‹ Souvenirs de Terre-SainteChapitre 6 sur 14 · IS · texte numérisé non relu

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sur le sol palestinien. Et même si les preuves de l'existence d'édifices appartenant au passé ne surgissaient pas, visibles et palpables, sous nos pas et devant nos yeux, le témoignage des textes demeurerait irrécusable. Beer-Schéba fut ime bourgade tout au moins, peut-être même une ville. Il en est fait mention dans l'histoire de Samuel et de ses fils, comme dans ceUe d'Elie, et dans les discours du prophète Amos*, sans parler de très nombreux passages bibliques où ce nom figure dans la locution consacrée « de Dan à Beer-Schéba, » pour indiquer toute la superficie du territoire Israélite, de l'extrême nord à l'extrême sud^ A l'époque chrétienne aussi, on rencontre la mention de Beer-Schéba comme d'un siège épiscopal.

Après avoir pris dans notre tente le repas du soir avec nos compagnons de route, nous employons quelques instants de la soirée à rechercher et à lire ensemble dans la Bible les textes qui nous parlent du lieu où nous sommes réunis. Puis, après quelques tours de promenade encore dans la nuit sereine, nous allons chercher le repos.

Au milieu de la nuit, le bruit du vent, faisant battre les parois de la tente, me réveille soudain, et je me relève, inquiet ; ce son de mauvais augure annoncerait-il un changement de temps } Rien de moins impossible, vu la saison, et rien de moins souhaitable non plus pour des voyageurs isolés aux confins du désert et à bonne distance de toute ville habitée ! Je sors doucement de la tente, et, à peine suis-je en plein air que je m'arrête, rassuré et surtout émerveillé. Le ciel est admirablement pur, et, dans l'obscu-

* I Sam. viii, 2 ; i Rois xix, 3 ; Amos v, 5 ; viii, 14. ' L'ancienne ville de Dan était située au nord du lac Mérom, près des sources du Jourdain, à l'endroit appelé actuellement Tell-el-Kadi.

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rite profonde, scintillent avec un éclat inaccoutumé des astres sans nombre. Ma pensée s'élève vers le Créateur de ces millions de mondes, et puis elle se reporte vers le souvenir d'Abraham, vers ce passage saisissant dé la Genèse où l'Eternel, « après l'avoir conduit dehors, lui dit : Regarde vers le ciel et compte les étoiles, si tu peux les compter. Et il lui dit : Telle sera ta postérité. Et Abraham crut en l'Etemel, et celui-ci \t lui imputa à justice*. »

A peine les premières lueurs de l'aube ont-elles com-» mencé à poindre le lendemain matin que notre petit campement s'anime et reprend vie et activité. Nous sortons de la tente et demeurons en contemplation devant le tableau qui s'offre à notre regard : sur la margelle du puits se tient, comme un fantôme dans le demi-jour crépusculaire, un Bédouin svelte et de haute taille. Il descend dans les profondeurs du puits un seau de cuir au bout d'une longue corde, puis le remonte lentement, nous offrant ainsi le tableau matinal de l'existence quotidienne de ces nomades du désert. Et telle est l'action lente et continue de cette opération, répétée depuis des siècles sans doute en ce lieu, que de profondes rainures verticales sillonnent les pierres qui forment le rebord supérieur du puits, tant a été persévérant et intense l'effort de la corde maniée par toutes ces générations successives. « La répétition creuse la pierre, » dit un proverbe arabe répondant à peu près à l'adage latin :

* Gen. XV, 5.

Gutta cavat lapident. Et tout autour du puits, témoins des âges envolés, sont éparses de vieilles auges, blocs de pierre légèrement excavés dans leur partie supérieure pour servir d'abreuvoir aux bestiaux. Ce n'est point une sinécure pour les bergers que de mener leurs troupeaux se désaltérer à l'un de cts puits : il faut, à la force des bras, puiser, puiser, puiser encore et remplir les auges afin que les animaux puissent boire. C'est là une besogne autrement pénible et fatigante que celle du berger d'autres contrées qui conduit tout simplement ses bêtes au bord d'un ruisseau, d'une mare ou d'un large bassin de fontaine, et qui n'a d'autre soin que de les surveiller du regard ou de les diriger de sa houlette, tandis qu'elles s'approchent de l'eau. La vue de ces puits et des auges qui les environnent rappelle et explique mieux à notre pensée occidentale le sens des récits bibliques qui nous montrent Jacob arrivant au pays de sa parenté et s'occupant avec empressement d'abreuver le troupeau de Rachel, ou bien encore Moïse défendant les droits des filles de RéueP.

