REPRÉSENTATION D* H A M L E T
la masse des spectateurs, n'ayant plus le geste des acteurs pour l'aider à deviner ce que disaient les personnages, l'attention du public s'est affaiblie peu à peu, et la fatigue a gagné môme les spectateurs à partir du dénoûment, invention peu heureuse, et dont on ne sent môme les nombreux incidents qu'avec peine à la lecture.
Dès cette première représentation, et plus encore après celle Othello, de Roméo et Juliette et de Richard HT qui suivirent, les auditeurs impartiaux remarquèrent que les acteurs anglais avaient une manière et des routines comme ceux de France; que ces routines étaient différentes, mais que dans les deux pays elles se transformaient par la tradition en lois qui règlent les représentations théâtrales; et que, en dernière analyse, ces dispositions conventionnelles, sans lesquelles il n'y a point d'art, sont, chez chaque nation, le résultat de son caractère, de ses mœurs et de sa langue.
Pendant la représentation d'Hamlet, Étienne qui observait l'auditoire, dont une partie à lui bien connue n'était pas plus en état de suivre le dialogue anglais que Charles Nodier, demeura convaincu que les situations seulement soutenaient l'attention des auditeurs, et que s'ils eussent été obligés de les dégager du style si souvent recherché et alambiqué de Shakspeare, ce travail pénible pour leur esprit eût sans doute amorti leur enthousiasme, et eût particulièrement fait sentir à ceux qui poussaient les littérateurs français à adopter le système du poète anglais, que l'opération préalable en ce cas eût été de transformer le caractère de notre langue. C'est cette observation importante qui suggéra à Étienne l'idée de composer le petit volume de Roméo et Juliette, où il chercha à faire sentir que parmi les langues étrangères à la nôtre, s'il y en a dont nous pouvons tirer quelque profit, il en est d'autres,
l'anglais en particulier, qui pourraient nous nuire si nous poussions le goût de l'imitation jusqu'à emprunter sa phraséologie.
C'est en 1827, lorsque l'opposition au gouvernement de Charles X devenait tout à fait menaçante, que la révolution littéraire acquit aussi le plus d'activité. Ce double brandon enflammait tous les esprits, et depuis 1789, leur excitation en France n'avait peut-être pas été plus vive et plus générale.
Le Journal des Débats, dans lequel Chateaubriand et M. Yillemain unissaient les trails de leur éloquente polémique à ceux des propriétaires et des écrivains habituels de cette feuille, avait donné aux récriminations adressées au ministre Villèle et à la cour une importance d'autant plus redoutable, que la modération connue de ces publicistes des Débats ramenait à leurs opinions une foule de personnes qui n'avaient pu les accepter tant qu'elles avaient été défendues par des écrivains dont la sincérité leur paraissait douteuse. A la suite de la dissolution de la Chambre des députés et des élections favorables à Topposition, des troubles graves éclatèrent dans Paris (19 et 20 novembre). La populace se répandit en différents quartiers, criant Vive la Charte, vivent les députés / et jetant des pierres dans les vitres pour forcer d'illuminer. La troupe de ligne intervint, des barricades furent élevées et l'on ne put s'en emparer sans que la force armée fît