M. NISARD
des souscriptions ministérielles à ce livre, et par cela même en lui donnant une plus grande publicité. Ces dispositions bienveillantes à l'égard du savant prirent plus de vivacité encore pendant un séjour d'une semaine que M. Nisard et sa famille firent à Fontenay chez Etienne. Là Nisard eut l'occasion de connaître plus intimement le docteur Bourgery, et Etienne, qui était alors au courant des mécomptes et des découragements qui troublaient l'existence intérieure de cet homme, en fit confidentiellement part à Nisard, qui demanda avec empressement ce que Ton pourrait faire pour lui. Bourgery, pendant les conversadu soir, avait laissé entrevoir à Etienne quelque regret de ne pas avoir été décoré ainsi que la plupart de sesjcondisciples. Etienne qui ignorait la marche à suivre pour faire la demande en règle de cette distinction, prit conseil de Nisard à ce sujet. « Il faudra s'occuper de cette affaire, » fut sa réponse. Enhardi par cette ouverture, Etienne, à l'insude Bourgery, écrivit à M. de Salvandy pour le prier de faire obtenir h croix à son ami, en récompense du zèle et du talent avec lesquels ce savant poursuivait ses importants travaux. Il fallait une occasion opportune pour que cette demande fût soumise au roi par le ministre, et ce ne fut que quelque temps après, qu'un soir, Bourgery revenant de Paris, s'arrêta tout essoufflé devant Etienne penché à sa fenêtre, et lui dit : « Savez-vous la nouvelle? — Qu'y a-t-il donc? — Vous êtes décoré ! — Et vous? demanda Etienne avec vivacité. — Et moi aussi, mon cher ami. C'est Nisard qui a arrangé tout cela sans nous en rien dire 1 ! »
Ce fut à celle époque que de Salvandy, vraisemblable-
1 l/associéde Bourgery, Jacob, l'habile lithographe auteur des planches remarquables qui accompagnent le texte de Yanatomie de l'homme, reçut la décoration en môme temps.
4t>4 SOUVENIRS DE SOIXANTE ANNEES
ment aussi d'après les conseils de M. Nisard, nomma Etienne membre du Comité historique des arts, où il se trouva tout à coup en relation avec des hommes distingués par leur esprit, leur savoir et leurs talenls. Quelques-un? • étaient pour lui d'anciennes connaissances; MM. Mérimée, de Gasparih et Vitet entre autres, qui avaient éle fidèles aux réunions du dimanche ; puis le neveu de madame Récamier, Charles le Normand, l'antiquaire. P. Delaroche, le peintre, MM. Lenoir et Lassus, architectes, et M. le comte Léon Delaborde. Au nombre de ceux qu'il neconnaissaitalors que de réputation étaient MM. le duc de Luynes, le comte de Monlalemberl, le baron Taylor, Dusommerard, Auguste Leprévostet Bellaguet, deu* historiens antiquaires ; puis Bottée de Toulmontet Vincent, s'occupant scientifiquement de la musique, et enfin M. Didron, secrétaire du comité.
Ce comité n'avait pour objet que de s'occuper incidemment des arts en général, comme l'indique son titre. 11 était surtout institué pour faire le recensement des anciens monuments de la France, veillera leur conservation, et répandre le genre d'instruction indispensable aux architectes qui seraient chargés de les restaurer.
Les monuments de tous genres auxquels leur ancienneté donne le caractère historique, se rattachant surtout à l'époque dite gothique, il en résulta naturellement que les membres du comité s'occupèrent presque exclusivement de ce mode de l'art. Leur ardeur à s'instruire pour transmettre leursconnaissancesfutgrande et très-souvent efficace. Le respect pour des monuments trop longtemps négligés se rétablit. Des documents composés au sein du comité et envoyés aux évôques, aux curés, dans les séminaires et aux architectes des provinces, arrêtèrent la destruction des anciens édifices, ou leurs reconstructions fautives, jusqu'au moment où l'état des connaissances eu