‹ Souvenirs de soixante annéesChapitre 125 sur 201 · POLITIQUE ET LITTÉRATURE · texte numérisé non relu

POLITIQUE ET LITTÉRATURE

deux questions étaient bien dilTérer;is. Depuis 4792 jusqu'en 1815, les guerres continuelles de la Révolution et de l'Empire avaient entretenu dans l'esprit des Français, à l'égard des nations étrangères, une aversion d'autant plus forte qu'elle était irréfléchie, elles Anglais portaient surtout le poids de cette haine. Quant à leur système de gouvernement, si Ton excepte les publicistes et les diplomates, personne, sous le règne du premier Napoléon, ne le connaissait; et, d'autre part, on ne prononçait guère le nom de Shakspeare que quand le grand acteur Talma faisait valoir les imitations que Ducis avait faites des drames du poète anglais.

Peu à peu, et lorsque les cruels souvenirs de la double invasion commencèrent à être atténués par les vives préoccupations que donnait la consolidation du gouvernement constitutionnel, les productions de Waller Scott et de lord Byron , accueillies avec tant d'enthousiasme eu France, furent les premiers rameaux d'olivier, signal de la paix renouée entre les deux nations. L'apparition des ouvrages du romancier et du poète coïncident si bien, comme on Ta vu, avec l'explosion romantique, qu'il est permis de croire que la réalisation de ce dernier événement n'aurait pas eu lieu s'il n'eût été provoqué par le premier.

En somme, l'établissement du gouvernement constitutionnel et l'idée d'adopter la littérature romantique sont, pour la France, deux innovations empruntées en môme temps à l'Angleterre; combinaisons qui ne furent comprises, soit qu'on les adoptât ou qu'on les rejetât, que par un assez petit nombre d'esprits d'élite; car, pour la plus grande partie de la nation, les libertés données par la Charte de 1814, n'ont pu lui faire passer condamnation sur la rentrée des Bourbons sous l'égide des étrangers; et quanta ce qui touche à la litiérature, encore en 1824,

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une troupe de comédiens anglais ayant eu l'idée de représenter un drame du Shakspeare sur un théâtre de Paris, ces malheureux, assaillis avec les plus ignobles projectiles, furent obligés de se retirer.

Dès son adolescence, Étienne avait caressé l'idée de visiter l'Angleterre. L'élude de la langue de ce pays faite depuis, l'éclat que jetaient alors les deux grands écrivains anglais, la curiosité bien naturelle de voir comment les choses se passaient chez ce peuple à qui la France venait d'emprunter ses nouvelles institutions, et enfin le désir de revoir des amis, tous ces motifs étaient plus que suffisants pour faire réaliser un voyage si longtemps différé. Etienne partifdonc dans les premiers jours du mois de mai 1826, et retrouva à Londres quelques-uns de ses amis qui y étaient arrivés avant lui : F. Gérard, le peintre célèbre; et MM. Mérimée et Duvergier de Hauranne. Ce dernier se proposait d'achever son éducation parlementaire, en étudiant le drame des élections qui avait lieu cette année pour le renouvellement de la Chambre des communes. Trois concurrents se disputaient les voix dans le faubourg de Southwarck : Polhill, Calvert et sir Robert Wilson, le sauveur de Lavalette. Ce dernier candidat, avec qui Duvergier était lié, prenait le jeune Français dans sa voiture afin de lui faire suivre les évolutions électorales auxquelles les mœurs anglaises assujettissent les candidats, comme de faire les visites à domicile aux électeurs, de monter sur l'impériale de son carrosse pour haranguer le peuple, etc., etc. Dans un petit volume fort intéressant, que M. Duvergier a publié à son retour d'Angleterre, on trouvera sur le fond sérieux de ces élections et sur ce qu'elles présentent parfois de bouffon dans la forme, des détails qui ne doivent pas prendre place dans ces Souvenirs, consacrés aux lettres. Cependant, sous ce dernier rapport, Etienne sera obligé d'avouer que pen-

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