ALFRED DE MUSSET
lancées contre lui. Mais le calme se rétablit bientôt sur sa physionomie, et il adressa à Etienne un éloge simple mais empreint de sincérité, en lui disant le cas particulier qu'il faisait de la ferme impartialité avec laquelle il s'acquittait de la tâche difficile qu'il avait à remplir au Journal des Débats. Dans les paroles d'Alfred de Musset, il y avait, au lieu de celte indifférence sarcastique qui règne dans ses premiers vers, un parfum d'amour pour le vrai et l'honnête qui toucha Élienne, et lui fil concevoir pour ce jeune homme une estime qui se serait facilement changée en amitié. Mais les occasions de se revoir ne se représentèrent pas, et les habitudes solitaires d'Etienne n'étaient pas propres à les faire renaître.
Versce temps, plusieurs jeunes écrivainsde mérite furent associés aux travaux du Journal des Débats. M. Michel Chevalier, après le déclin de la société saint-simonienne, étant allé voyager en observateur aux Étals-Unis d'Amérique, adressa de ce pays à MM. Berlin une série de lettres que toutes les classes de lecteurs accueillirent avec le plus vif intérêt. M. Guéroult, voué aussi d'abord aux idées de Saint-Simon, fournil au journal une suite d'articles curieux sur la politique et les mœurs de l'Espagne. Après la séparation des saint-simoniens, M. Xavier Raymond, que de longs voyages avaient mis au courant des intérêts et du caractère propre aux peuples divers semés sur notre globe, vintdéposer dans les colonnes du Journal des Débats le résultat des connaisances qu'il avait acquises. Enfin le spirituel M. Broët, car il est à remarquer que presque tous les hommes sortis de cette étrange école saint-simonienne se sont distingués, en rentrant dans la vie commune, par des talents francs et souvent supérieurs, M. Broët donc, jadis l'un des solitaires de Ménilmontant, fut chargé, au journal, de traiter les questions relatives aux finances.
La collaboration, dans un journal, établit toujours,
entre ceux qui y prennent part des relations douces et amicales; cependant, comme il arrive ordinairement dans ces réunions, chacun, poussé par le hasard ou obéissant à des préférences instinctives, fréquente les uns plus que les autres. C'est ainsi qu'Etienne, faute d'avoir connu intimement quelques-uns des écrivains attachés aux Débats, ne peut que signaler ici leurs noms et caractériser leurs talents ; tels sont : — M. Alloury, légiste et philosophe, traitant les questions politiques, l'un de ceux qui, avec MM. de Sacy, Saint-Marc Girardin et quelques autres, ont plaidé avec le plus d'ardeur et de talent en faveur du gouvernement représentatif; — M. John Lemoinne, dévoué à la même cause, jeune diplomate aux formes élégantes, trouvant, dans son esprit original et fertile, des ressources toujours nouvelles pour égayer, par une ironie de bon goût, les discussions et les matières les plus graves. — Il faut encore inscrire le jeune savant, M. Foucault, auteur d'un appareil qui constate la rotation de notre globe, et dont les articles mettent les lecteurs au courant des découvertes scientifiques; M. H. Berlioz, musicien-compositeur, qui s'est efforcé de donner une direction nouvelle aux productions de son art, en associant un sujet déterminé à la symphonie instrumentale; en outre, écrivain spirituel et plein de verve lorsqu'il rend compte des nouveautés données sur les théâtres lyriques. D'un caractère plus grave, et auteur d'un dictionnaire instructif sur le plain-chant, M. d'Ortigues s'applique particulièrement à la critique de la musique religieuse et de chambre.
L'un des rédacteurs des Débats dont le caractère a le plus d'originalité, Saint-Ange, fils du poëte traducteur des Métamorphoses d'Ovide, fit, dans sa jeunesse, la campagne d'Espagne en 1810, en qualité de capitaine de la jeune garde. A la singularité naturelle de son esprit se