‹ Souvenirs de soixante annéesChapitre 86 sur 201 · M. VITET Î · texte numérisé non relu

M. VITET Î

Hissaient matière à la convocation; M. de Marest, Beyle, Saulelct, Artaud, de Guizard, Duvergier de Hauranne et Coquerel, le frère du minisire protestant, étaient sous ce rapport d'excellents pourvoyeurs. D'autres, comme Charles deRémusat, Ampère (ils, Albert Stapfer, aimant, provoquant la discussion, s'emparaient du thème énoncé par le premier venu, et entretenaient quelquefois une conversation intéressante dont le charme tenait tous les auditeurs attentifs. Enfin le plus grand nombre écoutait,, les uns assis sur le vieux canapé rouge venant de la maison paternelle d'Élienne, les autres blottis dans des encoignures ou accolés Je long des bibliothèquçs. Le plus silencieux de tous le bon et spirituel Adrien de Jussieu, si savant botaniste, ne manquait aucune des réunions du dimanche. Sur sa figure étrange, on jugeait à la finesse de son sourire qu'il venait d'être dit quelque chose d'instructif et de piquant. Puis, en s'en allant il donnait une poignée de main à Etienne, en lui disant : « ils ont été bien amusants, » ou bien quand la séance avait élé pâle, « ça n'a pas été si amusant que dimanche dernier. »

Mérimée a naturellement la parole brève, aussi prenaitil peu de part aux discussions qui se développaient régulièrement, si ce n'est en lançant un mot, une réflexion, ordinairement spirituels et bouffons, qu'il accompagnait de ce coup d'œil «*l de ce sourire ironique qui forment un contraste si frappant avec l'immobilité habituelle de ses traits.

Au nombre des silencieux spirituels, il faut compter Vitet doué de deux aptitudes qui se trouvent si rarement réunies en France : l'autour des lettres et le sentiment des arts. Lui aussi, à l'époque des réunions du dimanche, s'était senti électrisé par cet élan unanime de la jeunesse dont il faisait partie, désirant repousser les limiles que l'expérience avait imposées à la littérature française.

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Mais ainsi que Mérimée, Vitet, au lieu de consumer sa verve à discuter sur de vaines théories, s'était mis à faire des essais pratiques et composait alors les trois drames en prose qui devaient bientôt le faire connaître1. Le noble caraclère et le mérite déjà remarquable de Vitel attiraient Élienne vers ce jeune homme, que pour d'autres raisons il ne voyait jamais sans émolion prendre place sur le canapé rouge. C'est à cette place même où le père d'Etienne est mort en 4806, et ce fut le grand-père de Vilet, médecin habile*, qui l'assista pendant sa dernière maladie. Cet homme, fort âgé a lors, avait conservé un vif amour de son art et des sciences qui s'y rapportent. Etienne, peintre* à celle époque, qui pondant les années précédentes avait étudié assez sérieusement l'anatomie, poussé par cette insatiable curiosité qui ne l'a pas encore abandonné, lisaitles Leçons d'anatomie comparée de Cuvier publiées par son élève Duméril ; livre auquel il avait ajouté des dessins faits au jardin des plantes, d'après les squelettes d'animaux de différentes classes. Ces éludes intéressaient le vieux docteur Vitet qui prit Etienne en afïeclion et prolongeait habituellement ses visiles pour causer avec lui. Un jour, à la suite de leur entrelien, Vitet, après avoir tâté le pouls au malade, dit à Élienne en lui donnant la main : « Or ça, mon enfant, il faut vous armer de courage; les forces de v otre père sont totalement épuisées, il ne passera pas la journée de demain, » et la prédiction se réalisa.

Il y avait encore deux personnages enlevés par le tourbillon romanlique, parlant peu aussi, mais avant mis la main à l'œuvre pour réaliser les théories proposées et ré-

1 Les Barricades, les États de Blois et la Mort de Henri III , publiés de 1825 à 1829.

* II a lahsé un livre întitulé : La Médecine expectante, en plusieurs voâuœes.

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