LES BONAPARTE
Les autres Bonaparte dispersés sur la face du monde, mais regardant toujours la patrie, ne se laissèrent pas aller à ce stérile et morne abattement de l'exil, qui finit par user les plus mâles courages. Ils n'écoutèrent pas les mauvais conseils des espérances chaque jour trompées et gardèrent pur ce nom sacré de Bonaparte. Vivant de cœur avec la France, si leur pieds n'en pouvaient franchir la frontière, ils étudiaient de loin ses besoins, ses désirs, ses ambitions légitimes.
Bannis, ils ne devinrent jamais étrangers, ils restèrent français, sans être ingrats pour le pays qui accueillait leur fortune errante. L'un d'eux même sacrifia généreusement sa vie pour la liberté italienne ; de sévères études, des travaux pratiques, la familiarité des arts les maintinrent au courant des progrès, et, bien que la destinée semblât les avoir oubliés, ils se tinrent prêts à tout hasard, pour quelque éclatant coup du sort. Quoique, depuis longtemps déjà, Napoléon parût n'être que le plus glorieux accident de notre histoire, un météore évanoui sans retour, après avoir rempli tout notre ciel de sa splendeur, celui qui n'était alors que Louis Bonaparte, songeante cette grandeur éclipsée, à ce génie surhumain, à cette fortune incomparable, au long et fidèle souvenir du peuple pour cette auguste mémoire, ne pouvait admettre, malgré les brutales affirmations des faits, que la France en eût fini à tout jamais avec Napoléon. Ces paroles du chef de sa race résonnaient sans cesse à son oreille : « Ce n'est qu'avec ma dynastie que la nation peut espérer d'être libre, heureuse et indépendante. » Il écoutait les voix qui venaient de la patrie et qu'il entendait seul ; il voyait, de ce regard long, prophétique et sûr, pour lequel le voile des événements intermé-