M. DI DR ON
ligieux, celui des archéologues amateurs auteurs de nouveaux édifices bizarres s'est-il accru dans des proportions énormes.
La retour de certains esprits de notre temps vers les institutions du moyen âge sera sans doute un jour le sujet d'un véritable étonnement. En voyant les uns céder à des espérances plutôt politiques que religieuses, les autres obéissant à l'attrait de recherches purement scientifiques, mais tous réunissant leurs efforts pour redonner la vie intellectuelle et matérielle à un monde qui n'a plus de raison d'exister, on se demandera quel pouvait 'être le but réel que se proposaieut ces utopistes et ces archéologues si passionnés.
De ces derniers, M. Didron s'est toujours montré le plus actif pour ressusciter les usages et les idées du moyen âge, et il aurait reçu une délégation venue de l'autre monde de la part d'Innocent IV pour concourir au rétablissement de la monirchie catholique du xme siècle, qu'il n'y aurait pas travaillé avec plus de ferveur. Cependant cet archéologue était un catholique très-modéré, comme tant d'autres de notre temps, et en deux ouvrages fort spirituels et pleins d'érudition qu'il a composés : l'Histoire de Dieu et VHistoire du Diable d'après les monuments, si l'exactitude du savant a été pleinement reconnue, l'orthodoxie de l'écrivain a encouru quelques critiques.
Malgré le zèle parfois exagéré des archéologues, en somme, les séances du comité départs auxquelles Etienne assistait régulièrement, outre l'augmentation qu'y reçurent ses connaissances en histoire, lui ont laissé les plus agréables souvenirs. Il y retrouva d'anciens amis : MM. Vitet, Mérimée, de Gasparin, Paul Delaroche; y contracta de douces liaisons avec Auguste Leprévost, savant spirituel et modeste, avec l'aimable Bottée de Toulmont,
le musicien érudit; renouvela connaissance avec de Salvandy, qu'il n'avait pas revu depuis leur collaboration au Journal des Débats, et eut l'occasion, quoique ne partageant pas toujours les opinions de M. le comte de Montalembort, d'apprécier l'élévation du caractère et de l'esprit de cet homme remarquable.
Les séances du comité fournissaient d'amples sujets de conversation aux causeurs de Fontenay. Le soir des jours où elles avaient eu lieu, Bourgery s'en faisait conter la substance par Élienne, et de là s'élevaient des discussions nouvelles, car si l'anatomisle n'acceptait que les faits rigoureusement démontrés lorsqu'il s'agissait de science, chez lui, l'imagination prenait sa revanche à l'égard de tout autre sujet. La lecture de certains romans, la vue au clair de lune d'édifices gothiques en ruines dont les souvenirs dataient de sa jeunesse, avaient entretenu dans son esprit une disposition favorable aux mœurs chevaleresques et aux institutions du moyen âge; en sorte qu'il prenait intérêt aux travaux de ceux qui s'efforçaient de réveiller ces vieux souvenirs. Chaud partisan, ainsi que les hommes de son âge, du système libéral établi depuis la révolution de 1830, Bourgery était de ceux qui se flattaient que l'on peut concilier le christianisme et la liberté, tels qu'on les comprend de nos jours. Celle formule répondait à peu près à l'idée des saint-simoniens qui, comme on l'a vu, l'avaient prise, en la dénaturant, du système d'unité catholique présenté par Joseph de Maistre comme la panache à opposer à tous les maux de la société moderne. De ces premières modifications s'en étaient engendrées de nouvelles, et sans revenir sur les extravagances de Drouineau, que Bourgery et Etienne étaient quelquefois forcés d'écouter par politesse, il leur arrivait aussi, en descendant à la pépinière, de se trouver avec M. Jean Revnaud ou de rencontrer M. Pierre Le-