M. THIERS. — A. SCHEFFER
B. Devaux et de Courier. D'autre part, et en adoplant cette supposition, Courier, ayant deviné les intentions de B. Devaux chez Etienne, se serait-il montré plus hargneux, plus cynique qu'il ne Tétait naturellement, pour décourager son tentateur et ruinera l'instant même ses espérances? Bien, depuis que cette singulière entrevue a eu lieu, n'a pu la rendre plus claire pour Étienne.
Quelques jours étaient à peine écoulés, que Sautelet vint un matin chez Étienne et lui dit : On se réunit ce soir chez Cerclet, Thiers et Ary Scheffer viendront; on désire beaucoup que vous soyez de la partie, et l'on compte même sur vous. Je retourne chez Courier où je me suis présenté deux fois sans le trouver, pour lui faire la même invitation qu'à vous. »
La propagande romantique était alers aussi active dans les arts que dans les lettres. L'exposition du Louvre, ouverte le1er septembre 1824, prolongée jusqu'au 15 janvier de l'année suivante, avait fourni d'abondantes matières aux écrivains chargés de rendre compte de ce salon. Thiers faisait brillamment ses premières armes en ce genre dans le Constitutionnel, et Étienne, qui avait déjà exercé cette espèce de critique depuis 1819, dans le Lycée français, le Moniteur et les Débats, s'acquittait pour la seconde fois de cette tâche difficile dans cette dernière feuille.
Les artistes et les critiques étaient naturellement divisés eh deux camps. D'un côté la jeune école, qui s'élançait avec impétuosité dans la carrière dont elle avait forcé l'entrée, avait pour chefs principaux MM. E. Delacroix, A. Scheffer, P. Delaroche etSigalon, puis le spirituel M. Thiers leur contemporain, développant, exaltant avec ardeur leurs doctrines et leurs productions. Celte attaque était vive. Or, il y avait un point faible du côté de la défense ; quelques élèves des derniers sortis de l'é-
cole de David en avaient si maladroitement interprété les principes, que leurs ouvrages justifiaient les critiques violentes dont ils étaient devenus l'objet ; en sorte qu'Étienne n'avait d'autres exemples à présenter pour appuyer les doctrines qu'il avait à défendre, que les productions, exposées au salon de 1824, par Gérard, Girodet, Gros 4, Hersent, M. V. Schnetz et Léopold Robert, sur lesquelles le goût nouveau qui se propageait ne laissait pas de jeter de la défaveur.
Au fond, dans les arts comme dans les lettres, la question était demeurée au point où madame de Staël l'avait amenée dès 1815, et sans qu'on s'en rendît compte il s'agissait toujours de savoir si on rejetterait ou si l'on continuerait de suivre les doctrines de l'antiquité sur les arts, telles qu'on les avaiï adoptées en Europe depuis les premiers temps de la Renaissance; il s'agissait de savoir si les peintres et les sculpteurs prendraient pour base de leurs études et de leurs compositions le nu et le beau; ou si, rejetant la forme à un rang inférieur, ils sacrifieraient môme la beauté, pour faire briller par-dessus tout l'expression? Voilà en réalité la question qui fut agitée par M. Thiers etÉtienne, dans les deux journaux où ils écrivaient, et, selon toute apparence, les habitués de la réunion du dimanche furent curieux de voir les deux champions en présence.
Chez Cerclet,*la société fut nombreuse. Outre plusieurs personnes restées inconnues à Etienne, il se trouva entouré de la plupart des fidèles du dimanche : A. Stapfer, de Marest, Duvergier de Hauranne, Mynier, Beyle (M. de Stendahl), A. SchelTeret son frère, tous deux peintres, et Sautelet, qui vraisemblablementavait arrangécetle soirée,
1 C'est alors que Gros termina et découvrit la coupole de Sainte- Geneviève.