M. GUIZOT. — HISTOIRE
Aux querelles funestes entre les empereurs et le sacerdoce, succède une série de faits nouveaux : Abélard répandant l'esprit d'examen, l'affranchissement des communes, les chartes qui leur sont accordées, le peuple élisant ses magistrats, la haute et basse bourgeoisie se constituant, les premières croisades, la séparation des deux pouvoirs et l'évanouissement de toute idée de théocratie. Dans ce chaos d'éléments se forment deux puissances nouvelles, le gouvernement et le peuple; et de la fusion de ces deux pouvoirs sort enlin l'institution qui a le plus puissamment contribué à la formation de la société moderne, la royauté, mais portant un caractère nouveau, laquelle, loin d'être fondée sur un intérêt personnel comme les royautés barbares, religieuses, impériales et féodales, prend dès son origine le caractère d'un pouvoir public, d'une magistrature supérieure veillantà l'entretien de la paix, protégeant les faibles et prononçant en dernier ressort sur les différends.
Ce caractère abstrait donné à la royauté, cette marche qui lui était imposée dans l'avenir, ne manquèrent pas de flatter un auditoire auquel ces prémices assuraient d'avance que tout pouvoir absolu serait condamné, flétri. En effet, vers la fin du cours, lorsque les vicissitudes de la politique de la France et de l'Angleterre, les deux plus puissantes monarchies de l'Europe, eurent été comparativement appréciées, l'orateur, arrivé au xvue siècle, conclut que ce qui a manqué à la France de Louis XIV, ce sont des institutions, des forces politiques indépendantes, capables d'action spontanée et de résistance; résistance indispensable pour garantir la nation de l'action du gouvernement lorsqu'il devient illégitime. Aussi, ajoutait M. Guizot : « Ce n'est pas Louis XtV tout seul qui a » vieilli, qui s'est trouvé faible à la fin de son règne, » c'est le pouvoir absolu tout entier; la monarchie pure
» était aussi usée en W\% que le monarque lui-môme.»
Au xvme siècle tout apparaît sous un jour nouveau ; les rôles sont transposés, le gouvernemental faible, inactif, apathique, tandis que l'activité de l'esprit humain est 1 dans une effervescence continuelle. Tout est remis en question, touldevient sujet d'étude, de doute, desystèmes, mais sans que cette agitation franchisse jamais les bornes de la spéculation; car nulle société n'a joui d'un calme matériel plus complet qu'à cette éqoque. A mesure que le pouvoir monarchique s'efface, la nation, par l'activité de son travail intellectuel, intervient dans tout et se trouve enfin en possession de la véritable autorité, l'autorité morale. Considérant alors la prodigieuse hardiesse des hommes de ce temps, prenant en mépris l'état social tout entier, se croyant appelés à réformer toutes choses, l'homme lui-môme; M. Guizot, s'appuyant sur une hypothèse inattendue, transforma l'esprit humain, ainsi dégagé de toute règle et n'obéissant qu'à sa fantaisie, à une autre espèce de pou voir absolu qui, ainsi que tout pouvoir illimité et sans contre-poids, doit nécessairement crouler sous lui-môme.
Sur le point de terminer son cours, le professeur, voulant insister sur les résultats pratiques que Ton pourrait en tirer, dit à ceux qui avaient assisté à ses leçons : « Je veux attirer votre attention sur le fait le plus instructif qui se révèle des études que nous venons de faire. C'est le péril, le mal, le vice insurmontable du pouvoir absolu quel qu'il soit, quelque nom qu'il porte et dans quelque but qu'il s'exerce. Vous avez vu le gouvernement de LouisXIV ruiné presque par cette seule cause ; la puissance qui lui a succédé, véritable souverain du xvine siècle, a subi le même sort, et il en a été ainsi de tous les pouvoirs qui ont suivi. C'est le devoir, et ce sera, je crois, le mérite particulier de notre temps, de reconnaître que toute espèce