‹ Souvenirs de soixante annéesChapitre 151 sur 201 · M. COUSIN.— PHILOSOPHIE.— J. DE MAISTRE · texte numérisé non relu

M. COUSIN.— PHILOSOPHIE.— J. DE MAISTRE

Cette politique du xie siècle, devenue nouvelle par son antiquité môme, piqua la curiosité de ceux pour qui les questions graves ont de l'attrait. Le clergé, d'ailleurs, y puisait des espérances favorables au rétablissement de son pouvoir, en sorte qu'au milieu de cette France aspiranl à des libertés à peu près illimitées, il se forma un parti, peu nombreux il est vrai, mais composé d'hommes intelligents, qui accueillirent l'idée d'un gouvernement théocratique au moment même où en France, et dans une bonne partie de l'Europe, on regardait comme des faits irrévocablement acquis la séparation des deux pouvoirs, spirituel et temporel, le libre examen, et la liberté des cultes. Ces idées du xie siècle, lancées brusquement dans le cours de celles du xixe, produisirent les complications les plus étranges dans les systèmes religieux, philosophiques et politiques qui fermentaient alors dans tous les cerveaux. Quant au cours de M. Cousin, la ferveur de quelques enthousiastes qui accueillirent l'utopie théocratique de Grégoire VII, joinle aux efforts que semblaient faire alors les jésuites pour que l'on se rapprochât Je plus possible de ce système, rendent raison de la hardiesse vigoureuse avec laquelle le jeune professeur défendit sa cause et de l'enthousiasme qu'éprouvèrent ses auditeurs.

Tandis que M. Cousin développait intrépidement son introduction de l'histoire de la philosophie, M. Guizot traçait le plan d'une Histoire générale de la civilisation en Europe. Ce plan est devenu un livre où l'on est certain depuiser une instruction solide et pure. Sans suivre donc pas à pas le professeur dans l'exposition des faits historiques, on se bornera à faire connaître ici le point de vue duquel il envisage les plus importants d'entre eux et les enseignements qu'il en tire. Après avoir clairement et ingénieusement exposé l'établissement du christianisme, la

double influence exercée sur l'Europe par la religion chrétienne et l'invasion des barbares, l'essai du réveil de l'empire par Charlemagne, le régime féodal, la première institution durable du chaos de laquelle s'est développée peu à peu la civilisation en Europe; le professeur fixa l'altention de ses auditeurs sur l'une des circonstances les plus importantes dans les temps modernes, puisqu'il y a huit siècles elle a donné naissance à des haines implacables, à des guerres sanglantes, à l'occasion d'une question encore pendante de nos jours. Il s'agissait des prétentions et des efforts de l'Église pour joindre le pouvoir temporel au pouvoir spirituel qu'elle avait exercé librement jusqu'à la fin du xie siècle. Il fallait s'arrêter à cette grande époque où le souverain pontife, Grégoire VII, mit en jeu toutes les ressources de son puissant génie pour établir un gouvernement théocratique auquel tous les princes laïques élant soumis, lepouvoir sans borne du pape aurait assuré l'unité du catholicisme. L'opiniâtreté, la fureur môme avec lesquelles les empereurs d'Occident s'opposèrent à la réussite de ce gigantesque projet est bien connue; cependant, il s'écoula plus d'un siècle avant que les souverains de l'Europe aient pu commencer à s'affranchir du joug que le saint-siége voulait leur imposer, et que les républiques italiennes fissent les premières tentatives pour séparer la loi civile de la loi religieuse.

L'étude des faits relatifs à cette grande révolution aurait intéressé en tous temps; mais il serait difficile de dire l'effet qu'elle produisit en 4828 à la Sorbonne, sur une jeunesse aspirant à toute espèce d'émancipations d'une part, et dont les passions et les inquiétudes d'ailleurs, étaient violemment excitées par les doctrines exposées par J. de Maistre, par les intrigues des jésuites et parles dispositions de la cour de Charles X, favorisant le parti ultramontain.

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