‹ Souvenirs de soixante annéesChapitre 193 sur 201 · M. ED. LABOULAYE · texte numérisé non relu

M. ED. LABOULAYE

jeunesse et faire prendre un doux repos aux savants, dont l'esprit sortait de là frais et détendu comme le corps après un bain.

Des entretiens plus graves, mais qui avaient bien leur charme, variaient les récréations des deux amis. Dans la maison habitée par Bourgery demeurait aussi un homme qui, bien jeune encore, mais marié et père de deux enfants, se faisait remarquer par un air très- réfléchi pour son âge. Son temps était consacré à des occupations variées, mais qu'il poursuivait avec une ténacité remarquable. Au fond solide de ses études classiques, il ajoutait celles du droit, de lu législation, de l'histoire, de la littérature et des différentes langues de l'Europe; et quoique père de famille très-attentif, on eût pu le prendre pour un de ces jeunes gens exclusivement amoureux des sciences et des lettres, en le voyant, pendant les allées et retours de Taris à Fonîenay-aux-Roses, compulsant ses papiers ou lisant dans ses bouquins sur l'impériale de la voiture publique. Cet homme, qu'Etienne ne reconnut pas d'abord pour l'enfant qu'il avait vu plusieurs années avant chez sa mère, était M. Edouard Laboulaye, devenu un savant et un homme de goût. Mais il entrait dans leur destinée, après s'être perdu de vue pendant quelque temps, de se rencontrer à cet laines époques; en elfet, Etienne, qui ne quitta Fnntcnay qu'après Laboulaye, eut la satisfaction de retrouver son ancien voisin de campagne au Journal des Débats lorsqu'il en devint l'un des rédacteurs.

Après la retraite de Laboulaye du village chéri, Bourgery et Etienne regrettèrent vivement son absence et les conversations solides où ce jeune savant déployait avec grâce et modestie les résultats intéressants de ses éludes.

Mais tout n'est pas dit sur le séjour à Fontenay-aux- Roses; cependant il faut reprendre haleine en attendant le chapitre suivant.

Les liens qui attachaient Etienne à sa famille et à quelques anciens amis, sa passion pour l'étude et une récréation de son goût, le Théâtre-Italien dont il suivait l'hiver les représentations pour en entretenir les lecteurs du Journal des Débats, ne lui laissaient guère le temps de cultiver de simples connaissances. Quelques-unes cependant avaient toute son estime et lui étaient même sympathiques. Tels étaient les deux Burnouf, le père traducteur de Tacite, et son fils Eugène, le célèbre orientaliste, mort si prématurément. Tous demeurant à Châtillon, et la diligence de Fontenay-aux-Roses étant d'un usage commun pour les habitants des deux villages, il en résultait des conversations amicales entre les voyageurs auxquels il ne manquait, pour se lier plus intimement, que de demeurer plus près les uns des autres et de ne pas poursuivre leurs travaux avec tant de fureur. Dans cette môme voiture se trouvaient souvent aussi un homme de beaucoup d'esprit qui avait pris Etienne en amitié, de Montigny, fils de Mirabeau; puis Feuillet, alors bibliothécaire de la bibliothèque de l'Institut, qui, malgré la goutte et les années, allait voir à Fontenay son vieil ami Taillefer, ancien inspecteur des études. Deux savants illustres, Gay-Lussac et Thénard, parcouraient aussi la même route, en sorte que ce canton sentait son Académie d'une lieue à la ronde.

Auguste Barbier, auteur d'un recueil de poésies, les

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