L EXODE
4 avril.
Nous abandonnons les Moulineaux où nous ne sommes plus en sûreté.
Hier, aussitôt après la bataille, leR.' P. Recteur partait à la recherche d'un nouvel asile. Il ne rentra qu'après l'avoir trouvé. Hors de portée du canon de Paris, bien loin en arrière des lignes de combat, à Saint-Germain en Laye, existait un petit pensionnat, alors, par bonheur, à peu près vide. Entre un propriétaire aux abois et un locataire pressé de conclure, les affaires vont vite : l'établissement est loué, nous y coucherons ce soir.
En temps ordinaire, déménager prendrait bien
huit jours; il faut, ce matin, que tout se fasse en trois heures. Nos deux voitures de transport stationnent attelées devant la maison. Dans le fourgon s'empilent les ornements sacrés, les livres des élèves et des professeurs, quelques ballots de linge et de vêtements; sur le chariot à fourrage on entasse matelas et couvertures ; les lits de fer, les sommiers viendront plus tard.
« Tout est plein, on n'y ajouterait pas une épingle, » disent les conducteurs en montant sur leur siège ; et les voitures s'ébranlent lourdement.
Quant aux élèves, ils déjeunent, ils prennent des forces pour la route, car la route est longue et devra se faire à pied, le service des trains demeurant suspendu dans la zone occupée par les troupes belligérantes. Qu'importe ! les enfants marchent à merveille; ils trouveront à Versailles un repas préparé chez les Pères ; après cette étape il gagneront facilement Saint-Germain. Les voilà qui forment leurs rangs et qui récitent Y Ave Maria devant la Vierge; l'air est frais, le soleil clair, une belle promenade effacera les émotions de la veille. Heureux voyage, et à ce soir !