LES FEMMES CONSTITUTIONNELLES 3H
duiies h l'état des plus humbles ménagères! — Et le droit de conseil qui vous est donné, que dis-je? qui vous est imposé! — Belle prérogative, en vérité! Voyez ce qui est arrivé à madame Roland pour avoir donné des conseils à son mari I Non, non, je ne me sens nullement disposée à devenir ce que vous appelez une femme constitutionnelle. — Il s'en forme cependant, dit en riant de Guizard, et dernièrement l'un de nos amis, vous savez qui je veux dire, faisant la cour à sa jeune future, a été surpris par un indiscret lui expliquant amoureusement derrière un rideau, les rouages secrets de la constitution anglaise.
Après quelques chuchoteries que cette révélation avait fait naître, mademoiselle Blanche, revenant au livre de madame de Rémusat, s'adressa de nouveau à Etienne : « Et vous, » dit-elle, « nous placez-vous aussi à un rang si inférieur? — Vous faites injure à madame de Rémusat et à votre sexe, Mademoiselle; si j'ai bien saisi l'esprit du livre de cette dame, il n'y est question que d'une difïérence d'organisation — purement physique. - Hé bien, passons sur ce que dit madame de Rémusat ; que pensezvous vous-même de cette infériorité fatale? — Oui, dit ^madame de Pomaret, je suis curieuse de savoir comment vous vous tirerez de là. - Très-facilement, je le crois. Chez tous les humains, l'intelligence me paraît être d'une seule et môme nature; c'est comme une essence qui, une fois infusée dans le corps humain, ne le pénètre et ne l'anime qu'en raison de la flexibilité, de la force, en un mot du degré de perfection avec laquelle les organes de la vie matérielle laissent agir l'intelligence. Il y a longtemps que l'idée est venue de dire que le corps est la prison de l'âme : cette pensée renferme et exprime la mienne. L'intelligence ne change donc pas de nature selon les individus, j'irais môme jusqu'à prétendre qu'il y en a autant
dans l'un que dans l'autre. Supposez seulement une eau parfaitement limpide, successivement transvasée d'un flacon de cristal de roche en d'autres vases toujours moins transparents jusqu'au plus opaque, et vous aurez, selon moi, une idée juste du rapport de l'intelligence d'une nature immuable, avec les organes humains, si divers, si incomplets, qui lui permettent de se manifester. L'intelligence, ainsi que notre âme, ne varie donc pas; elle n'est que modifiée par nos facultés extérieures. — Je vois d'ici, observa toujours en riant madame de Pomarel, que nous sommes mal organisées! — Non, puisque votre organisation est complète en soi. Seulement elle est différente de la nôtre. — Étienne a raison, dit Duparquet, l'aigle et le
papillon A ces mots, un éclat de rire général
coupa la parole à Duparquet. — Oui, oui, vous êtes des aigles! ajouta madame de Pomaret; allez toujours et concluez. — Ma conclusion, je le crois, ne vous offensera pas, Mesdames, reprit Étienne : galanterie à part, je suis persuadé qu'il n'y a pas d'idée, pas de pensée et de combinaison que la femme ne soit en état de saisir et de comprendre tout aussi nettement que l'homme; mais Dieu a voulu qu'il soit assez rare qu'une femme soit en état de fixer son attention plus de deux ou trois heures par jour sur un sujet grave et qui ne flatteras ses goûts; tandis que l'homme, par cela seul que son cerveau ne se fatigue pas si promptement, peut poursuivre pendant dix heures et plus, une idée, une étude, et même un travail, qui n'est po,ur lui que l'accomplissement d'un devoir. Il y a des exceptions sans doute, mais, comme toujours, elles confirment la règle; aussi ne puis-je voir entre les résultats des travaux intellectuels et matériels des deux sexes, d'autres différences que celles causées par l'inégalité de la distribution des forces physiques. — Hélas ! dit madame de Pomaret en posant sa main sur le bras