Les tentes sont abattues, puis rechargées sur les bêtes de somme; les chevaux sont sellés; les préparatifs du départ sont achevés. Le soleil a paru à l'horizon, jetant ses premiers rayons sur le tableau qui nous est devenu cher et que nous ne pouvons abandonner sans qu'un sentiment poignant vienne nous étreindre. Le Bédouin de tout à l'heure a achevé son travail au bord du puits; l'apparition du soleil a permis de fixer, au moyen d'une plaque sensible, cette figure sombre et pittoresque, debout sur la margelle de Beer-Schéba. Il faut partir, il faut quitter ces

' Gen. XXIX, i-io; Ex.ii, 15-19.

lieux, il faut aussi dire adieu à nos amis qui s'en retournent à Gaza. Trois jours auparavant nous ne les connaissions pas; maintenant ils nous sont devenus chers et familiers, et nous leur conservons une place permanente dans nos affections. Puissent-ils en faire autant pour nous ! Ils vont reprendre le chemin de Touest, refaire en sens inverse la route parcourue la veille, rentrer au soir dans leur demeure, et recommencer demain matin leur travail quotidien. Et nous, nous allons nous éloigner du côté de Test, du nord-est pour être plus exact, et cheminer vers les hauteurs qui bordent Thorizon dans la direction d'Hébron. Nos deux troupes se saluent de près, puis d'un peu plus loin, et finissent par se séparer et se perdre de vue. C'est ainsi, pensons-nous, que deux caravanes, qui se sont rencontrées dans quelque oasis du désert, se quittent au matin et se tournent le dos, rompant, après une nuit passée côte à côte, le lien fragile et passager contracté durant la station commune. Se reverra-t-on jamais?

Nous sommes en marche depuis environ trois quarts d'heure, quand soudain, comme nous longeons le lit du ouadi et que nous venons de contourner une petite colline qui s'élève à notre droite, nous apercevons devant nous tout un campement de Bédouins. Les tentes sont là, dressées les unes derrière les autres ; l'une d'entre elles se fait remarquer par quelque chose de plus opulent et par des dimensions plus vastes. Tout autour des tentes, et plus loin sur les pentes couvertes d'un singulier mélange d'herbe et de cailloux, les bestiaux de ce clan nomade sont répandus, paissant à l'aventure, vaches, chèvres, moutons, et même quelques ânes dont la silhouette se dessine sur le ciel lumineux. Du campement, un homme sort à notre ren-

contre, comme nous approchons et que nous ralentissons le pas de nos montures. Cest le chef de la tribu ; il s'avance avec une démarche lente et digne, et nous salue gravement en nous souhaitant la bienvenue à notre passage sur les terres que son peuple occupe et où il nous offre de nous arrêter pour jouir de son hospitalité sous sa tente. Volontiers nous saisirions cette occasion et accéderions à son offre; mais le temps presse, nous ne sommes qu'au début de la journée et nous avons une longue étape der vant nous. Adieu donc au cheikh Saleh et au clan des Bédouins Abou-Mahfoûz ! Adieu à la colline de Tell-elr Meschâsch ! Adieu à ce site pittoresque qui, une fois de plus, a réveillé en nous, avec intensité, le ressouvenir des scènes de la Genèse. Après tout, il n'y a pas de doute, c'est ainsi que nous devons nous représenter Abraham, tel que le décrivent cgs pages antiques qui nous sont familières. N'était la pipe que le cheikh moderne tient à la bouche, l'analogie serait complète, et la photographie qu'il nous a laissé prendre de sa personne et de son camp pourrait servir à figurer un paysage biblique.

Pendant plusieurs heures après cet épisode, nous poursuivons notre chevauchée, à travers des terres labourées où les pieds des chevaux enfoncent, un peu plus que nous ne le souhaiterions, désireux que nous sommes d'accélérer notre marche. Pas d'incidents, pas de rencontres; c'est bien décidément la solitude, c'est le désert. Une fois seulement nous apercevons un cavalier solitaire ; il nous aper-

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çoit de son côté, et, après quelques instants de réflexion et d'immobilité, il repart brusquement au galop et ne reparaît point, beaucoup plus effrayé probablement à la vue de nos deux hommes d'armes que nous ne le sommes nous-mêmes à son apparition.

