‹ Souvenirs de soixante annéesChapitre 68 sur 201 · ROME. — LES ANTIQUITÉS · texte numérisé non relu

ROME. — LES ANTIQUITÉS

1rs lettres qui précèdent et les lettres qui suivent celle qui l'a fâché, en lui faisant observer que, loin d'être un critique malveillant de l'Italie, vous en parliez au contraire de la manière la plus impartiale. » Le résultat de cette petite aventure pour Etienne, fut de jouir à Rome, à Naples et à Paris, de la société de madame de Mazin qui tient un rang distingué à la cour île Turin , et se fait remarquer par une gravité tempérée par la grâce et la culture de son esprit.

Rome, excepté à l'époque du pontilicat de Léon X, n'a jamais été une vdle littéraire. Môme du temps de ce pape célèbre, elle n'eut un droit passager à ce litre, que par la présence accidentelle des poètes et des écrivains des autres états de l'Italie, qui vinrent y chercher des louanges et des laveurs autour du trône pontifical. Cet antique sol romain, riche de tant de couches de souvenirs, peut bien inspirer à ceux qui ne l'interrogent qu'en passant quelques pages éloquentes ou de beaux vers; mais ceux qui le foulent incessamment, qui, chaque jour, sont témoins des découvertes que Ton fait dans ses entrailles, laissent prendre, sans s'en apercevoir, une direction différente à leurs idées et par suite à leurs éludes. Avec plus Ou moins de passion, il n'est personne habitant Rome qui ne devienne malgré lui antiquaire. Le plus grand nombre des vieux monuments, entassés dans cette ville, offrent autant d'énigmes qui font contracter à l'esprit l'habitude de réfléchir et de combiner, au lieu de lui laisser cette liberté d'invention si favorable à la culture des lettres. Aussi ne comple-t-on aucun poète réeltement célèbre né à Rome, tandis qu'à toutes les époques, depuis les savants archéologues de profession, jusqu'aux paysans qui encastrent soigneusement des débris antiques dansles murs de leurs pauvres maisons, on trouve chez les Romains toujours le goût et souvent la passion de l'étude

de L'antiquité. Les dissertations archéologiques pleuvent à Rome; et il ne se passait guère de semaines sans qu'Etienne ne reçût des disquisitiones écrites en latin, particulièrement d'un de ses amis, le marquis Melchior, garde noble du pape, toujours à la recherche des fouilles et des antiquités que l'on en retirait. Ces fouilles, du reste, sont pratiquées dans les environs de Rome par les riches propriétaires de tèrres, plus souvent "empressés d'en arracher des fragments de statues et de colonnes, pour enrichir les collections de leurs palais, que d'en tirer profit par l'agriculture. Etienne eut l'occasion de juger de la vivacité du goût que les dames romaines elles-mêmes ont pour 1rs antiquités. Revenant un jour d'une course

dans les environs de Rome , avec M l'envoyé4 de

Prusse, Etienne et le savant allemand , au moment où ils passaient devant la porte du palais Doria, furent * arrêtés par la belle princesse de ce nom, qui, dans la joie qu'elle éprouvait de la découverte d'une très-belle urne funéraire trouvée dans l'une de ses terres, invitait les passants à venir admirer ce chef-d'œuvre qu'elle avait fait placer sous une remise de son palais. Là, tout entière à son enthousiasme, et sans respect pour ses vêtements et ses belles mains, elle nettoyait, pour les rendre plus visibles, les têtes et les draperies des personnages sculptés, couvertes encore de quelques portions de la terre d'où on les avait tirées , et interrogeant les assistants sur le sujet des bas-reliefs , ne craignant même pas de donner ses propres conjectures.

Les recherches d'érudition, les combinaisons archéologiques auxquelles on est forcé de se livrer pour aborder les problèmes la plupart insolubles que présentent les monuments mutilés de l'antiquité, altèrent et finissent nécessairement par éteindre la faculté de l'imagination. Aussi, sans prétendre que cette direction donnée aux

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