ETIENNE A ROME
cas qu'en faisait en particulier l'ambassadeur. Peu accoutumé aux succès, Étienne ne reçut d'abord ces louanges quecomme des politesses ; mais, lorsque ayant été présenté au duc de Montmorency-Laval, cet ambassadeur, prenant les mains d'Etienne, s'exprima avec plus de vivacité encore sur le mérite qu'il attribuait aux lettres écrites d'Italie, et qu'après avoir donné des témoignages d'estime à l'auteur il l'invita à fréquenter son palais, Etienne dut croire que ses écrits avaient quelque mérite. Pendant huit mois.de séjour à Rome, il fut environné de la bienveillance du duc de Laval, et le chevalier Artaud de Montor, chef de la chancellerie, ne cessa pas, à compter de ce jour, de faciliter à Étienne les moyens de bien voir et d'étudier tout ce que Rome présente d'intéressant.
Lancé tout à coup dans un monde qui se compose à Rome de ce que les différentes nations de l'Europe y envoient de personnes les plus distinguées, Étienne fut tout étonné d'y être connu et d'apprendre qu'on y attendait avec impatience la publication de ses lettres. Passant tout à coup de la vie simple qu'il avait toujours menée en France et à Florence, Étienne se trouva tout à coup lancé dans des conditions d'existence toutes nouvelles. Il n'y eut pas de fêtes, de bals et de concerts donnés par les divers ambassadeurs à Rome, auxquels M. le duc de Laval ne voulût que l'auteur des lettres n'assistât, et où il eut parfois la galanterie de le conduire lui-même.
L'aimable madame Martinetti, de Bologne, aussi remarquable par les agréments de son esprit que par sa rare beauté, l'admit à ses soirées, où parmi plusieurs hommes de mérite on distinguait Martinez de la Rosa, qui, jeune alors, se faisait déjà remarquer comme homme politique èt par ses talents littéraires. Plus d'une fois il reçut des invitations de lord Kinnaird, de madame la duchesse de Devonshire; et chez l'ambassadeur de France,
où il se rendait souvent, il fit connaissance avec les cardinaux français de La Fare et de Clermont-Tonnerre, ainsi qu'avec les cardinaux italiens Délia Somaglia, Cacciapiatti et Vidoni.
Quelques jours après son arrivée à Rome, Étienne rencontra à l'ambassade M. de Marçellus, arrivant de Milan, qui lui dit : « Savez-vous que le prince Borromée a mis toute la gendarmerie de Milan à vos trousses autour du lac Majeur? Que lui avez-vous donc fait?» Étienne, certain de n'avoir rien écrit dans ses lettres qui pût blesser la susceptibilité d'aucun Milanais grand ou petit, et se sentant d'ailleurs à l'abri des poursuites dont M. de Marçellus lui avait parlé, ne pensa bientôt plus à cette affaire. Mais, peu de jours après cet avertissement, Étienne reçut un billet de madame la comtesse de Mazin, qui l'invitait à venir passer la soirée chez elle. Il était ajouté, en post-scriptum, qu'elle avait à lui parler d'une affaire qui le concernait Étienne ne connaissait nullement madame de Mazin ; toutefois il se rendit chez elle. Il la trouva couchée et faisant la conversation avec deux ou trois messieurs, tandis que son mari achevait un piquet avec un abbé, commensal de la maison. « Je suis au lit, » dit-elle à Étienne qui la saluait encore, « pour me remettre de la fatigue du voyage. Je suis arrivée hier de Milan où j'ai vu mon oncle, le prince Borromée, qui a été bien en colère contre vous. » — Qu'ai-je pu faire ou dire, madame, qui Tait offensé? demanda Étienne. — Soyez tranquille, reprit la comtesse avec un sourire gracieux, j'ai fait votre paix avec mon oncle. Une ou deux lignes de votre quatrième lettre, sur les fies Borromées , où vous dites, à l'occasion du palais de Ylsola bella, « que vous ne sauriez exprimer l'espèce de tristesse que vous a causée ce palais inhabité et inhabitable, » l'ont fait entrer en fureur. Mais j'ai pris soin de lui lire