Enfin, comme midi approche, et que nous avons déjà mis derrière nous une traite respectable, nous voyons se modifier l'aspect du terrain que nous traversons et nous entrons dans les collines. Nous remontons un des ouadis qui viennent du nord se jeter dans la vallée principale et nous arrivons près d'un village, Tâteriyeh*, un des plus chétifs et des plus misérables que j'aie vus en Palestine; pas une maison, pas une hutte, mais imiquement des cavernes. Et encore celles-ci sont-elles creusées dans le sol et non point dans une paroi de rochers, en sorte que rien ne vient signaler leur présence ; seulement, à gauche et à droite du chemin que nous suivons, des excavations sont pratiquées, des ouvertures béantes se découvrent, et c'est là, littéralement dans les entrailles de la terre, que vit cette population de véritables Troglodjrtes.

Un peu plus haut encore, dans la région décidément montagneuse où nous sommes parvenus, nous faisons halte pour le repos du milieu du jour* Quelques indigènes surgissent aux environs et semblent fort surpris de voir passer des étrangers ; nous ne sommes pas, cela se voit, sur le parcours d'une des routes fréquentées par les touristes, tant s'en faut! Ces Arabes nous signalent le fait que les gazelles sont firéquentes dans ces parages; nous ouvrons nos yeux tout grands, avides de voir quelqu'un de ces élé-

* Tâteriyeh ou Dâteriyeh?

gants petits animaux. Mais c'est en vain, nous sommes déçus dans cette attente*.

Quand nous nous remettons en selle, c'est pour cheminer encore pendant deux heures dans la direction du nord, en montant sans cesse. Et à mesure que nous avançons, nous recommençons à nous sentir en pays de connaissance. Nous retrouvons les caractères distinctifs de la montagne judéenne, tels qu'un long séjour à Jérusalem et de nombreuses excursions aux alentours nous les ont rendus familiers. Mais les habitations humaines font défaut, et, si les traces de culture ne manquent pas, les indigènes sont rares. Nous trouvons soudain sur notre passage un pauvre petit âne paisiblement couché à terre, sous sa charge accoutumée. Personne aux environs ! Habitués aux règles de la prudence orientale, nos hommes nous déclarent qu'il ne faut pas toucher à l'animal ainsi abandonné, cela ne servirait de rien et pourrait entraîner des conséquences désagréables ^. Trois quarts d'heure plus tard seulement nous croisons toute une famille au grand trot : le père, la mère, les enfants courent à qui mieux mieux, et leur passage nous donne la clé de l'énigme. Le baudet, accompagné d'un enfant seul, avait chuté sur le chemin. Incapable de relever la bète tombée et non moins impuissant à la décharger de son fardeau, le petit conducteur avait dû retourner jusqu'au village, jusqu'à la maison paternelle, pour chercher du secours, qui arrivait enfin ! Ce petit fait peut

* J'ai raconté plus haut (p. 27) que j'avais rencontré des gazelles, en janvier, dans la montagne au nord d'Hébron. Nous en avons aussi vu plusieurs dans la grande plaine d'Esdraélon.

'^ La loi de l'Exode (xxiii, 5), prévoyant des accidents de ce genre, ordonnait de porter secours à l'âne succombant sous le faix, alors même qu'il appartenait à un ennemi.

paraître très insignifiant à première vue et indigne d'être signalé. Il me semble pourtant qu'en y réfléchissant on reconnaîtra qu'il illustre d'une façon frappante l'extrême dépopulation de toute cette région.

Vers trois heures de l'après-midi, nous arrivons à Dahariyeh, un gros village d'un millier d'habitants, s'étendant du nord au sud sur la croupe allongée d'une colline qui forme deux monticules distincts, tous deux couverts d'habitations. La population se presse sur notre passage, mais les notables de l'endroit, les cheikhs de la localité, se hâtent de faire écarter les femmes et les enfants. Et bientôt s'engage entre eux et nous un entretien assez animé. Le sujet en est d'un intérêt très actuel pour nous. Il s'agit de déterminer exactement à quelle distance nous sommes d'Hébron et de quelle nature est le chemin qui y mène ; il s'agit de savoir si nous poursuivrons notre route ou bien si nous camperons à Dahariych. On nous informe qu'il faut quatre bonnes heures pour gagner Hébron, et que le chemin, très pierreux et accidenté, n'est point difficile à trouver et à suivre, du moins à la clarté du jour. Si nous étions seuls, je veux dire sans bagages, nous reprendrions aussitôt notre marche, assurés d'arriver le soir même à bon port. Mais nos bêtes de charge sont restées en arrière, elles avancent un peu péniblement. Combien leur faudra-t-il de temps pour nous rejoindre? Ne devront-elles pas prendre quelque repos avant de continuer à cheminer? Pour elles, il vaut mieux rester. Nous nous résolvons à camper. Au pied de la colline où est perché le village se trouve une grande mare

