ÉMEUTE EN
feu. Cetle émeute, comprimée à son origine, échappa en partie à l'attention générale ; c'était cependant un essai de celles qui devaient se terminer par la grande révolution de 1830.
La grande majorité des jeunes écrivains marchait donc sous le drapeau de l'opposition, et il semblait que le succès du système littéraire qu'ils avaient adopté fût lié fatalement à celui de leur cause politique.
Pour ne rien omettre de ce qui caractérise cette époque, on dira quelques mots de l'engouement que Ton eut alors pour les méthodes. L'établissement passager des écoles d'enseignement mutuel y avait donné lieu. Comme on prétendait enseigner aux enfants beaucoup plus de choses qu'autrefois, dans l'idée d'obtenir ce résultat dans un espace de temps déterminé, on avait recours aux moyens mnémoniques propres à soulager le travail de l'intelligence. De plusieurs méthodes dont on fit alors l'essai, celle de Jacotot, accueillie d'abord avec enthousiasme, fut livrée bientôt au ridicule. Elle est essentiellement analytique, et a pour principe fondamental de faire trouver à l'élève lui-même, et sans l'intervention du maître, les choses qu'on veut qu'il sache. C'est au fond une application de la méthode de Socrate, avec celte différence que, d'après l'idée de Jacotot, on fait d'abord apprendre par cœur un ouvrage auquel tout sera rapporté dans la suite. Cet homme avait choisi le premier livre de Télémaque, et prétendait faire trouver dans les aventures de Calypso, les principes des langues, des sciences et des arts, au moyen de questions et de rapprochements plus ou moins ingénieux. L'emploi modéré et accidentel de ce procédé aurait peut-être pu présenter quelques avantages ; mais certains axiomes sur lesquels Jacotot appuyait son système, tels que : « Toutes les intelligences sont égales; on peut enseigner ce qu'on ignore; tout est dans tout, etc., » dé-
considérèrent son système. Toutefois, l'empressement avec lequel on accueillit d'abord celte méthode, tendant, si elle eût réussi, à changer le mode d'enseignement universitaire, se joint à beaucoup d'autres symptômes qui décelaient l'envie démesurée que l'on manifestait de réédifier tout sur des fondements nouveaux.
Ceci ramène aux essais tentés pour opérer une révolution dans l'art dramatique. Les efforts les plus hardis faits, comme on Ta vu, d'après les instructions données par Beyle, tendaient à substituer sur la scène la pure réalité à l'art, la prose à la poésie. Ce fut en effet avec l'intention de mettre cette théorie en pratique, que Mérimée, Charles Rémusat, Dittmer et Cavé composèrent le Théâtre de Clara-Gazul, la Révolution de Saint-Domingue et les Soirées de Neuilly. Or, il est à remarquer qu'aucun de ces spirituels novateurs, ne semble avoir été préoccupé d'un des points les plus importants dans la composition d'un ouvrage dramatique, sa convenance relativement à la représentation sur le théâtre. Tous leurs drames sont écrits pour des lecteurs.
Un des habitués des réunions du dimanche, aussi remarquable par l'étendue et la lucidité de son intelligence que par son aptitude aux lettres et aux arts, M. Vitet, contribua singulièrement à débrouiller les questions auxquelles celte théorie dramatique donnait lieu. Après les essais qui viennent d'être énumérés, ce jeune homme, (Etienne parie à plus de trente ans de distance), Vitet donc, séduit aussi par l'idée de mettre l'histoire en drame, et se souvenant peut-être du succès promis par Beyle à celui qui s'emparerait de cette terre que l'on croyait encore inculte, composa successivement les Barricades, les États de Blois et la i/or£ de Henri III, ouvrages qui obtinrent dès leur apparition une estime qu'on leur accorde encore aujourd'hui.