‹ Souvenirs de soixante annéesChapitre 88 sur 201 · A. STAPFER , TH. LECLERCQ · texte numérisé non relu

A. STAPFER , TH. LECLERCQ

écrivain ait abandonné brusquement le culte des lettres.

Il reste encore à faire entrer en scène quelques personnages, (els que Charles de Rémusat et Courier, qui ont joué un rôle important pendant la durée des réunions du dimanche; mais l'occasion opportune de les faire paraître se présentera plus tard; pour le pioment il convient, afin de faire ressortir ce qu'il y a eu de bon et de défavorable dans la révolution littéraire tentée par les romantiques, de donner une idée des théories de Beyle, connu sous le nom de Stendhal, l'homme qui a contribué le plus activement à la faire éclater.

La société du dimanche, formée chezÉtienne vers 181 9, ne cessa point d'élre florissante jusqu'à la révolution de , 1830. Reyle, l'un des premiers qui en firent partie, fut aussi de ceux qui en regrettèrent le plus vivement la dissolution comme on le verra par la suite. Mais préalablement il est bon de donner un aperçu de ce singulier personnage. Toutefois, comme son portrait pourrait se trouver chargé de ridicules sous lesquels disparaîtraient ses bonnes qualités, on commencera par rémunération de celles-ci. Ceux qui l'ont connu aux diverses époques de sa vie, dans sa jeunesse, en Italie où il a vécu plusieurs années, et pendant la campngne de Russie à laquelle il a pris part ; tous s'accordentà reconnaître que Beyle, brave, désintéressé, supportant avec dignité la mauvaise fortune, était dans toute la rigueur de l'expression, un homme

i\l SOUVENIRS DE SOIXANTE ANNÉES

d'honneur. Etienne, qui Fa reçu pendant plusieurs années et Ta eu plus d'une fois pour compagnon de voyage dans les États-Romains, n'a jamais eu qu'à se louer de la délicatesse de ses sentiments dans les rapports habituels de la vie. Quant à l'esprit naturel, il en était doué largement, et, selon toute apparence, l'indépendance et l'originalité remarquable de cette faculté chez lui eussent produit des résultats sinon plus complets, au moins plus solides, si originairement cet homme les eût réglés par des études sérieuses. Mais né de parents peu aisés, forcé de se tirer d'affaire par lui-môme, l'excessive indépendance de son esprit et de son imagination furent sans doute cause du peu d'ordre qu'il mil dans ses idées.

Quant au Beyle qui s'était déjà caché sous le pseudonyme de Stendhal vers 4816, lorsqu'il commença à s'occuper sérieusement de littérature et même à écrire, déjà parvenu à un âge mûr, it était tout ce qu'il pouvait être, et émettait dans les salons de Paris, avec un ton tranchant et une verve très-spirituelle, les opinions les plus étranges qui lui passaient par l'esprit.

Mais pour bien apprécier Beyle et ses contradictions, il sera bon d'étudier le fond de son caractère. Honnête et loyal comme on l'a dit, il a passé sa vie à pester contre deux accidents liés à sa destinée : il était gros et trapu, tandis qu'il aurait désiré être délicat et fluet; né roturier il ne pouvait se consoler de ne pas faire partie de la noblesse, et comme corollaire de ce double chagrin, bien qu'il supportât avec courage et dignité même sa mauvaise fortune, sa pauvreté lui a toujours semblé être une injustice d'en haut. Ce conflit de rêveriès et de réalités se heurtant sans cesse, firent de Beyle l'homme le plus incohérent. C'est ainsi qu'avec le mépris le plus profond et le moins dissimulé, pour tout ce qui se rattachait à la bourgeoisie, d'un autre côté il poursuivait

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