SALON DE MADAME DE POMARET
finit par réclamer de lui l'assistance qu'il en attendait. « C'est bien, c'est bien, monsieur le maréchal, dit le curé, votre affaire est faite, dites que vous m'avez parlé. » Remontant tous les échelons qu'il avait descendus, le maréchal se représenta chez le ministre de l'intérieur qui lui accorda aussitôt sa demande.
On peut croire que quelque conteur de salon aura régularisé les démarches descendantes et réascendantes pour donner plus dépiquant à l'anecdote; mais en voici une fort simple de la môme époque, et qui serapporteàun fait qui a eu lieu coram populo. Cette fois il s'agit d'un général dont on peut supposer que les sentiments religieux s'étaient développés à la vue des beaux tableaux de sainteté qu'il a admirés en Espagne. Enfin, tant il y a, qu'il a fait publiquement ses pàques à Sàint-Thomas d'Aquin, sa paroisse, environné de douze laquais en grande livrée; et comme quelques amis témoignaient l'étonnementque leur avait causé cette somptueuse dévotion : le général leur dit.: « Que voulez-vous? C'était l'usage autrefois parmi les grands seigneurs. »
La Restauration est une des époques où les intelligences ont reçu les plus vives commotions. Religion, politique, littérature et philosophie, ces quatre puissants moteurs, ont en effet laissé peu de relâche aux esprits. Les efforts des derniers partisans de la philosophie du xviir siècle, opposés à ceux de la jeune école spiritualiste , fille de l'École écossaise, donnaient souvent lieu à des développements d'idées singulières, et l'on avait souvent l'occasion d'assister à des discussions philosophiques aiguisées par l'éclectisme que M. Cousin avait si spirituellement développé dans ses cours.
Un soir, chez madame de Pomaret, où la conversation avait toujours de la solidité et de l'agrément, Etienne, en entrant, trouva toute la société engagée dans une
très-vive discussion à propos d'une nouvelle fort ridicule qui courait tout Paris. En exploitant une carrière de grès à Fontainebleau» il s'était rencontré un bloc présentant l'apparence très-grossière d'un corps humain, ce qui avait fait dire à de mauvais plaisants que c'était un homme fossile; et dans le trajet de Fontainebleau à Paris, cette bourde s'était transformée en un fait géologique de la plus haute importance. Or, c'était à ce sujet que M. et madame de Pomaret, ainsi que leur spirituelle fille, mademoiselle Blanche, s'entretenaient si vivement avec Valéry et surtout avec Duparquet, ami de Cuvier, dont il fréquentait la maison. L'affaire de l'homme fossile avait naturellement fait tomber la conversation sur la géologie , et Duparquet rompait des lances avec ces dames, qui prétendaient que cette science mène droit au matérialisme. Il leur donna une idée succincte des découvertes faites par les géologues, et leur affirma que les travaux de ces savants, et de Cuvier en particulier, étaient si éloignés de contrarier les vérités consacrées par les livres saints, que l'abbé Fraissinous s'en était autorisé pour expliquer, dans ses Conférences, les six jours de la création. Après ces précautions oratoires, pendant lesquelles Duparquet s'était animé, « il y a, continua-t-il, une chose qui me choque toujours en ceux qui ont la foi religieuse ou qui désirent de l'avoir. Par le fait môme de leurs discours, ils manifestent souvent un scepticisme naturel cent fois plus alarmant que celui qui résulte de la science. Lorsqu'un savant entrevoit ou découvre une vérité qui semble contredire celles que lui impose sa croyance religieuse, il dit : humainement parlant, je vois, où l'on me démontre tel fait. Or, par cette précaution consciencieuse, il fait entendre que Dieu et la vérité ne font qu'un, et que si l'imperfection de nos lumières ne pous permet pas de remplir la lacune qui semble les