‹ Souvenirs de soixante annéesChapitre 26 sur 201 · EXPOSITION DE · texte numérisé non relu

EXPOSITION DE

la mort de son père et celle de sonamiLullinen 1806, lui ayant fait déserter pendant quelque temps son atelier, il ne reprit ses pinceaux que Tannée suivante et termina alors une Assomption de la Vierge, grand tableau destiné à l'église Saint-Roch; puis en 4808, on reçut à l'exposition du Louvre le tableau de la Mort d'Astyanax pour lequel on lui donna une médaille d'or de première classe. A la suite du salon de 4 84 0, où avait été admise la composition (L'Alexandre blessé, il fut chargé de faire quatre tableaux de scènes champêtres pour le grand salon de la Malmaison où ils sont encore, et mit à l'exposition de 1842 tes Mityléniens troublés pendant une fête religieuse, et quelques petites compositions. Quant à ses derniers ouvrages, dont quelques-uns ont un intérêt historique, ils datent de 4814. C'est en cette triste année qu-'il a achevé, d'après nature, trois grands dessins à l'aquarelle représentant, l'un, les soldats de la garde impériale blessés, rentrant à Paris, après l'affaire de Monlmirail, l'autre, une colonne de Russes faits prisonniers à cette bataille et défilant sous la porte Saint-Martin; enfin, dans une troisième composition sont rassemblées les troupes alliées, après leur entrée à Paris. Là se ferma la carrière des arts pour Étienne.

Mais l'occasion se présentera de donner des détails sur celte triste époque, et nous reprendrons le cours de notre récit à l'année 4809, lorsque Étienne revit ses anciennes amies de Meudon, dont la société si utile pour lui pendant son adolescence, devait encore exercer une heureuse influencesur le reste de sa vie. Pendantles dix années qui s'étaient écoulées depuis la retraite d'Étienne delà maison de madame B.... cette dame, devenue veuve, s'était remariée. Ses deux filles, madame Bertin-Devaux (Augustine et madame Massé (Sophie) étaient lancées dans le monde. Chacune d'elles avait un fils, et toutes deux vivaient en-

tourées d'un cercle de gens lettrés, la plupart concourant à la rédaction du Journal des Débats.

Soit que Ton eût été touché de l'exil volontaire qu'Étienne s'était imposé, ou que Ton éprouvât dans cette famille quelque curiosité de revoir le petit écolier de Meudon, qui s'était fait connaître l'année précédente par son tableau (ÏAstyanax, les jeunes dames, leur mère et Bertin-Devaux convinrent avec la mère d'Etienne et ses sœurs, de ménager une réunion des deux familles. On convint qu'elle se ferait à la maison de campagne de la mère d'Etienne, et Je jeune artiste, le plus intéressé dans cette affaire, n'en fut averti que la veille. A vingt-huit ans on n'est plus un enfant ; cependant à l'idée de revoir après tant d'années une personne très-vivement aimée sans .doute, maisdevant laquelle on n'avait jamais hasardé un mot, un regard qui pût trahir ce qu'elle faisait éprouver, tirent retomber Etienne à cet état de timidité et d'embarras, où se trouve tout adolescent qui a la conscience que ses prétentions ne sont pas d'accord avec son âge. Étienne eut de la peine à se faire à l'idée de cette réunion imprévue. La nuit se passa sans qu'il pût fermer l'œil;, dès le matin, il courut les champs afin de rafraîchir sa poitrine embrasée. Cette agitation dura jusque vers midi, heure à laquelle on attendait la société Bertin-Devaux, qui en effet ne tarda pas d'arriver. La famille d'Etienne, au milieu de laquelle il était placé, devant la porte du vestibule de la maison, s'avança vers la voiture où se trouvaient les hôtes attendus. Bertin-Devaux mit pied à terre pour saluer la maîtresse du logis, et Étienne s'avança ot offrit la main à madame Bertin-Devaux, à madame Massé, puis à leur mère, qui l'embrassa tout aussitôt . C'était au passage du printemps à l'été, le temps était admirable et le soleil, qui éclairait les parures élégantes de toutes ces dames, donna à cette entrevue un air de fête qui remit du

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