ETIENNE EN ITALIE
Vingt-huit lettres ont été publiées dans le Journal des Débats, depuis la première datée de Genève le 30 mai 1823, jusqu'à celle écrite à Rome, à l'occasion de la mort de la duchesse de Devonshire, et insérée dans la même feuille, le 4 mai 4824.
L'objet particulier de ces souvenirs étant de porter l'attention sur ce qui se rapporte à la littérature, on glissera sur les émotions vives qu'éprouva Etienne en traversant des pays enchanteurs tels que Laveno, Como et Varèze, ou lorsqu'il eut l'occasion de voir et d'admirer des chefs-d'œuvre d'art à Milan, à Surono, à Pavie, à Plaisance, à Parme, à Modène et k Bologne. Dans les lettres qui viennent d'être signalées, sont consignées les émotions, les réflexions que ces beautés naturelles et de l'art ont fait éprouver au voyageur, et l'on y renverra le lecteur curieux de les connaître*.
Pendant le trajet de l'Apennin, en allant de Bologne à Florence, on ne rencontre que des solitudes arides que l'on est bien aise d'avoir vues une fois, mais que l'on quitte sans regrets. On éprouve môme une joie vive lorsqu'on voit reparaître la vigne, les oliviers, les grenadiers, et que, comme il arrive à l'auberge DclleMaschere, on entend enfin parler toscan. Parvenu jusqu'à Fontebuona, village situé sur la dernière hauteur avant Florence, Étienne aperçut l'élégant clocher de Fiésole, et vers la droite, le sommet des principaux édifices de Florence. Au moment où son voiturin entrait dans la ville, midi sonnant, la chaleur avait rendu les rues désertes et le silence
1 Le nombre total des lettres écrites des différentes parties de l'Italie, par Etienne, s'élève à soixante au moins et ont été composées du 23 mai 1823 à la fin d'août 1824. Outre les vingt-huit premières publiées dans \e Journal des Débats, les six dernières, qui forment la conclusion de T ou vra&c. ont été imprimées dans un recueil intitulé le Siècle, et réunies en une forte brochure sous le titre de Vatican»
n'était troublé que par le bruit que faisaient les chevaux en marchant sur les dalles. Ce calme solennel n'était cependant que momentané ; car on célébrait les fêtes de Saint-Pierre, et la population florentine sortant des églises pour aller aux Cascine, puis rentrant bientôt en ville pour assister aux courses de chevaux libres, était en proie à une espèce d'enivrement.
Tout en prenant part à ces distractions brillantes et si nouvelles pour lui, Etienne continua de faire ses observations destinées à servir de fond aux lettres pour le journal. Ce que Florence renferme d'intéressant en tout genre absorba tellement son attention, pendant les trois mois qu'il séjourna dans la ville des Médicis, qu'ayant laissé échapper le fil des questions politiques agitées en France, l'idée ne lui vint môme pas d'aller au grand établissement de Vieussieux pour lire les journaux. Aussi avait-il envoyé vingt lettres à Paris sans savoir qu'elles eussent été imprimées, et ce ne fut que par des nouvelles reçues de sa famille qu'il apprit le succès qu'elles obtenaient en France.
Dans l'intervalle de ses études dans Florence, et du tra- .vail au cabinet, Etienne allait se reposer à la place du Vieux-Palais chez un libraire qui y tenait son magasin. Dès les premiers jours de son arrivée le voyageur était entré dans la boutique d'Audin, Marseillais de naissance, mais habitant la Toscane depuis sa jeunesse. Contre les habitudes trop ordinaires des hommes de cette profession, Audin était non-seulement très-fin connaisseur en bibliographie, mais très-lettré, parlant et écrivant avec beaucoup de pureté la langue toscane. Ce jeune homme s'étant aperçu de la disposition sérieuse d'Étienne à poursuivre ses études sur les écrivains et l'histoire de l'Italie, mit généreusement sa librairie à sa disposition, et le guida môme dans le choix des livres dont' il pourrait tirer le plus d# profit.