M. SAINT-MARC GIRAHDIN. — M. DE SACY
et qui a la modestie si rare de ne parler que de ce qu'il connaît et a étudié. Consciencieux jusqu'au scrupule, dans le commerce de la vie habituelle sa sincérité est à toute épreuve, et lorsqu'il traite des questions politiques ou littéraires, si quelques-uns sont disposés à trouver des erreurs dans l'exposé de ses opinions, il est impossible d'y découvrir un défaut de sincérité.
Ces belles qualités, le talent littéraire deSacy, la sagacité avec laquelle il débrouillait les fils compliqués de la politique moderne et son dévouement sincère aux idées raisonnablement libérales, le firent rechercher par les frères Berlin, qui le chargèrent, pour défendre cetle cause, de suivre les discussions qui avaient lieu aux deux chambres. La polémique qu'il a soutenue avec tant de ferveur et de talent, depuis 4827 jusqu'à la révolution de 48, est un travail remarquable par son importance et son étendue; et si tous les morceaux qui le composent, épars aujourd'hui, étaient rassemblés, ils formeraient sans doute un des recueils les plus intéressants et les plus précieux pour faire connaître l'histoire du gouvernement parlementaire en France. M. de Sacy se destinait originairement au barreau ; d'avocat, il est devenu un de nos plus habiles et de nos plus honnêtes publicistes ; et si dans ces derniers temps, lorsqu'il fut reçu de l'Académie française, sa modestie lui faisait dire qu'il n'a pas composé de livres, on eût pu lui répondre qu'il ne manque à ses articles de journaux, pour en prendre le titre, que d'avoir été mis en ordre dans une suite d'in-octavos. Au surplus, un essai de ce genre a parfaitement réussi. Une série d'articles que M. de Sacy écrivait pour se reposer des préoccupations que lui donnait la politique, a été publiée sous le titre de Variétés littéraires, morales et historiques, et bien que les sujets qui y sont traités soient très-variés, • l'exposition de la haute et pure morale à laquelle cet écri-
vain les fait tous concourir donne à ce recueil cette unité qui constitue un livre, et un très-bon livre.
A une époque où la plupart des hommes, lancés hors de leur sphère, cherchent en vain un centre nouveau dans des espaces inconnus, l'âme et l'esprit éprouvent un repos bienfaisant en rencontrant un homme modeste en ses désirs, inviolablement attaché à ses devoirs, ne s'exagérant pas son mérite, et qui, tout en reconnaissant l'imperfection des choses humaines, se soumet religieusement aux décrets de la Providence. Ce calme, on l'éprouve en lisant le livre de Sacy. Après avoir reconnu la justesse et la fermeté de ses jugements, son aversion pour tout ce qui n'est pas juste et parfaitement honnête, et en s'apercevantdela finesse avec laquelle il démasque ceux qui veulent se faire passer pour meilleurs qu'ils ne sont, ce n'est pas sans quelque surprise que l'on apprend quelle est la simplicité presque enfantine de ses goûts. Sa ré* création, sa passion, son bonheur, c'est sa bibliothèque. Ce qu'en bon père de famille il peut consacrer à la salisfaction de ses fantaisies de bibliophile, il l'emploie en achat de livres. Le nombre de ceux qu'il possède n'est pas grand, mais la plupart sont également précieux par le choix des auteurs, par la rareté des éditions et la perfection des reliures. Etienne a pénétré plus d'une fois dans le sanctuaire où sont déposées ces richesses, et de Sacy, en amateur passionné, après avoir promené son regard amoureux sur ses tablettes, en tirait soigneusement les volumes pour en faire admirer la beauté. Comme de Sacy l'a dit lui-même, « il deviendrait aveugle, qu'il prendrait encore du plaisir à tenir dans ses mains un beau livre; il en sentirait au moins le velouté de la reliure et s'imaginerait la voir. » Rien n'est plus amusant que les querelles amicales qui s'élèvent entre de Sacy et Saint-Marc Girardin au sujet des livres ; l'un ne trouvant pas d'im-