MARIAGE DE COURIER
draient ;i sa mort. Ces promesses suffirent pour décider Courier au mariage, auquel état il était peu disposé et nullement propre... — Qu'en savez-vous? demanda Bertin- Devaux.— Voici le fait, reprit Étienne : Courier a épousé sa femme par convenance, mais comme il Ta avoué depuis à ses amis, il en est devenu éperdument amoureux dans les premiers temps de son mariage. Puis, quant à la passion de l'amour eût succédé celle de la politique, et qu'il écrivit ses pamphlets et resta à Paris pour en surveiller l'impression ; lorsqu'enfîn enfermé à Sainte-Pélagie, à cause de son écrit sur Chambord, il laissa seule à Veretz sa femme chargée de la gestion de celte propriété, le trouble se mit dans son ménage. Mais il devint plus grand encore, lorsque Courier, sorti de prison, voulut être informé de l'état de ses affaires. Sa respectable belle-mère déclara simplement que, par suite de fausses spéculations, sa fille s'était endettée de vingt mille francs, et cela dit, elle laissa à son gendre le soin de faire face à cette dette. Au surplus, ajouta Etienne, plus d'une année avant cette belle affaire, lorsqu'en passant par Tours pour me diriger vers les Pyrénées (1820), je répondis à l'invitation que m'avait faite Courier d'aller le voir à Verelz, j'y fus témoin d'une scène qui me fit naître de graves inquiétudes sur son bonheur à venir. On donne le nom de Veretz, non à un village, mais à quelques habitations dont la plus importante est la ferme que Courier et sa femme font valoir, car le faux vigneron s'était mis dans l'esprit de faire une paysanne de la fille de Clavier. Située sur un plateau au sommet d'une espèce de falaise au pied de laquelle serpente le Cher, celte triste habitation, environnée de bouquets de bois et de terres labourables, ne peut convenir en réalité qu'à des paysans agriculteurs. C'est cependant là où le spirituel Courier eut la sotte idée de se retirer avec sa jeune femme. Leur loge-
ment proprement dit est d'une simplicité encore acceptable; mais Courier ne s'y lient qu'à l'heure des repas, et lorsqu'Élienne fut installé dans la maison, le premier soin que prit son hôte fut de le conduire dans ce qu'il appelle sa boutique à fjrec. — Or ça, il est fou votre Courier, interrompit Berlin-Devaux.— Je ne dis pas non, continua Etienne. Figurez-vous donc une chambre sans papier sur h s murs, sans rideaux aux fenêtres, ne renfermant pour tous meubles qu'une table à écrire et un matelas sur le carreau, le tout à peu près enseveli sous des monceaux de bouquins grecs et latins de tous les formats. « C'est là où je travaille, où je couche, dit le faux vigneron, en contrariant la tristesse de sa physionomie par un sourire forcé, c'est là où je suis heureux! » Et un volume d'Hérodole ouvert sur la table fit tomber la conversation sur la traduction de cet auteur dont il paraissait très-occupé. — Mais sa femme, demanda vivement Berlin-Devaux, qu'eu fait-il' que fait-elle ?—Sa femme?... c'est une jolie personne, fort spirituelle, qui, pendant les trois jours que j'ai passés à Veretz, m'a parue aimable et d'un caractère gai. Deux hôtes m'avaient précédé dans la maison, un Gallois d'un certain âge et sa fille dont la maîtresse du logis paraissait goûter la société. Ces deux étrangers étaient fort gais comme le sont en général les habitants du pays de Galles, e( pour les divertir, madame Courier avait décidé de les conduire le dimanche à une fêle villageoise à quelque distance de Veretz. Les deux dames, le Gallois et Éticnne avaient fait leur toilette avant le dîner, mais Courier se mit à table vêtu d'une horrible redingote, le col débraillé et avec de gros souliers sales à ses pieds. Cependant le repas fut gai, le Gallois eut beaucoup d'entrain et Courier fut très-spirituel. Mais, lorsque l'on eut quitté h< table, notre hôle, mettant un vieux chapeau sur sa tête et s'emparant de son gros gourdin ferré,