DE FELETZ. — MALTE-BRUN
pétuel prononcée contre lui en Danemark, à l'occasion de plusieurs écrits dirigés contre la noblesse et favorables aux progrès de la révolution française, mais surtout parce qu'il faisait partie de la société secrète des Scandinaves-unis. L'étude qu'il avait faite des sciences politiques, la connaissance approfondie qu'il possédait des intérêts combinés des pays de l'Europe et même de toutes les parties du monde, le firent accueillir par les frères Bertin qui le chargèrent de la rédaction de tout ce qui avait trait à la politique extérieure. Ce qu'il a publié sur ces matières dans le Journal des Débats passe, au jugement des personnes compétentes, pour excellent; mais la succession si rapide des événements et même des révolutions, a ôté à ces travaux l'un de leur plus grand attrait, l'à-propos et la nouveauté ; et Malte-Brun n'est connu aujourd'hui que par son beau livre le Précis de la Géographie universelle.
Enfin à cette réunion se trouvait Boutard, beau-frère de Bertin aîné, chargé de rendre compte dans le journal de ce qui se rattache aux beaux-arts, et dont Etienne devait être le successeur onze ans après.
Aux noms des littérateurs qui assistaient à cette réunion, il faut ajouter ceux de quelques hommes que leurs habitudes ou leur position dans le monde, éloignaient de ces fêtes toujours un peu bruyantes. C'était, entre autres, Hoffman, critique savant et très-spirituel, d'une faible santé, vivant en dehors de Paris, et qui, par régime autant que par goût, s'abstenait de toute fréquentation avec le monde1. Parmi ceux qui prenaient plus spécialement part
J Hoffman (François-Benoît), né à Nancy en 1760, mort en 1828 à Paris; auteur de poésies et de beaucoup de pièces de théâtre dont la plupart ont été mises en musique par Méhul; entre autres, Euphrosine et Stratonice. Critiqué par Geoffroi dans le Journal des Débats, Hoffman
aux hautes questions religieuses et politiques si souvent agitées alors dans le journal, on comptait parmi les absents du repas, l'abbé de Boulogne, Delalot, Royer-Collard, Chateaubriand. Ces hommes, aussi distingués par la noblesse de leur caractère que par l'éclat de leur talent littéraire, réunissaient leurs efforts à ceux de Bertin aîné et de son frère, pour combattre et ruiner s'il était possible les 'principes révolutionnaires et anti-religieux qui avaient jeté de si profondes racines en France depuis 1793.
Mais c'est ici l'occasion de donner quelques renseignements sur la fondation du Journal des Débats, sur les vicissitudes de cette entreprise, et de faire connaître l'énergie et lé talent avec lesquels ses fondateurs l'ont conduite.
Bertin aîné * avait atteint sa vingt troisième année lorsque éclata en 1789, la grande révolution qui fut accueillie par lui avec enthousiasme comme par toutes les âmes généreuses. Destiné à l'état ecclésiastique par ses parents, avant d'entrer dans les ordres, il avait été nommé chanoine de Saint-Spire à Corbeil ; mais entraîné par des idées et des goût;; absolument contraires à cet état, Bertin allait faire partie du corps des gens d'armes du Roi, lorsque les événements de juillet 1789 tirent prendre subitement un autre cours à sa destinée. Imbu de la philosophie du xvme siècle, se flattant, comme le plus grand nombre des esprits distingués de cette époque, que la paix, la liberté et le bonheur allaient régner sur la terre, il adopta avec la vivacité et l'énergie propres à son caractère
fit sa propre apologie avec tant d'esprit, que les frères Bertin l'associèrent à leur entreprise. UolTman avait des connaissances solides et trèsvariées. Il était de l'école de Voltaire.
1 Bertin (Louis-François), né à Paris le U décembre 1760, mort le 15 septembre 1841.
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les principes Je la politique nouvelle dont on croyait pouvoir faire immédiatement l'application. Mais les rêves de bonheur et de perfectibilité dont on s'était bercé, furent de courte durée et les terribles événements du 20 juin, du 10 août, puis les massacres de septembre (1792; remplirent bientôt d'indignation ceux des honnêtes gens qui, dans l'espérance de voir établir une sage liberté, avaient accueillis! chaudement les commencements de la révolution. Berlin aîné fut du nombre des Patriotes de 89, qui, trompés dans leur espoir et elîrayés de l'abîme où la France élait entraînée, réagirent tout à coup contre la révolution, avec autant d'ardeur et d'énergie qu'ils en avaient mis pour la faire réussir.
Témoin, sous le règne de la Terreur, des scènes affreuses qui eurent lieu, soit dans le sein de la Convention, soit au tribunal révolutionnaire et jusque dans les lieux publics, Bertin aîné sentit s'amonceler dans son âme un orage vengeur qui cependant ne put éclater qu'après la chute de Robespierre, lorsque la fureur révolutionnaire, épuisée par ses excès mêmes, s'apaisa quelque peu et permit à l'humanité et à la raison de reprendre. leurs droits. C'est alors que Berlin publia, sous le litre de Y Éclair, un journal dont il se servit pour poursuivre à outrance les partis révolutionnaires Plus d'une fois, ses diatribes virulentes donnèrent de l'inquiétude au gouvernement du Directoire, et ce fut avec peine qu'au 18 fructidor an v (4 septembre 1796), il échappa à l'arrestation que l'on fit de trente autres journalistes A cette époque, la presse élait légalement libre, mais soumise en réalité aux caprices et aux passions de ceux qui gouvernaient; et les nombreuse.*» exécutions à mort, si fréquemment renouvelées pendant les années précédentes, avaient tellement familiarisé les esprits avec les peines rigoureuses, que les emprisonnements et même la dépo, talion, à laquelle furenl condam-
nés une quarantaine de membres des deux conseils, passaient presque alors pour de la clémence.
Au 18 brumaire an vu (9 novembre 4799), Bonaparte, premier consul, supprimé tout à coup un grand nombre de journaux, parmi lesquels fut compris V Éclair. Mais l'intrépide publicistc ne se découragea pas, et vers la fin de 1799, précisément à l'époque du mariage de Bertin- Devaux, lorsque Étienne fit connaissance avec les deux frères, dans la maison de madame B., les Berlin venaient d'acquérir en commun avec Roux-Laborie et l'imprimeur Lenormand, une feuille qui existait depuis 1789, dans laquelle on se bornait à publier le compte rendu des discussions législatives et les actes de l'autorité, comme son titre l'indiquait : Journal des débats et lois du pouvoir législatif et des actes du gouvernement.
Cette feuille, sous la direction de ses nouveaux propriétaires, entourés déjà d'une partie des rédacteurs distingués que l'on a fait connaître, ne tarda pas à gagner la faveur publique au point d'éveiller l'attention du premier consul. Un mot de cet homme déjà souverain absolu, et le journal courait risque d'être supprimé; mais l'insignifiance de son litre et surtout le crédit de Chabaud-Latour, que les Bertin s'étaient adjoint, conjurèrent au moins cette fois un orage déjà très-menaçant.
Au fond, la cause que soutenait alors le Journal des Débats était celle de l'ancienne monarchie; seulement au li^u d'attaquer directement la révolution et l'homme qu'elle avait élevé sur ie pavois, on s'en prenait à l'irréligion, à la dépravation des mœurs et à celle du goût en littérature. Le grand siècle de Louis Xiv fut présenté à l'admiration publique comme un spectacle nouveau. Les habitudes religieuses, la politesse et l'éclat majestueux de la littérature du xvue siècle, servirent de texte aux critiques que l'on exerça sur les productions nouvelles. La