PROCÈS DES SÀINT-SIMON1ENS
lieu ensuite. L'autorité s'alarma encore en cette occasion, et les saint-simoniens furent appelés devant la cour d'assises pour infraction à l'article du Code pénal en vertu duquel les réunions de plus de vingt personnes sont interdites. On les accusa aussi d'outrage à la morale publique et aux bonnes mœurs; de plus, ils eurent à répondre devant le tribunal correctionnel à une accusation d'escroquerie. Les prévenus étaient : le père Enfantin, Michel Chevalier, Emile Barrault, Charles Duveyrier et Olinde Rodrigue, quoique ce dernier se fût déjà séparé du chef de la famille saint-simonienne. Ils se présentèrent à l'audience en costume \ et quoiqu'ils fussent accueillis par des signes dérisoires, tous conservèrent le calme le plus parfait. Un assez grand nombre de saint-simoniens avaient été appelés comme témoins. Le premier qui se présenta, autorisé par la parole d'Enfantin, refusa de prêter le serinent selon l'usage, et tous les autres témoins suivirent cet exemple. Plusieurs scènes étranges eurent lieu pendant le cours de cette audience, dont le père Enfantin profita pour traiter en inspiré quelques points de sa doctrine. A propos du refus qu'on lui avait fait d'admettre, comme il l'avait demandé, deux femmes pour l'assister pendant le procès, il prononça un discours à la fin duquel il dit : « Il est bon que ceux qui nous entendent ici sachent que dans une cause qui intéresse spécialement les femmes, on n'a pas voulu que deux femmes fussent les conseils de l'accusé. Ma parole, ajouta-t-il en terminant, est celle de Y homme précurseur de celle de la
cœur et maintenue par une ceinture en cuir; d'un gilet blanc, signe de la fraternité, et pour cette raison se laçant par derrière, afin dVntretenirchez les frères saint-simoniens l'habitude de s'entr'aider sans cesse ; enfin, d'un pantalon rouge en hiver, blanc en été, et d'une toqur bleue pour coiffure.
1 28 août 1832.
femme; Messie de son sexe qui doit le sauver de l'esclavage, Pescla vage qui est sa prostitution, comme le Christ a sauvé l'homme d'un autre esclavage. J'ai à préparer l'affranchissement des femmes par les femmes, comme saint Jean-Baptiste a affranchi les hommes par les hommes. »
Enfantin, Duveyrier et Michel Chevalier furent condamnés à un an de prison. Rodrigue et Barrault à 50 francs d'amende. En entendant ce jugement, aucun d'eux ne perdit le calme qu'ils avaient montré pendant le cours du procès.
Quant à l'accusation de captation portée en particulier contre Enfantin et 0. Rodrigue, d'après la déclaration unanime des donataires, qui témoignèrent de la bonne foi et de la probité des deux accusés, le tribunal les renvova absous.
Le jour de la prise d'habit à Ménilmontant, Enfantin avait dit à ses adeptes : « Le moment n'est pas éloigné où nous montrerons notre habit hors de cette enceinte, où nous prendrons part à la vie du monde. » Leur début en ce genre eut lieu à la cour d'assises. La jeunesse de la plupart des saint-simoniens, leurs traits nobles, la physionomie remarquablement intelligente de la plupart d'entre eux, la singularité de leur costume et le retentissement du procès dans le cours duquel Enfantin avait émis des idées si étranges, furentaulant de circonstances qui préoccupèrent assez longtemps la population parisienne. Les convictions des saint-simoniens furent d'abord assez fermes, non-seulement pour qu'elles leur donnassent la force de braver le ridicule, mais ils eurent même l'idée d'accepter les plaisanteries dont ils étaient l'objet comme un des moyens d'augmenter la popularité de leur doctrine, tant ils étaient persuadés que le fond sérieux sur lequel elle reposait dût tôt ou tard être reconnu vrai.