‹ Souvenirs de théat̂re, d'art et de critique (volume 2)Chapitre 24 sur 34 · LES KO0S8 DE ÛAKA · texte numérisé non relu

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bre de personnages célèbres. D'après une tradition écrite, conservée dans le couvent de Saint-Georges, et reproduite par M. Ylllot dans le nouveau livret ia Musée, il parait que Tépoux assis à gauche, à Tangie de la table, et à qui un> nègre debout, de Tautre côté, présente une coupe, serait don Alphonse d'Avalos, marquis de Guast, et la jeune épouse placée près de lui, Éléonore d'Autriche, reine de France; derrière elle, un fou avance, entre deux colonnes, sa tète coiffée d'un bonnet garni de grelots et de plumes de perroquet. François 1", casqué d'une toque bizarre, est assis à côté d'elle; vient ensuite Marie, reine d'Angleterre, vêtue d'une robe de damas jaune, et se penchant comme pour suivre la conversation; Soliman I", empereur des Turcs, est près d'un prince nègre — le prêtre Jean^ sans doute — qui parle à un de ses serviteurs. Yittoria Golonna, marquise de Pescaire, la grande amie de Michel-Ange, joue avec un cure-dent; à l'angle de la table, l'empereur Charles-Quint, vu de profil, porte Tordre de la Toison. Paul Véronèse s'est représenté lui-même avec les plus habiles peintres de Venise, ses contemporains. Au milieu du groupe de musiciens qui occupe le devant du tableau, il est en habit blanc et joue de la viole ; derrière lui, le Tintoret l'accompagne avec un instrument semblable; de l'autre côté, Titien joue de la basse; le vieux Bassan joue de la flûte ; enfin, celui qui est debout, vêtu d'une étoffe brochée et qui tient une coupe remplie de vin, est Benedetto Galiari, frère de Paul.

C'est ce musicien, jouant de la viole, qui a inspiré à M. Antony Deschamps les beaux vers que nous avons cités plus haut.

Le tableau des Noces de Cana était primitivement placé au fond du réfectoire du couvent de Saint-

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Georges Majeur; c'est à la suite des campagnes d'Italie qu'il vint enrichir notre Musée où se trouvaient alors réunies les quatre grandes pages dont nous avons parlé plus haut*. De ces quatre chefsd'œuvre, les Noces de Cana sont le plus radieux; nous qui avons admiré Paul Véronèse à Venise, aux Beaux-Arts, dans le Palais des Doges, dans l'église Saint-Sébastien, qui est comme son Panthéon, nous pouvons affirmer que jamais son astre n'est monté plus haut dans le ciel des arts.

Paul Véronèse doit être mis parmi les quatre où cinq premiers noms de la peinture, malgré l'espèce de préjugé qui semble classer au second rang les peintres de fêtes, de repas et de sujets d'apparat. Rienr n'est plus grave, dans la signification de l'art, que cette peinture si gaie. Paul Véronèse n'est pas seulement un brillant coloriste, c'est aussi un grand dessinateur; personne mieux que lui n'a établi une charpente humaine par grands plans simples à la manière antique. Chez lui tout est à sa place, tout s'emmanche, tout porte ; les mouvements partent du centre d'action, se déduisent, s'enveloppent avec une suite et une logique admirables. Ce peintre, que beaucoup regardent comme un éblouissant décorateur, s'est préoccupé plus que pas un du dessin général. Qui que ce soit, par même Michel- Ange, pas même Raphaël, ne tracerait d'une main plus savante le grand trait qui circonscrit ses figures. Son modelé, pour n'être pas minutieux, ne laisse rien à désirer, et ses détails si sobres et si larges mon-

1. En 1815, le gouvernement autrichien, reconnaissant l'impossibilité où tout u moins les dangers du transport de cet immense tableau, consentit à nous le laisser et à l'échan. ger contre une peinture de Lebrun représentant le Repas chez le Pharisien*

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trent une habileté consommée, qui connaît la puis-sance d'une touche mise à sa place et ne se trompe jamais. Ce qu*on ne saurait trop louer dans Paul Véronèse, c'est la justesse et le sentiment de relation. Ce merveilleux coloriste n'emploie ni rouges, ni bleus^ ni verts, ni jaunes vifs ; ses tons qui, pris à part, seraient gris où neutres, acquièrent parla juxtaposition, une puissance et un éclat surprenants. Il sait d'avance la part de chacun dans l'effet général, il ne les pose qu'avec une certitude pour ainsi dire mathématique ; une nuance ne prend de valeur que par le voisinage d'une autre et les localités se balancent entre elles avec une harmonie sans égale. Et tout cela est obtenu sans sacrifices apparents. Une lumière argentée baigne tous les objets, et, sous ce rapport, on peut dire que Paul Véronèse est un coloriste supérieur à Titien lui-même qui a recours aux oppositions vigoureuses, et dore ses teintes d'un glacis couleur d'ambre.

