‹ Souvenirs de soixante annéesChapitre 79 sur 201 · PASSAGE AU ROM AÏVTISMK · texte numérisé non relu

PASSAGE AU ROM AÏVTISMK

ne sera pas inutile de résumer encore brièvement ce qui précède, en remettant sous les yeux du lecteur les noms de ceux des écrivains qui, en exerçant une assez forte influence sur les variations du goût et la marche des idées depuis 1780 jusqu'en 1815, ont contribué le plus activement à faire succéder, aux doctrines classiques encore en vigueur du temps de Louis XVI et de l'Empire, celles du romantisme pendant la Restauration.

Les auteurs dramatiques sont : Ducis, Caron de Beaumarchais, M. J. Chénier et tfépomucène Lemercier.

Mais, il faut le reconnaître, quelques prosateurs, leurs contemporains, ont encore plus puissamment modifié les goûts et les idées : Bernardin de Saint-Pierre, en remettant en honneur la simplicité antique; Chateaubriand, en réveillant les idées et les sentiments religieux; madame de Staël, en introduisant en France les doctrines philosophiques, particulières à la race teutonique, qui ont préparé la révolution romantique ; et, enfin, Joseph de Maistre, anathématisant tout ce qui a été imaginé et réalisé depuis 1789, remontant môme à six ou sept siècles en arrière, pour rechercher dans la théocratie pure la seule forme de gouvernement qui lui paraisse légitime, et jetant dans le livre du Pape les fondements d'une école religieuse, politique et môme littéraire, en contradiction ouverte avec toutes les opinions acceptées et mises en pratique depuis près de quatre-vingts ans.

Tels sont les éléments intellectuels en opposition, dont le choc devait produire l'explosion romantique qui sera Ja matière des chapitres qui vont suivre.

L'imagination se développe très-diversement chez les nations. Les unes, celles de race teutonique entre autres, semblent plus particulièrement propres à inventer; les Grecs, les Latins, les Français au contraire, ont surtout reçu lé goût et le talent de perfectionner. Chez les premières l'idée domine; chez les autres, qu'il s'agisse des lettres ou des arts, l'idée ne prend de valeur qu'en raison de l'excellence de la forme sous laquelle on l'a présentée. Là où la pensée individuelle, exempte du joug des traditions, peut jaillir toujours nouvelle, l'invention est nécessairement plus facile, plus féconde ; tandis que les peuples dont les mœurs, les lois et les goûts dérivent de la civilisation de peuples antérieurs, ayant reconnu par expérience la vérité et l'excellence de certains principes, les adoptent, les respectent et n'en tirent des conséquences nouvelles qu'avec la plus grande. circonspection. Un peu de lecture et de réflexion suffit donc pour faire comprendre que si les Allemands et les Anglais trouvent en leurs idiomes des auxiliaires complaisants toujours prêts à faciliter l'éclosion de leurs idées et de leurs inventions môme les plus excentriques , notre langue , si prude comme on sait, ne nous donne la permission de penser et de dire que ce qu'il lui convient d'exprimer.

La nature et la direction du génie des différentes nations semblent destiner chacune d'elles à concourir, selon ses moyens, au développement général de l'intelligence humaine. Or si, comme on l'a dit, l'esprit et

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