DUSOMMERARD. — LASSUS
rard. L'exubérance de sa sanlé et de sa corpulence ne diminuait en rien son excessive activité. Membre de la chambre des comptes, depuis nombre d'années il employait ses loisirs à chercher, à acquérir et à rassembler chez lui des curiosités de toute espèce, mais plus particulièrement celles du moyen âge se rattachant au christianisme. Sa collection devint si nombreuse qu'il loua l'ancien hôtel de Cluny pour l'y loger ainsi que sa famille, et là il admit, à certains jours, les amateurs éclairés et les curieux. La collection Dusommerard avait pris de l'importance dans le public; mais à l'époque des séances du comité historique des arts, son propriétaire était préoccupé de l'idée de lui en faire obtenir une bien plus grande encore. Il ne s'agissait de rien moins que de la faire acheter par l'État pour qu'il l'érigeât en musée public dans l'hôtel de Cluny, ce qui eut lieu en effet. Malgré son extérieur tant soit peu grave, Dusommerard était gai et aimable. Un trait qui caractérise tout à la fois ses habitudes sociales et sa passion pour les curiosités, est l'invitation qu'il fit aux membres du comité des arts d'assister à un repas où les ustensiles de table les plus modernes étaient du xvie siècle.
Quant à l'architecte Lassus, qui, outre les habiles restaurations qu'il a faites depuis 1836 de Saint-Germainl'Auxerrois et de la Sainte-Chapelle , a construit plusieurs nouvelles églises dans le style gothique; il était tout naturel qu'il soutînt avec chaleur l'idée de substituer systématiquement l'architecture du moyen âge à celle dérivée des Latins.
Il n'est pas aussi facile de se rendre compte des motifs qui ont fait prendre à M. Mérimée une part si active à la réhabilitation de l'art gothique. C'était sans doute un devoir pour lui de s'en occuper, lorsqu'il reçut l'importante commission d'inspecteur des monuments historiques
de France. Mais entre l'étude impartiale des différents styles d'architecture à laquelle ses fonctions le forçaient de se livrer, et l'adoption particulière de l'un de ces modes, la différence est grande. Or, le soin avec lequel le spirituel auteur de Colomba a dirigé la publication de monuments du moyen âge qui ne présentent qu'un intérêt de pure curiosité, semblerait faire croire qu'il y attachait une véritable importance. Comme on l'a déjà dit, le catholicisme, à celte époque, était devenu une affaire de mode scientifique, et ceux qui penchaient sérieusement vers l'ultramonlanisme ne voyaient pas sans satisfaction les archéologues insensiblement entraînés dans une voie qui aboutissait à la leur. Une curiosité de savant et la séduction exercée par le mérite réel de l'art gothique ont-elles déterminé M. Mérimée à poursuivre sérieusement ses études sur les monuments du moyen âge? il faut le croire, car, en conscience, on ne peut le taxer d'ultramonlanisme, et cependant, ainsi que tous les archéologues de nos jours, il a travaillé en sa faveur.
L'âme du comité, l'homme qui, sans parler beaucoup, avait le plus d'influence sur les décisions qu'on y prenait, était M. le comte de Montalembert. La sincérité de ses sentiments religieux est hors de discussion; mais il a souvent rencontré des contradicteurs au sujet des moyens qu'il a proposés pour ranimer la foi et rétablir l'autorité ecclésiastique. Quoique le projet qu'il avait formé avec Lamennais et le père Lacordaire, d'allier l'Evangile et la démocratie, de mettre les souverains sous la tutelle du pape et de supprimer le budget du clergé, contint une série d'idées que l'âge et l'expérience avaient sans doute modifiées dans son esprit, il en restait cependant des traces assez profondes; et la persistance avec laquelle cet orateur entraînant a plaidé à la chambre des pairs en faveur de la liberté absolue de l'enseignemeat, était évi-