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VOYAGE DANS LE MIDI.— DE MONTLOZ1ER

curieux pays volcanique de l'Auvergne fut exploré, jusqu'au delà des monts Dore; et passant parle Puyen Velay, Lyon, Nîmes, Avignon, Vaucluse, Marseille et Toulon, ils poussèrent jusqu'à Hyères, où se borna leur course. Le résultat de ce voyage, pour l'oncle et le neveu, outre la bonne santé et la gaieté qu'ils en rapportèrent, fut un recueil de cent trente dessins, dont Eugène Viollet-le-Duc, déjà dessinateur intelligent et habile, avait achevé les deux tiers. Quant à Etienne, quoique ses instincts pittoresques ne l'eussent pas complètement abandonne, il s'était chargé de la correspondance avec la famille et les amis, et en outre il s'occupait en voyageant de la composition du roman de Mademoiselle de Liron.

En parcourant les nombreux monticules volcaniques semés autour du Puy-de-Dôme, Etienne revit, au centre d'une vallée d'un aspect lugubre, le groupe de chaumières qui forment l'habitation de M. de Montlozier, le seul homme qui ait eu l'idée de s'établir dans cet affreux désert pour en rendre le terrain propre à la culture. Dix ans avant, Etienne avait déjà visité ces lieux; en les parcourant de nouveau, il fut frappé du peu de progrès de la végétation. Comme pendant les dix années qui s'étaient écoulées, Etienne avait eu l'occasion de se trouver à Paris avec M. de Montlozier, il ne voulut pas passer sur ses terres en 1831 sans lui faire ses politesses.

Après une conversation sur ses chers volcans éteints, et quelques mots de regret sur le mauvais succès de ses entreprises agricoles, M. de Montlozier se rabatttit sur la question dont il s'occupait avec passion. Son idée fixe était laséparation de deux intérêts qui, en principe, semblent ne dwoiren faire qu'un. Ce gentilhomme féodal, au milieu duxixe siècle, se portait comme ardent défenseur de la noblesse héréditaire; et d'autre part, janséniste au fond de l'âme, et très-dévot, il n'est pas d'efforts qu'il n'ait

faits pour diminuer la prépondérance du clergé etannulcr celle des moines. Ces deux idées contradictoires faisaient dérouler à cet homme une foule de paradoxes dont on n'était pas dupe, mais que l'on écoutait avec plaisir, bien que, le charme une fois passé, on ne trouvât, au fond de cette éloquence fougueuse, qu'un nouvel exemple de ces systèmes bizarres qui, ainsi que ceux de de Maistre, de Lamennais, de Saint-Simon et des néochrétiens, ont mis tant de troubles dans les esprits.

Au retour, aprèsun séjour d'une semaine à Nevers chez des amis qui trouveront bientôt place dans ces souvenirs, les voyageurs rentrèrent vers octobre à Paris, qu'ils trouvèrent un peu plus calme. Il fallut cependant reprendre l'habit d'uniforme; mais le service, sans être précisément adouci, était devenu plus régulier, ce qui donnait la faculté de prévoir et de régler l'emploi du temps.

Cette amélioration, sauf le cas des émeutes imprévues, permit à Etienne de faire des séjours assez prolongés à Fontenay-aux -Roses, ce qui lui fut très-salutaire, car le travail était devenu pour lui un besoin plus impérieux que jamais, depuis qu'il se trouvait fréquemment isolé. Ses deux neveux achevaient leurs études à Paris, et, dans la grande ville même, ceux de ses amis qui avaient fréquenté sa maison les dimanches, exclusivement préoccupés des affaires publiques depuis le gouvernement de Louis-Philippe auquel tous prenaient déjà une part très-active, avaient mis lin, par leur absence, à celte société littéraire qui comptait plus de dix ans de durée.

Cette solitude dans laquelle Etienne se trouva plongé tout à coup ne l'abattit cependant j,as. Ayant recours au moyen qui lui avait toujours réussi en des occasions analogues^ se livra au travail avec fureur, acheva le roman „ de Mademoiselle de Liron, composa la nouvelle du Mécanicien roi, poursuivit ses recherches pour l'histoire de

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