Quelques détails relatifs à cette cérémonie si nouvelle alors pour Paris offriront sans doute de l'intérêt.
Le roi Charles X se rendit en voiture des Tuileries à Notre-Dame où la procession se forma et d'où elle partit. Les rues qu'elle devait parcourir étaient bordées de deux haies de soldats ; la ligne d'un côté, la garde nationale de l'autre. En tête de la procession marchaient un groupe de suisses de paroisses et le porte-croix, puis sur deux files suivaient douze cents ecclésiastiques. Cette milice cléricale s'avançait par ordre dégrades : les séminaristes, les prêtres, les vicaires, les curés, les chanoines, les évêques, les archevêques et quelques cardinaux, entre autres messeigneurs Delafare et Clermont-Tonnerre. Au milieu des évêques, un groupe de jeunes prêtres se relayaient pour porter sur leurs épaules un coffre vitré, richement décoré, dans lequel étaient les reliques des apôtres saint Pierre et saint Paul, que le pape Léon XII avait remis à Rome à l'archevêque de Paris, M. de Quelen, pour en faire cadeau à la France, assurant au prélat que la simple vue de ces précieux restes, suffirait pour dissiper l'incrédulité qui régnait encore en France. Après les cardinaux, les maréchaux de France, un cierge à la main, venaient le duc d'Angoulême, madame la duchesse d'Angpulême, le roi entouré des personnes de sa suite, et enfin monseigneur l'archevêque de Paris. Un peloton de troupes fermait le cortège, derrière lequel une foule d'hommes et surtout de femmes, suivaient en chantant des cantiques imprimés par ordre de l'archevêque, pour le temps du Jubilé.
Cette procession excila plus de curiosité qu'elle ne fit naître de sympathie. Cette armée de prêtres surtout, produisit un très-mauvais effet sur l'ensemble de la population à laquelle l'idée de célébrer le rétablissement des jésuites,
dont on redoutait l'influence, ne souriait en aucune façon. Enfin un inçident auquel on devait s'attendre, mais qui ne pouvait manquer d'indisposer la foule, fut la retraite de la duchesse d'Angouléme qui, arrivée à l'église de l'Assomption, quilta la procession, et se dirigea vers la chapelle expiatoire, pour éviter de mettre le pied sur la place ou son père et sa mère ont été mis à mort. Cette répugnance invincible que chacun, à part soi, trouvait juste et naturelle, se transformait pour la foule en un reproche, en une rancune tombant injustement sur les générations nouvelles.
A peu près vers ce temps, lorsque le clergé, ou plutôt les jésuites, exerçaient en réalité une très-grande influence sur les affaires temporelles, il courut dans Paris une histoire dont l'authenticité de quelques détails peut être mise en doute, mais dont le fond vrai donne une idée de la manière dont certaines faveurs étaient obtenues alors. Le maréchal Molitor désirant une sous-préfecture pour son troisième fils, s'adressa naturellement à M. de Corbière, alors ministre de l'intérieur, qui le reçut avec les plus grands égards, mais finissant par lui conseiller, avant de pousser plus avant ses démarches, d'allar trouver le préfet de police, M. de Lavaux, bien connu pour être associé aux jésuites. Celui-ci observant aussi les formes les plus douces, engagea le maréchal à parler de son affaires h M. Franchet, non moins étroitement lié à la politique des jésuites. Enfin ce M. Franchet, après avoir approuvé l'ordre, la régularité des démarches du haut postulant, lui dit : « Tout va bien, monsieur le maréchal, mais je crois indispensable que vous parliez à votre curé. » Voyant le tour que prenait cette affaire, le maréchal, impatient de la voir finir, invita son curé à diner chez lui, et entre la poire et le fromage lui rapporta tout simplement les conseils qui lui avaient été donnés, et