Et puis quelle facilité à remuer ce que, dans le langage spécial de l'art, on appelle les grandes machines ! Quelle facilité à distribuer, sans désordre et avec animation pourtant, une foule en étage, en groupes, en pyramides, à la ranger autour d'un de ces banquets gigantesques qui semblent les agapes de l'humanité, dans ces vastes architectures aux balustrades et aux colonnes de marbre blanc, qui laissent transparaître l'azur vénitien à travers leurs interstices I

Quelle fête splendide pour les yeux, et quel sujet véritablement humain, malgré son apparente insouciance, que ces Noces de Canal Les gens qui ne voient que l'écorce des choses et qui pleurent d'attendrissement aux sentimentalités romanesques, ont parfois accusé Paul Véronèse d'être froid„de man-

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quer de cœur, de n'avoir pas de passion, d'être sans idée et sans but, et de se complaire uniquement aux merveilles d'une exécution prodigieuse. Jamais peintre n'eût un plus haut idéal. Cette fête éternelle de ses tableaux a un sens profond ; ses festins sont tout symboliques, car l'on y mange à peine ; et ce n'est pas le feu de l'ivresse qui anime les yeux bruns de ces beaux groupes d'hommes et de femmes, mais un sentiment de joie universelle et d'harmonie générale. M. Prévost ne^ pouvait donc consacrer son burin à la reproduction d'un plus noble chef-d'œuvre; mais en même temps que de difficultés dans l'exécution d'une pareille entreprise ! Jusqu'alors , nous l'avons déjà dit, elle avait découragé tous les graveurs au burin. Les reproductions qui existent des Noces de Cana ne peuvent en effet être considérées comme des œuvres sérierfses. Celles de Mitelli et de Vanni, exécutées dans le xvii® siècle, sont à l'eauforte et si peu dans le caractère, que l'on doit les supposer faites d'après des copies fort incorrectes ; et quant aux camaïeux de Jackson, aux vignettes des recueils de Filhol et Landon, ce sont des à peu près tellement incomplets, qu'il n'y arien à en dire. M. Prévost, au contraire, s'est entouré dès le début de son œuvre, de toutes les précautions possibles pour s'assurer la plus scrupuleuse fidélité : pendant qu'une remarquable copie, exécutée exprès par un artiste de grand talent, M. Charles Béranger, maintenait sans cesse sous ses yeux Teff'et général, l'ensemble et aussi les détails secondaires du tableau, lui-même prenait sur l'original les calques des personnages et de tous les détails principaux. M. Z. Prévost arrivait d'ailleurs à cet immense travail qui fera époque dans sa vie d'artiste, préparé par des succès nombreux et possédant l'infaillible certitude de talent

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nécessaire pour rendre les beautés d'un tel maître. La Corinne^ d'après Gérard ; Le saint Vincent de Paulj d'après Paul Delaroche; quatre grandes planches mezzo-tinte des Moissonneurs, de la M adonna deltAreo, des Pêcheurs de l'Adriatique, de F Improvisateur napolitaîn, d'après Léopold Robert, toutes ces gravures si remarquables par la puissance de la couleur et de l'effet, montrent que M. Z. Prévost était un assez rude jouteur pour se mesurer avec Paul Véronèse.

Les dix années d'un labeur opiniâtre et assidu qu'il vient de consacrer à la glorification et à la propagation d'un chef-d'œuvre, l'honneur du génie humain, ne seront pas perdues pour sa gloire. Son travail est le plus vaste, le plus certain, le plus soigné, le plus complet qui ait jamais été mené à beat sur le magnifique tableau de Paul Véronèse ; c'est la première fois que les Noces de Cana passent de la toile sur le papier fidèlement traduites, avec leur large ensemble et leurs# détails multiples. Aussi, lorsque les siècles, par leur lente action, auront fait évanouir comme des ombres légères toutes ces merveilles, que l'on tâche avec un soin jaloux de retenir sur leurs frôles toiles et leurà panneaux vermoulus, lorsque Raphaël, Titien, Corrège n'existeront plus qu'en souvenir sur leurs belles estampes, la gravure de M. Z. Prévost permettra à l'œil de l'âme de célébrer encore cette rayonnante agape des Noces de Cana; sa planche consciencieuse aura conservé iont^ la &stueuse ordonnance, la vague légèreté du ciel, la blancheur de l'architecture, le caractère des physionomies, le ton basané des têtes, le miroitement des velours, les frissons des taffetas, Torfroi des brocarts et le âAmboiement tranquille de la superbe couleur vénitienne.

Une Brochure, Mai 1862.

Faut-il voir dans la poupée que berce la petite fille entre ses bras enfantins par un précoce instinct de maternité, et à laquelle elle tient de si charmants dialogues dont elle fait la demande et la réponse, Torigine et le rudiment de la marionnette? C'est une question grave et qui a fait écrire aux érudits bien des pages savantes diaprées de grec et de latin sans que pour cela elle soit^encore résolue.

On a trouvé dans des tombeaux égyptiens, grecs, étrusques, osques, romains, plus, ou moins bien conservées, des poupées en terre cuite, en os, en ivoire, avec des articulations mobiles à peu près comme celle des poupées modernes dites à ressort: mais ces jouets enterrés pour amuser de jeunes ombres durant les longs loisirs de Féternité, n'offraient aucune trace d'insertion de fils, leurs tètes ne présentaient pas la cavité nécessaire pour recevoir la tringle de métal qui suspend la marionnette. C'étaient bien des poupées et non des pantins, et elles n'auraient pu paraître ni chez Séraphin, ni sur ces petits théâtres que les enfants appellent des Comédies. Une seule poupée égyptienne, exhumée du cercueil bariolé d'hiéroglyphes d'une momie de cinq ou six siècles, a le sommet de la tète percé d'un

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