boueuse où Ton abreuve les bestiaux. Auprès d'elle s'étend une petite plaine, et c'est là que se dressent nos tentes. Pendant que s'accomplissent les préparatifs du souper et de la couchée, nous nous promenons, avec un de nos cavaliers turcs, dans le village, et nous y retrouvons, par ci, par là, dans les murailles, des traces d'anciennes constructions, marquées par la présence de blocs mieux taillés et plus massifs que les pierres des édifices modernes. Parmi les maisons neuves, nous en remarquons une qui a quelques velléités architecturales, et en particulier une fenêtre dont l'ornementation n'est pas dépourvue de certaines intentions artistiques. La population, très peu blasée sur la présence de voyageurs européens, nous accompagne avec persistance, mais sans démonstrations et sans hostilités. Quelques hommes nous adressent la parole, et tout spécialement un marchand, venu de Bethléhem, un chrétien indigène, qui, au milieu de tous ces montagnards musulmans, nous fait déjà l'effet d'une sorte de demi-compatriote.

Notre campement à Dahariyeh ne nous a pas laissé, cela va sans dire, l'impression profonde que nous conservons de celui de Beer-Schéba. Quoique les réminiscences bibliques, comme nous le rappellerons tout à l'heure, ne soient pas absolument absentes, elles ne peuvent supporter la comparaison avec celles qui nous hantaient la veille. Et puis nous sentons le contraste entre l'animation de notre camp, alors qu'il était égayé par la présence de nos compagnons venus de Gaza, et le calme qui maintenant y règne. Et pourtant il y a aussi dans le souvenir de cette nuit à Dahariyeh quelque chose de particulier et de caractéristique. Quand la nuit fut tout à fait tombée et que le village fut rentré dans l'ombre, les feux éteints, les habitants enfermés

chacun chez soi, rien ne troubla plus le silence, si ce n'est Taboiement monotone des chiens et le coassement incessant des grenouilles dans la grande mare*. Ces deux sons demeurent pour moi indissolublement liés au souvenir de Dahariyeh; et quoique bien souvent encore, dès lors, dans d'autres campements nocturnes, l'un et l'autre nous aient poursuivis, cette nuit est restée particulièrement rattachée à ce souvenir. Mais enfin les chiens eux-mêmes se taisent, le calme s'établit, et lorsqu'au milieu de la nuit je soulève curieusement la porte de la tente, je n'aperçois, dans la nuit silencieuse, à la clarté des astres scintillants, que la silhouette de notre vieux Mahmoud montant fidèlement la garde.

Peut-être sommes-nous ici sur un sol historique ! Plusieurs auteurs voient dans Dahariyeh l'antique Kiryat-Sépher ou Debir, rattachée dans les livres de Josué et des Juges aux noms de Caleb et d'Othniel, sans oublier Acsa, fille de l'un et épouse de l'autre de cqs deux héros*. C'était, paraît-il, une forteresse que l'ancienne Debir : Dahariyeh peut très bien avoir été jadis une place forte de quelque importance, étant donnée sa situation. Et c'était aussi une terre dépourvue d'eau de source, puisque les textes bibliques mentionnent, à côté et en dehors de la cité, des sources.

* Il est impossible, quand on voyage en Palestine, de ne pas être frappé de Tabondance des grenouilles : partout et toujours on les entend coasser dès qu'il y a un peu d'eau à portée. Il est d'autant plus remarquable de le constater que dans l'Ancien Testament il n'est jamais question de grenouilles à propos de la Terre-Sainte, mais seulement lorsqu'il s'agit de l'Egypte (Ex. vu, 27-29; viii, i-ii ; Ps.lxxviii, 4S;cv, 30).

* Jos. XV, 15-19 ;Jug. I, 11-15. Voir aussi Jos. x, 38-39. Dans Jos. xv, 49, la même localité est encore appelée Kiryat-Sanna.

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inférieure et supérieure, que Caleb ajouta, comme dot supplémentaire, à Tapanage de sa fille. Or, actuellement encore, il y a à Dahariyeh pénurie d'eau potable, et il faut aller en chercher à une certaine distance, soit en aval, soit en amont. Dès notre arrivée, le principal cheikh du village avait eu l'aimable attention de nous faire apporter une grosse cruche de cette eau de qualité meilleure, puisée à une source un peu éloignée.

