‹ Souvenirs de soixante annéesChapitre 140 sur 201 · M. D. M S A H D. — M. PII. CHASLES · texte numérisé non relu

M. D. M S A H D. — M. PII. CHASLES

la Comédie française, les scènes lyriques étaient échues à Caslil-Blaze, et Lesourd avait les théâtres secondaires sous son sceptre. Mais cette combinaison ne tarda pas à être considérablement modifiée.

Vieux, fatigué et déjà malade, Duvicquet fut obligé d'abandonner sa férule, que les frères Bertin remirent entre les mains de M. Jules Janin, alors dans tout l'éclat de sa jeunesse et de son talent. Ce roi du feuilleton dramatique, car à l'exception des théâtres exclusivement lyriques, tous lep autres furent soumis à sa critique, J. Janin, dès les premières fois qu'il écrivit dans le journal, fit éprouver aux lecteurs une espèce de commotion électrique causée par l'abondance et le brillant de ses idées , par le tour original et chatoyant de son style. C'était au fort du romantisme, et l'on n'avait encore rien lu de pareil dans les journaux. Cette manière d'allier la fantaisie à la raison, de joindre l'abondance du style à l'accouplement de mots qui ne s'étaient jamais trouvés réunis ; ces longues phrases où la môme idée, le même reproche ou la même louange, sont enfilés les uns au bout des autres comme les perles d'un collier ; ces traits de haute raison et souvent de courage, entremêlés à des pensées capricieuses, à des images parfois burlesques, le tout roulant au milieu d'un torrent de paroles, faisant dresser l'oreille et réveillant l'esprit du lecteur; enfin l'exubérance d'imagination ayant pour lest le bon sens, ♦ charma le public, et les feuilletons de J. Janin obtinrent, dès qu'ils parurent, un succès qui s'est soutenu pendant plus de trente ans, puisqu'il dureencore. Onlui reproche souvent ses réflexions plus qu'épisodiques, l'oubli du sujet qu'il traite et d'autres peccadilles ; mais si l'on réfléchit que pour quatre ou cinq occasions qu'il a dans l'année, de s'occuper d'œuvres dramatiques dignes d'attention, il est obligé d'ailletfrs presque chaque semaine

d'écouter des productions de la dernière faiblesse, on comprend que ce qui peul arriver de plus heureux pour les auteurs, et de plus agréable aux lecteurs de Janin, est qu'il parle spirituellement de tout autre chose. En outre, on a dû remarquer que Janiri est irréprochable toutes les fois qu'il a pour texte les ouvrages de Corneille, de Racine et de Molière. Puis enfin, n'oublions pas que depuis trente-deux ans le spirituel critique, sans parler de ses autres écrits, a composé un feuilleton chaque semaine, ce qui en fait monter le nombre aujourd'hui à seize cents au moins.

Quelque fixes que soient les principes politiques et littéraires adoptés par un journal, ce journal doit rester toujours jeune : c'est à-dire qu'il est forcé de modifier les formes de sa critique en les appropriant au développement des idées, aux variations de goût qui s'opèrent à chaque génération. Il est évident que les écrivains qui depuis 1800 combattirent l'esprit révolutionnaire dans l'intérêt du rétablissement de l'ancienne monarchie, les Feletz, les Bonald et d'autres, gênés déjà à mesure que • Napoléon s'affermit, se sentirent tout à coup impropres ii faire ressortir les avantages du gouvernement constitutionnel établi par Louis XVIII. De même, des écrivains lois que Geoffroy, qui poursuivit Voltaire à outrance, ainsi «iiic Dussaut, dont les nerfs se crispaient en entendant nommer Shakspeare et Gœlhe, n'auraient pu exercer une critique utile contre les nouvelles doctrines littéraires . (jui se répandirent vers 1820.

L'une des premières concessions faites au goût du public par le Journal des Débats fut d'y admettre le compte rendu des séances de l'Académie des sciences. Chargé de ce nouveau travail, le docteur Donné, tout en respectant la gravité de la science, trouva le secret d'initier les lecteurs aux questions agitées à l'occasion des

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