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RÉUNIONS CHEZ- ETIENNE

du dimanche ; il eût été obligé, en ce cas, de se conformer aux goûts et aux idées de ceux qu'il aurait attirés chez lui. Mais sur la demande des personnes faisant déjà partie de la société, et intéressées par cela môme à ne pas introduire de loups dans la bergerie, Etienne accueillait ceux qui lui étaient présentés, mais sans ombre d'appareil et comme s'ils eussent fait partie de la réunion depuis longtemps. On a fait mention de cette société du dimanche, déjà en pleine vigueur en 1823, lorsque Étienne fit le voyage d'Italie, mais le moment est venu de donner quelques détails sur les hommes qui en faisaient partie et sur les questions les plus importantes qu'ils agitaient \

Les questions principales étaient de deux sortes, politiques et littéraires. A peu d'exceptions près, la majorité des membres de la société faisait partie de l'opposition qui attaquait le gouvernement de la branche aînée des Bourbons. En outre, imbus des idées que madame de Staël avait mises en circulation, ils se présentaient comme fauteurs des plus ardents de la révolution qui s'opérait déjà en littérature. En deux mots et pour employer ceux consacrés à celle époque, ils étaient libéraux et romantiques; et, selon toute apparence, quelques-uns d'entre eux étaient afiiliés au carbonarisme.

En politique comme en littérature, Duvergier de Hauranne était un de ceux qui exprimaient leurs opinions

4 On pense qu'il est bon de remettre ici sous les yeux du lecteur les noms des hommes qui se sont réunis chez Étienne depuis 1820 jusqu'en 1830 : Albert Stapfer, Ampère fils, A. Bouffé, E. Monod, Sautelet, le baron, de Maiest, Beyle, dit de Stendhal, Viollet-le-Duc, Courier, Mérimée, A. de Jussieu, C. de Rémusat , Duvergier de Hauranne, Aubernon, Mignet, Vitet, Dubois d'Angers, Jacquemont, Artaud, Coquerel, Taschereau, le comte de Gasparin, de Guizard, de Daunant,Cerclet, Duparquet, Dittmei, Cavé, Patin, Th. Leclercq.

avec la sincérilé la plus opiniâtre. Les actes du gouvernement étaient soumis par lui à une critique sévère, tandis que sa confiance dans les résultats futurs des théories romantiques était sans bornes. Sur ces deux points il faisait cause commune avec de Stendhal, dont il adoptait particulièrement les opinions littéraires. A cela près de ces deux grosses mouches qui bourdonnaient sans cesse dans son cerveau, le jeune Duvergier de Hauranne, homme plein d'honneur, lettré et fort spirituel, était un des plus agréables el solides causeurs de la société. Alors dms la Heur de sa jeunesse, il n'avait pas encore eu, comme après la révolution de 1830, l'occasion de développer ses talents en politique et en qualité de publicisle; mais avec l'âge, quoique persistant à se maintenir dans l'opposition sous le gouvernement de Louis-Philippe, ses opinions littéraires s'étaient modifiées, et vers 1840 il avoua àÉlienne qu'il était guéri de la maladie du romantisme dont il était si tourmenté tandis qu'ils voyageaient ensemble, en 1824, dans le royaume de Naples et aux environs de Rome.

Le charme des réunions du dimanche résultait surtout delà liberté dont chacun jouissait pour exprimer franchement ses idées, et du respect avec lequel ceux qui ne h s approuvaient pas, les combattaient.

Outre ia rigidité inllexible avec laquelle Viollet-le-Duc défendait les doctrines de la littérature classique, le spirituel auteur du Nouvel art poétique était sincèrement a! taché à la famille des Bourbons de la branche aînée, en sorte que, lui de son côté et Duvergier de Hauranne du sien, étaient les deux pôles opposés du petit monde littéraire qui gravitait chaque dimanche dans le cinquième étage habité par Etienne.

Comme dans toutes les réunions de ce genre, il y avait chez Etienne ceux qui apportaient des nouvehYs et four-

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