Le lendemain matin, il fait froid et un peu brumeux. Dès avant sept heures, nous sommes en selle et nous partons avec Tun de nos deux soldats, laissant l'autre escorter le bagage à Hébron par la route la plus directe. Pour nous, nous avons résolu de faire un détour, afin de passer par Yatta ^ ce qui allonge un peu la course en la rendant plus intéressante. Bientôt nous quittons le chemin qui se dirige sur Hébron et nous prenons à droite pour marcher du côté de l'est. Nous apercevons, sur un sommet de colline, le village d'es-Semoua, qui s'appelait jadis Eschtémoa-. Un petit ouéli solitaire, voilà à peu près tout ce que nous trouvons sur notre passage. Mais peu avant d'arriver à Yatta, rious devançons sur le chemin un indigène, qui porte dans ses bras, avec précaution et douceur, une chèvre malade, nous fournissant ainsi, sans s'en douter, une illustration du

* L'ancienne Youta ou Youtta : Jos. xv, 55 ; xxi, 16. Le P. Séjourné (Revue biblique, 1895, p. 260) me semble aToir de bonnes raisons pour affirmer que le nom moderne se prononce Yatta plutôt que Youtta.

' Jos. XV, 30 ; XXI, 14 ; i Sara, xxx, 28, etc.

Bon Berger. La veille, nous avions vu un spectacle tout différent : un fellah portant avec rudesse, par les pattes de devant, un agneau tout jeune encore, et laissant ballotter sans aucune commisération la tête renversée de la pauvre petite bête.

Yatta est peut-être la ville de Zacharie et d*Elisabeth. C'est du moins Tune des hypothèses qui ont cours parmi les commentateurs. Il faudrait dans ce cas admettre que dans le texte grec de TEvangile Ml y a lieu de lire louta au lieu de louda. La tradition ecclésiastique, on le sait, place le berceau du Précurseur à Aïn-Karim, aussi appelé Saint- Jean-du-Désert ou Saint- Jean-dans-la-Montagne, à une heure et demie de Jérusalem du côté de l'ouest : là se trouvent les sanctuaires des Franciscains et des Russes. Une troisième opinion cherche en Galilée la patrie du Baptiste ; une quatrième se prononce en faveur de Beit-Zakarya, au sud-ouest de Bethléhem*. Il est difficile de résoudre ce problème, comme tant d'autres du même genre qui se dressent devant l'archéologue en Terre-Sainte. On aperçoit encore à Yatta les ruines d'une vieille église ; on y a déchiffré les restes d'une inscription grecque ^. Mais le village est exclusivement peuplé de musulmans. Le principal de l'endroit, le moukhtar, comme on appelle c^s dignitaires rustiques, nous invite à prendre le café chez lui ; mais nous sommes déjà suffisamment en retard ; il y a trois heures et demie que nous cheminons ; il est plus de dix heures et nous avons encore deux fortes heures jusqu'à Hébron. En

^ Luc 1, 59.

* Voir plus haut, p. 26.

3 Voir, au sujet de cette inscription de provenance chrétienne, un article du P. Jean Marta, dans la Revue biblique, 1895, p. 66-68.

route donc, et continuons à longer, non sans précautions, le sentier qui serpente le long des pentes rocheuses. A notre droite s'étend la région accidentée que David avait choisie pour retraite, tandis qu'il fuyait la haine jalouse de Saûl, et que les textes bibliques appellent le désert de Ziph ^

Plus nous approchons d'Hébron, plus le chemin devient mauvais, et la dernière demi-heure du trajet s'accomplit dans des conditions de voirie vraiment inénarrables : ce ne sont que blocs de pierre à la surface traîtresse et fondrières de boue, en sorte qu'après avoir glissé sur les uns, les pieds de nos chevaux s'enfoncent profondément dans les autres. Pourtant tout a son terme, et nous arrivons, un peu après midi, dans l'antique cité sur laquelle plane le souvenir vénérable du premier des patriarches. Nous y retrouvons avec joie la compagnie de nos enfants, venus le matin de Jérusalem à notre rencontre, et nous jouissons avec eux de l'hospitalité, écossaise au propre et au figuré, de nos amis, le docteur et M*"^ Paterson. Le même soir, nous rentrions dans nos quartiers d'hiver, et la pluie, qui avait CQssé quelques jours auparavant, une demi-heure avant notre départ de Jérusalem, se mettait de nouveau à tomber à verse, une heure et demie après notre retour chez nous. A tous les points de vue, nous avions été favorisés.

* I Sam. XXIII, 14-24 ; xxvi, 2, etc.

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