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MM. DE LAMARTINE, V. HUGO

au courant des nouvelles du faubourg Saint-Germain qu'il fréquentait, dit tout à coup : «Savez- vous que, tandis que nous déplorons ainsi l'abandon des Muses, il vient d'apparaître un poëte dont les productions sont fort remarquables et qui, selon toute apparence, lui préparent un brillant avenir? Le jeune de Lamartine vient de publier un volume de Méditations poétiques. C'est un recueil d'élégies où abondent les pensées les plus élevées, riches en images d'un grand éclat et écrites dans Un style brillant, mais pur. Il faut lire ce recueil; je crois qu'il diminuera la vivacité des regrets que vous exprimiez il n'y a qu'un instant. » Casimir Delavigne, Patin, Victor Leclerc, de Rémusat, tous enfin portèrent une oreille attentive à ces paroles, et dès le lendemain chacun s'empressa de lire les Méditations. Loyson, qui avait un goût très-vif pour la poésie et s'y livrait môme avec succès, écrivit pour le Lycée un morceau de critique où il apprécia les vers du jeune poëte, de Lamartine. Par une coïncidence assez piquante, Victor Hugo, qui se faisait déjà connaître aussi, envoyait au Lycée son élégie : la Canadienne au tombeau de son nouveau-né1.

Quoiqu'y tenant une place modeste, Etienne était initié au monde littéraire. Outre la maison de son beau-frère Viollet-le-Duc où il se trouvait habituellement avec Patin, Sainte-Beuve, Courier, Ch. Magnin, Saint-Marc Gi-

« Le Lycée français se compose de cinq volumes in-8°, dont les deux premiers portent la date 1819 et les trois autres celle de 1820, Paris. Ce recueil est un monument curieux de l'histoire littéraire à cette époque de transition. On y trouve rassemblées les compositions soumises aux goûts les plus différents, les plus contraires même, ce qui peut donner une idée très-j«»te de l'état de rivalité, car il n'y avait encore rien d'hostile, entre les soutiens du goût et de l'école classique et les jeunes gens déjà imbus des idées de madame de Staôl et des poésies de lord Byron.

rardiu et Stendhal, il ne tarda pas à se former chez lui une société analogue dont voici l'origine: Élienne, comme on Ta vu, avait poursuivi avec une grande persévérance l'élude de la langue ci de la littérature anglaises. Arrivé au point de pouvoir en apprécier le caractère 't les beautés, il invita quelques-uns de ses jeunes amis, Ampère fils, Monod, A. Slapfer et son cousin A. Bon (Té, à se réunir le mercredi de chaque semaine pour faire des lectures. Qn lut et l'on expliqua tantôt des chants de Milton, mais plus habituellement les drames de Shakspeare. Le Paradis perdu avait déjà une teinte classique dont les jeunes lecteurs ne s'arrangeaient pas, tandis que l'auteur d'Othello eldllamlct convenait inliniment mieux à de jeunes imaginations ébranlées déjà par les hardiesses de lord Byron. Saulelet qui, quelque temps après se livra au commerce de la librairie, étai: censé prendre part aux lectures anglaises, mais peu a\ancé dans la connaissance de la langue et distrait d'ailleurs par mille projets et des passions qui lui devinrent funesies, ne faisait que des apparitions amicales, mais fort courtes. Un jour il vint avec Mérimée qu'Etienne avait déjà eu l'occasion de connaître chez M. Slapfer le père. Le nouvel hôte, bien accueilli, ne tarda pas à devenir l'àme des réunions pour les lectures. Dès sa jeunesse Mérimée étudiait l'espagnol et l'anglais sans préjudice des langues anciennes qu'il avait apprises au lycée; aussi la solidité «le ses connaissances, la fermeté de son esprit en tirent-elles, pour la réunion des lecteurs, un véritable professeur sous la direction duquel on lut bien et avec fruit. A ces espèces de leçons prises en commun en succédèrent parfois d'autres, lorsque Mérimée et Etienne étaient devenus plus intimes. C'est alors qu'ils lurent ensemble le Don Juan de lord Byron, dont le futur auteur du théâtre de Clara-Gazul faisait un cas particulier.

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