POLITIQUE EN
mantique. Car, ainsi qu'on l'a fait observer plus d'une fois, ces deux armées envahissantes, marchaient sous le môme drapeau.
Pendant Tannée 4828, époque à laquelle nous sommes arrivé, des nuages toujours plus sombres annonçaient la tempête de 1830, et pour faire apprécier l'importance que prirent les lettres au milieu des événements graves qui se déroulèrent alors, il faut donner un aperçu rapide de ce qui se passa dans le monde politique. Les premiers jours de cette année furent signalés par la chute du ministère Villèle, le plus long de ceux qui ont été formés sous la Restauration, et celui dont l'esprit convenait le mieux à Charles X1. Le ministère Martignac lui succéda. Ce cabinet, auquel la présence d'un homme de mœurs douces et sincèrement royaliste-constitutionnel donnait un caractère de loyauté et de modération, ne satisfit aucun des partis extrêmes. Les royalistes purs de leur côté, ainsi que les opposants républicains de l'autre, furent mécontents; chacun des partis ne voyant dans la liste des nouveaux ministres aucun nom qui révélât les doctrines qu'il prétendait mettre en pratique, regarda cette réunion
* Lorsque Charles X, aux premiers jours de la révolution de 1789, alors comte d'Artois, émigra, il devint avec son frère, le comte de Provence, depuis Louis XVIII, le chef du parti royaliste qui ne cessa de condamner la conduite de Louis XVI, jusqu'au moment où ce prince périt sur l'échafaud. Les deux princes survivants, mais plus particulièrement le comte d'Artois, formèrent à Coblentz une réunion d'émigrés connue sous le nom de cour de Cobtenlz, qui ne voulait faire aucune concession aux idées de 1789, et prétendit rétablir la monarchie telle qu'elle était avant ce grand événement. M. de Villèle faisait partie de la cour de Coblentzt et l'attachement que le comte d'Artois avait pour lui alors, et qu'il n'a pas cessé de lui témoigner, est la cause pour laquelle Charles X, à son avènement au trône, l'a choisi pour ministre, et a fait tant d'efTorts pour Je faire maintenir ù ce poste en 1828.
incohérente d'hommes comme un ministère provisoire, les royalistes se flattant d'établir le ministère précédent, les hommes de l'opposition d'en faire nommer un d'un libéralisme très-avancé. La division éclata dans la chambre des députés. De toutes les fractions dont cette assemblée se composait, la plus importante était celle désignée sous le nom de défection royaliste. En effet, on y voyait figurer une trentaine de députés, la plupart s'étant jetés dans l'opposition à la suite de la destitution de Chateaubriand en 1824, et parmi ses membres les plus influents, on comptait Hyde de Neuville, Delatot, de Beaumont, de Praissac et Bertin-Devaux. Cette fraction, moins importante par le nombre de voix qu'elle pouvait apporter dans une délibération, que par la capacité remarquable de ceux qu'elle réunissait, se composait d'hommes qui avaient rendu de grands services à la monarchie, mais elle demandait la Charte avec toutes ses conséquences, et la liberté de la presse comme une nécessité politique. Ces hommes, aussi recommandables par leur caractère que par leurs talents, auraient pu exercer une influence très-salutaire sur les décisions de ia chambre ainsi que sur le choix des ministres, mais leur nombre ne s'élevait qu'à trente au plus, et comme on ne peut rien obtenir dans une assemblée délibérante sans s'assurer la majorité, ils furent obligés de pactiser avec des hommes douteux, en sorte qu'ils se trouvèrent peu à peu comme perdus au milieu de gens dont l'opposition factieuse acquit une assoz grande importance en se trouvant couverte de noms honorables.
Ces divisions dans la chambre causaient à la cour des inquiétudes que rendaient plus vives encore des écrits qui demandaient et prédisaient ouvertement une révolution. Une brochure entre autres, intitulée : Sur la crise actuelle, lettre à S. A. B. monseigneur le duc rf'Or-