LORD BYRON
bons encore allumés. Les deux mourants s'en rapprochent, çt en souillant pour ranimer le feu, à la lueur qui en résulte, ils se reconnaissant; ce sont deux ennemis irréconciliables! ils' renversent l'autel, et le monde finit.
Ce poète, d'un orgueil féroce quand il n'est pas puéril, avait cependant au plus haut degré lesentimenl du grand et du beau; mais il lui a manqué, pour conserver pur ce don précieux, d'être né dans un rang moins élevé. Le lord, le dandy en Byron ont fait ton au grand poêle ; et presque toujours après avoir exprimé des sentiments naturels, simples, l'amour entre autres, dont aucun poêle n'a peut-être mieux parié que lui, rougissant tout à coup de sa sincérité involontaire, il se rétracte et se moque de lui-même, eu tournant en ridicule les accents passionnés échappés de son cœur. Ce mépris haineux que lui inspiraient les hommes en société dont il croyait avoir à se plaindre, le conduisit, pour se venger, à composer celui de ses ouvrages où il a obéi sans réserve à cette ironie amère, mobile le plus actif de son génie et de son talent. Don Juan fut en somme son poème favori, où il prodigua avec une verve intarissable tout ce que son imagination bizarre, mais brillante et fé* onde, put lui inspirer de plus désagréable et de plus humiliant pour l'homme en société. Ainsi se gouverna te génie de ce grand poëte si heureusement doué par le ciel, mais trahi par ses passions, dont les écrits bouleversèrent, vers 1819, toutes les idées de la jeunesse en France. Werther et René avaient bien déjà misa la mode le malaise, les ennuis que causent les passions sans objet ; mais Lara, Child- Harold, Manfred et surtout Don Juan, précipitèrent brusquement la nouvelle génération dans le chaos de tous les genres de scepticisme, lui inspirèrent le mépris de toutes les institutions, et la plongèrent dans des tris-
tesses imaginaires que, pour imiter le poëte anglais, l'on s'efforça d'exprimer sur le ton de l'ironie.
En résumé, le Werther de Goethe, René de Chateaubriand, le livre de madame de Staël sur l'Allemagne, les travaux des artistes Overbeek et Cornélius rejetant l'étude des productions de l'antiquité pour s'appuyer sur celles du moyen âge, les romans de Walter Scott déterminant en Ultéftiture une révolution analogue, les productions du grand poêle Byron, donnant non-seulement aux écrivains mais aux artistes, l'idée de s'affranchir de toute mesure, telle est la série graduée des productions intellectuelles qui ont précédé et déterminé l'explosion de la bourrasque romantique.
Lorsque la société du Lycée français se forma (1819), les productions de Walter Scott étaient déjà populaires, et les poésies de lord Byron commençaient à monter à la tête de la jeunesse lettrée. Le baron Bruyère de Sorsum, l'un des écrivains du Lycée, donna des extraits des poèmes du lord anglais même, et des traductions en vers de Parisina et des Ténèbres qui excitèrent vivement la curiosité du public et tirent pressentir que l'Angleterre avait un grand poëte de plus.
En se réunissantà leurs dîners hebdomadaires, les écrivains du Lycée qui avaient pour objet d'y agiter les questions relatives au succès de leur entreprises doués de peu de goût et d'aptitude pour les affaires, passaient tout le temps du repas à parler des nouvelles littéraires que chacun d'eux avait pu recueillir. Ce fut à Tune de ces réunions qu'Étienne et plusieurs de ses collaborateurs entendirent parler pour la première fois de deux jeunes poètes français, qui depuis sont devenus très-célèbres à plus d'un titre. Comme il arrive souvent, on se plaignait vaguement du peu de goût que le public montre pour la poésie et surtout de l'absence de poêles véritables, lorsque Brifaut,