LOYSON. — LYCÉE FRANÇAIS
avait publiés ; ses emplois au ministère de la justice, son titre de maître de conférence à l'École normale, en donnant de l'éclat à son nom, l'avaient mis en relation avec toute la jeunesse la plus distinguée de cette époque, ce qui rendit facile la composition de la société littéraire qu'il voulait former pour concourir à la rédaction du Lycée français. Or voici quels sont les écrivains qui s'empressèrent de se joindre à lui dans l'intention généreuse, mais bien difficile à réaliser en ce temps, d'offrir aux saines et calmes études littéraires repoussées de tous côtés alors, un refuge contre les bruyants orages de la politique. Loyson avaitdonc réuni le poëte Casimir Delavigneet son frère Germain; Scribe, dont quelques charmantes comédies avaient déjà rendu le nom populaire ; Brifaut, auteur de tragédies et d'opéras représentés sur les grands théâtres, et de contes qui se distinguent par une élégance et une urbanité de langage dont la tradition commençait à se perdre; le spirituel Patin, déjà professeur distingué et qui, dans le Lycée où il donna quelques morceaux d'excellente critique, préludait aux solides Études sur les tragiques grecs, œuvre de la maturité de son talent. L'auteur du Nouvel Art poétique, Viollet-le-Duc, possesseur d'une précieuse bibliothèque, devait retracer l'histoire de notre vieille littérature. Victor Leclerc, aujourd'hui doyen de la faculté des lettres, traducteur élégant de Cicéron, voué depuis longtemps déjà en vrai bénédictin à la composition des Mémoires pour servir à l histoire de V ancienne littérature française, cultivait alors les muses, et outre quelques morceaux d'érudition, donnait dans le Lycée la traduction en vers des épisodes d'Ugolin et de Françoise de Rimini. Les littératures étrangères, celle de l'Angleterre en particulier, excitaient vivement la curiosité à cette époque; aussi Loyson avait il accepté les offres du baron Bruguière de Sorsum, qui l'un des pre-
miers, fit les traductions de quelques ouvrages de lord Byron. L'aimable et spirituel Bert parlait savamment et avec goût des productions dramatiques représentées sur les deux théâtres français, car c'est de 1819 que date la création du second. Théry, qui a fourni une carrière trèshonorable dans l'instruction publique, et Avenel, dont on apprécie le savoir et le goût, se livraient avec distinction à la critique des ouvrages historiques et d'érudition. Uu homme, jeune alors, d'un esprit délicat et profond tout à la fois, Charles de Rémusat, tournant avec facilité de jolis couplets, laissait cependant percer dans la conversation le caractère philosophique de son esprit, et déjà écrivain habile il s'était empressé d'adopter l'idée généreuse qu'avait eue Loyson d'ouvrir un asile où les muses, repoussées de toutes parts, pussent trouver un abri. Telle était la réunion des hommes de lettres qui furent les fondateurs du Lycée.
La publication des premiers cahiers de cette revue avait déjà eu lieu, lorsque Loyson, qui s'était naturellement préoccupé d'abord de donner de la force et de l'éclat à toutes les branches de littérature dans le nouveau recueil, se trouva tout à coup pris au dépourvu, lorsque ayant été averti de l'ouverture très-prochaine de l'exposition du Louvre, il s'aperçut qu'il avait oublié de faire le choix d'un rédacteur qui pût traiter les matières d'art. Il s'en fallait de peu de jours que le salon n'ouvrît, et pour un journal qui commençait, c'eût été une faute impardonnable si l'attente du public eût été trompée dans cette occasion. Inquiet, tourmenté de ce contre-temps, Loyson se rendit chez M. Stapfer, où ce jour-là il y avait précisément assemblée, et fit pari à haute voix, au milieu du salon, de l'embarras où il se trouvait. L'intérêt que toute la société prenait à l'avenir du Lycée, fit que les assistants, au nombre desquels se trouvait Etienne, formèrent