COMITÉ HISTORIQUE DES ARTS
l'art du moyen âge serait assez avancé pour que Ton se permît d'entreprendre de grandes restaurations. Cette voie suivie alors parle comité était excellente, et c'est au zèle éclairé de quelques hommes de cette réunion que la France doit la conservation d'un grand nombre d'édifices également intéressants sous le rapport de l'histoire et de l'art, ainsi que la restauration complète de la plupart des grandes églises gothiques.
Malheureusement la mode, chez nous, exerce son influence sur ce qu'il y a de plus sérieux, et tout ce qui se rattache au moyen âge était devenu alors un sujet d'admiration : œuvres de littérature et d'art, mœurs, usages, habillements, meubles, du moment qu'ils appartenaient à cette époque, étaient devenus pour la masse du public un sujet d'engouement aussi excessif que l'avait été vingt ans avant sa répulsion pour tout ce qui sentait du goût gothique. Rien n'est plus difficile que de résistera un entraînement devenu général, et l'on peut croire que, sous des prétextes plus ou moins spécieux, quelques membres du comité y ont tant soit peu cédé.
Au nombre des questions agitées dans le comité, il en est une qui se représenta fort souvent. Il s'agissait de décider si l'on devait se borner à sauver de l'oubli et de la destruction complète les ruines des monuments du moyen âge, età restaurer ceux qui seraient suffisamment conservés, ou s'il ne conviendrait pas de substituer au style de tradition romaine, en usage depuis la Renaissance, celui de l'architecture gothique.
Ceux qui soutenaient la première proposition se fondaient surce fait : qu'une révolution radicale dans les arts n'était pas possible au xixe siècle, surtout en adoptantun mode abandonné depuis plus dequatresiècles, et qui, par cela même, ne serait plus en harmonie avec les institutions, les mœurs et les goûts de nos temps modernes.
Aces arguments dictés par la raison et l'expérience, les membres du comité, d'avis contraire, comme s'ils eussent été de véritables Pérès de l'Église, défendaient leur opinion en la mettant sous l'égide de considérations de l'ordre le plus élevé. « La France est catholique, disaientils, mais depuis la réformation et la Renaissance, la pureté de ce culte a été troublée, moralement par les doctrines nouvelles, extérieurement par les changemen ts apportés à la forme des lieux saints q ui ont pris une apparence païenne. N'est-il pas temps d'obvier à de si graves inconvénients en revenant au mode d'architecture qui a pris naissance et a duré pendant les quatre siècles où le catholicisme, ayant reçu tout son développement, a exercé le plus pleinement son empire? Pour nous, ajoutaient-ils, l'art de cette époque est essentiellement chrétien, parce qu'il est catholique. »Et partant de ce point, il en tiraient la conséquence que le comité devait s'appliquer à rétablir la liturgie du xine siècle, les anciens vêtements des prêtres, la forme primitive de la crosse et de la mitre des évéques, ainsi que celle de tous les objets employés pour les cérémonies du culte. Cette question, remise fréquemment sur le tapis, ralentissait tellement le cours des travaux du comité, que l'on décida de la résoudre en la mettant aux voix. L'épreuve ne fut pas douteuse; les partisans de la restauration pure et simple des édifices et des monuments de tous genres du moyen âge furent les plus nombreux, ce qui n'empêcha pas qu'en réalité les vaincus, par l'elfet de leur persistance, ne devinssent avec le temps les vainqueurs.
Parmi ceux qui plaidaient le plus chaudement en faveur de l'art gothique, cinq membres, bien que poussés par des motifs différents, concouraient cependant, avec une ardeur égale, à l'affermissement de la même idée. Le moins sérieux, mais l'un des plus tenaces, était Dusomme-