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AMITIÉS DE JEUNESSE

mille B... arriva. Elle se composait du père, de la mère et de leurs deux filles. Madame B... était une très-belle personne, et quelque chose de noble et de gracieux rendait son expression charmante. Quant à ses filles, dont l'aînée était âgée de quinze ans et la cadette de treize, elles étaient inférieures en beauté à leur mère.

La mère d'Etienne, assistée de ses filles, avait déjà fait parcourir à ses hôtes une bonne partie du parc sans que son fils se fût encore montré. Par politesse, Madame B... le demanda, et l'une des sœurs de 1 absent, qui l'avait vu se faufiler dans l'épaisseur d'un taillis, lui transmit les ordres de leur mère. Il fallut obéir. Sans trop regarder les personnes auxquelles il s'adressait, il leur fit un salut gauche et se retira derrière la société, qu'il suivit en poussant les cailloux avec ses pieds. « Etienne, lui dit sa mère, va donc cueillir des fleurs pour les offrir à ces dames. » Comme l'enfant hésitait, d'un coup d'œil on lui confirma l'ordre. Le futur Cardenio, enchanté d'être délivré, ne fût-ce que pour un moment, de la contrainte où le mettait un monde auquel il était encore si étranger, partit comme un éclair, arracha en véritable furieux des branches de lilas et de chèvrefeuilles, et sans prendre aucun soin pour en faire des bouquets, mit entre les mains demadameB... et de ses filles un paquet énorme de ces fleurs dont elles ne purent conserver qu'une ou deux branches. Etienne s'était imaginé que dès qu'il aurait obéi à sa mère en faisant rigoureusement ses politesses, il pourrait retrouver sa liberté; mais il en advint tout autrement, et voici ce qui arriva pendant la distribution qu'il fit des bouquets. A peine avait-il présenté ses fleurs à madame B..., que cette dame, lui passant" la main sous le menton, lui dit : « Mon petit ami, lorsque madame votre mère et vos chères sœurs viendront nous voir, je compte bien que vous les accompagnerez. J'y compte, en-

tendez-vous ? » Le farouche Etienne, se trouvant pris, devint furieux intérieurement.

La fille aînée, en prenant les fleurs, remercia gracieusement Étienne, mais avec ce sentiment de supériorité extrême, qu'a une fille de quinze ans sur un garçon de quatorze.

Quant à la sœur cadette, la dernière à laquelle Étienne s'adressa, elle prit les fleurs sans rien dire. Un mal de gorge passager lui faisait tenir son mouchoir sur la bouche, en sorte que le bas de son visage étant caché, son remercîment ne fut exprimé que par le sourire de ses yeux; mais ce sourire si gracieux, lancé par des yeux d'un beau bleu de mer et scintillants comme des étoiles, produisit à l'instant même une révolution dans la jeune âme d' Étienne. Le contre -coup de celte impression si vive fut le souvenir de l'invitation de madame B..., dont il avait été révolté quelques secondes avant, et qui lui devint tout à coup si doux, puisqu'elle lui donnait la certitude de revoir ces yeux qui l'avaient charmé.

C'est ainsi qu'un coup d'oeil purement bienveillant de la plus jeune sœur, adoucit tout à coup les habitudes farouches d'Etienne. En effet, au grand étonnement de sa mère, il fut le premier à faire observer, un ou deux jours après la visite, qu'il était de la politesse de la rendre. Ses sœurs ne remarquèrent pas, sans lui lancer des épi- * grammes, qu'il soignait sa toilette plus que de coutume, et que dans leurs conversations il ne manquait guère de rappeler le souvenir des jeunes voisines. Enfin on se décida à se rendre chez la famille B..., et, en cette occasion, la mère d'Étiemne n'eut aucun effort à faire pour décider son fils à être de la partie.

On fut très-amicalement reçu ; et, dès cette première entrevue, Étienne parla assez librement aux deux jeunes sœurs avec lesquelles il devait contracter une amitié si du •

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