‹ Souvenirs de soixante annéesChapitre 45 sur 201 · FAMILLE NIGHTINGALE · texte numérisé non relu

FAMILLE NIGHTINGALE

d'une amitié sincère qui est restée durable. Favorisé par le sort en ces occasions, il s'est trouvé admis tout à coup au milieu des hommos les plus distingués dans les sciences et les lettres; son âme s'est retrempée dans la société d'une jeunesse ardente, avide d'apprendre et pleine d'espérance en son avenir ; enfin, car malgré l'excellence du spirituel, il ne faut pas oublier le temporel, espèce de lest sans lequel l'âme et l'esprit ne marchent pas droit, de 4815 à 1819, Étienne, outre la vie assez douce qu'il a menée, était parvenu à faire quelques économies qui remplacèrent une partie des pertes qu'il avait éprouvées pendant et après les deux invasions. Il n'avait donc qu'à se louer de ne pas avoir cédé à une fierté déplacée, puisque outre les avantages qui viennent d'être énumérés, il touchait à l'époque, comme on le verra dans le chapitre suivant, où sa vie allait prendre une direction dont elle ne s'est plus écartée.

Parmi les jeunes gens que leur mérite faisait déjà remarquer, tels qu'Albert Stapfer, Ampère lefilsetleur amiProsper Mérimée, il y en avait un, plus âgé qu'eux, contemporain de M. Cousin le professeur de philosophie, Charles Loyson qui avait attiré l'attention sur lui par des ouvrages distingués en prose et en vers. Loyson1, après avoir fait

* Né en 1791, mort en 1820.

do brillantes études et manifesté de très-bonne heure un goût vif pour la poésie, entra dans la carrière de l'instruction publique, épousa chaudement la cause des Bourbons à leur rentrée en France, et prit une part très-active à la polémique à laquelle ce grand événement donna lieu. En prose comme en vers, il défendit et célébra les princes, et le gouvernement nouveau auquel il s'était voué avec enthousiasme, jusqu'au momenl, vers 4819, où fatigué des efforts vains qu'il avait faits pour repousser les attaques et les insinuations malveillantes de quelques journaux à son égard \ et qu'averti d'ailleurs par l'affaiblissement déjà sensible de ses forces, il reconnut la nécessité de s'éloigner de l'arène brûlante de la politique pour reposer son âme et son esprit par un commerce plus habituel avec les muses.

A cette époque où le gouvernement représentatif encore dans sa nouveauté, excitait les passions dans toutes les classes de la société, les journaux quotidiens et particu- Jièrement les recueils sous forme de Revues, ne traitaient absolument que des questions politiques. Loyson jugea l'occasion favorable, au moment où beaucoup de personnes ainsi que lui commençaient à être fatiguées du retour incessant des discussions parlementaires, de tenter la publication d'un recueil où l'on ne s'occuperait que des lettres et des arts. Avec quelques amis qui partageaient ses goûts et ses espérances, Loyson jeta donc les fondements d'un journal purement littéraire auquel il donna pour titre : « Lycée français, ou mélange de littérature et de critique, » avec cette épigraphe : « Dulces ante omnia Musœ. »

Quoique Loyson ne fût âgé alors que de vingt-huit ans, les recueils de poésies et les écrits politiques qu'il

J Entre autres la Minerve, où il fut maltraité par Benjamin Constant.

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