SCHNETZ. — J. J. AMPÈRE
L'autre artiste, P. Guérin, alors directeur de l'école de •France à Rome, n'avait pas dans le monde la verve de V. Schnetz. C'était au contraire un homme réservé, parlant très-peu, mais à propos, et ayant les manières les plus distinguées. La faiblesse de sa santé contribuait encore à augmenter son calme, mais il est certain qu'il écoutait avec esprit. Le talent de ce peintre n'était de son aveu rien moins que facile; dans une réunion pendant laquelle Schnetz et Etienne faisaient des croquis pour ces dames, celui-ci ayant dit à l'oreille de Guérin qui regardait le travail leste des deux dessinateurs : « Vous devriez bien faire quelque croquis pour madame Récamier, je sais que vous lui feriez un plaisir extrême, » l'auteur du Marc us Sextus et de Phèdre répondit à voix basse : « On me donnerait un million pour improviser un dessin comme le fait Schnetz, que je ne pourrais y réussir. » Et en elTet cet artiste, comme beaucoup de grands maîtres d'ailleurs, ne pouvait rien produire sans avoir la nature devant les yeux.
Il reste à faire connaître l'un des habitués du petit cénacle dont les goûts et les talents littéraires excitaient déjà vivement l'attention. Fils d'un des savants les plus illustres de notre temps, J. J. Ampère, né avec le siècle, était plus; jeune encore que son âge, à l'époque de son séjour à Rome; non qu'il manquât de science déjà acquise, car, outre ses excellentes études classiques, un immense désir d'apprendre s'était emparé de lui au sortir du lycée. Non-seulement il s'était familiarisé avec l'italien, l'allemand et l'anglais, mais, dans son ardeur insatiable de savoir, il n'avait pu rester totalement étranger au sanscrit, aux hiéroglyphes égyptiens et même au chinois, ce qui ne l'empêchait pas de cultiver avec succès la poésie.
A Home, pendant les promenades, dans les musées, sous les antiques murs du Capitole, comme dans le salon
de madame Récamier, il conservait, malgré ses vingtquatre ans, les habitudes, les inégalités d'qsprilet de caractère propres à un adolescent. Dans la même journée, que le temps fût radieux ou obscur, on le voyait, sans cause apparente, gai ou iriste, aimable ou soucieux, passant tout à coup de joies folles à des humeurs noires, et après avoir goûté le charme de la société dont il faisait partie, témoignant tout à coup le désir d'aller à Naples ou de s'embarquer pour la Grèce dont le sort occupait toute l'Europe en ce moment. Ainsi que l'a ditShakspeare d'un de ses personnages, Ampère était alors changeant comme le mois d'avril, fickle as April. Aussi, dans cette Rome qui fait naître tant d'impressions si variées, avaitil l'occasion de mettre toutes les ressources de son imagination et de son savoir en jeu, et soit dans la conversation, ou par ses écrits en prose ou en vers, il se montrait en réalité l'homme le plus littéraire de la société française à Rome en ce moment. v
Les monuments de la ville éternelle excitaient vivement sans doute son admiration; cependant, fidèle à l'art pour lequel il se sentait né, il roulait sans cesse dans son esprit le plan de plusieurs compositions littéraires. Pendant les fréquentes promenades qu'il se plaisait à faire avec Etienne, bien que ce compagnon fût son aîné de vingt ans, il aimait à parler avec lui des essais qu'il avait déjà faits et de ceux qu'il se proposait de tenter encore. Déjà, chez madame Récamier et chez madame la duchesse de Devonshire, il avait lu une tragédie, les Lombards, commencée à Paris et terminée à Rome ; et un jour, dans la campagne, il déroula à Etienne le plan d'une comédie tlont le titre : le Noble et le Riche, ou le Mariage par intérêt, indique le sujet. ' .
L'école romantique avait déjà levé presque victorieusement son étendard ; or, Ampère, versé dans la lecture des